gruyeresuisse

18/11/2015

Claire Nicole & Ginette Mathieu : visitations

 

Mathieu.jpgGinette Mathieu  & Claire Nicole, « Refuge », Passage d’encres, Moulin de Quilio, 300 e.., 2015.

 

Dans les dessins de Claire Nicole se découvrent la lumière et l’obscur. Leurs deux théâtres se superposent. Ginette Mathieu y a trouvé un abri proche de celui qu’elle cultive en Ardèche. Et dans l’hymen des mots et des images existent deux inscriptions, deux étendues continentales. Le texte n’est plus tout à fait à l’intérieur de lui-même. Mais il n’est pas pour autant à l’extérieur à lui. Idem pour l’image.

 

En pénétrant l’un, l’autre s’ouvre en un mouvement réciproque. Ginette Mathieu parle dans les images et Claire Nicole dessine - comme souvent - à travers les mots. Il s’agit de lire, de regarder, de respirer et de méditer dans un espace et un temps clos et ouvert. Existent la chair du monde, celle de l’être et leur énigme laissée vacante. Les mots viennent de l’intérieur des dessins : d’où leur abri. Ils n’y pénètrent pas en simple « visiteurs » mais pour les épauler. Ils témoignent du mystère de la création de l’artiste vaudoise comme l'ombre "parle" de la lumière.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

16/11/2015

L’active patience d’Isabelle Descartes et Virginie Jaquier

 

 

Descartes.jpgIsabelle Descartes « Paresses », fusains de Virginie Jaquier, Editions Couleurs, d’encre, Lausanne, 48 pages, 33 CHF., 2015. Double V (collectif), art&fiction, Lausanne.

 

Est-ce parce que les poèmes d’Isabelle Descartes comme les fusains de Virginie Jaquier sont apparemment simples que tout dans un tel livre en quatre mains harmoniques est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît ? Les visages qui font face au soleil « ont des airs de canaille, inoffensifs et doux ». Mais il faut se méfier des apparences. Et les « taches » d’ombre des fusains le rappellent. Les deux mondes qui se croisent forment la partition mystérieuse à double clé. L’énigme y demeure. Elle éloigne les ornières du passé en un travail virtuose aussi fragile que résistant. Entrer « en paresses » revient à pénétrer dans un sanctuaire dégagé d’une dimension mystique : seuls sont sublimés des instants du quotidien dans des nids de lumière et d’ombres et en un équilibre de forces réajustées.

 

Descartes 2.jpgLes « paresses » deviennent des absolus : elles permettent de ne plus se noyer sous le déluge de la raison que la société impose. Refusant toute trivialité les deux créatrices engouffrent le lecteur-regardeur dans l’aire de l’impalpable mais dont l’antre est chair. L’affect n’y est pas stigmatisé : pour autant il ne se porte pas en sautoir. Il sourd de l’abîme que les fusains proposent dans leurs fragments d’éternité au moment où l'âme se cherche dans le miroir des mots. C'est pourquoi deux opérations ont donc lieu en même temps : concentration ou fermeture mais aussi ouverture du champ par superpositions de plan à l’aide de cette double approche et son effet indirect de réflexion.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

15/11/2015

Thibault Brunet : après les séismes

 

 

Brunet 2.jpgThibault Brunet, « Typologie du virtuel », 20 novembre au 23 décembre 2015, Galerie Heinzer Reszler, Quartier du Flon, Lausanne.

 

Thibault Brunet crée des paysages physiques aussi bien que mentaux : empreintes des genèses arides d'un monde à venir, lisières, rives au tain usé. Rothko et Baudelaire ne sont pas loin mais tout aussi  les Adam et Eve d'un Matrix en gestation. Du sablier retourné s'écoulent tes images "maigres" mais signifiantes dans leurs tracés en finesse là où Brunet supprime le leurre et l'appât afin que la vue joue plus âpre là où les structures sont des silhouettes immobiles au milieu du vide. L'espace de l'œuvre résonne de son silence.

 

Brunet 3.jpgL'horizontalité maîtrise la hauteur et emporte le "paysage" au delà de lui-même     non sans mystère et douceur d'une  science-fiction. Elle "parle" ce qui nous traque. La lumière est parfois caverneuse mais elle induit une aube - et plus rarement elle la décourage. Chaque pièce est un atelier de gestation et de découverte, les motifs architecturaux font le lit d'un mince espoir . Quelque chose suit son cours au delà des possibles.

 

Jean-Paul Gavard-Perret