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28/11/2015

Flynn Maria Bergmann : quand l’exception devient la règle

 

BERGMANN 2.jpgFlynn Maria Bergmann, “Outside The Story”, Kissthedesign; Lausanne, du 28 novembre 2015 au 23 janvier 2016.

Flynn Maria Bergmann est poète et plasticien, il travaille citations, références, lettrismes, fragments en diverses compositions plastiques. L’artiste réinvente le récit de la grande Histoire à coup des bribes de petites qui échappent à tous cadrages mais non aux collages et déchirements. L’objectif est à la fois simple et compliqué puisque dit-il « c’est le tout enrobé de rien, le rien imbibé de tout, qui m’intéresse ». Et ce à l’image de la dent qu’il a perdu il y a quelque temps. Elle trône sur son ordinateur et devient son pense (pas) bête. Perdre quelque chose permet une découverte. Puis il s’agit de coller, montrer, cacher, recouvrir et au besoin détruire pour recommencer.

BERGMANN.jpgCelui qui par la sculpture a appris à aimer l’infiniment petit et l’infiniment grand, la masse et le vide, les jeux de verticalité et horizontalité et qui par l’écriture a compris le silence et le rythme, la force fragile du papier (et ce qu’on met dessus) crée désormais en dessins et collages une invitation aux voyages. Avec un beau souci qu’il aime à rappeler: « l’obsession à épuiser le langage comme s’il était autant matière qu’abstraction ». Flynn Maria Bergmann propose un « carnaval tourbillonnaire entre vies intérieures et réalités du monde ». Preuve que dans l’œuvre comme dans l’être le dehors est dedans. Mais si la règle commune est de vouloir rendre visible l’invisible, l’exception est de rendre invisible le visible. L’artiste cultive cette dernière. A la galerie Kissthedesign le visiteur peut en emporter des fragments.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:25 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

26/11/2015

Fabienne Verdier l’image qui revient

 

 

Verdier.jpgFabienne Verdier, galerie Pauli, Lausanne, novembre-décembre 2015.

 

Le courant des masses et des gestes crée chez Fabienne Verdier des traversées de couleurs et de signes sur la surface des supports. Le regard est face à un mur mouvant. L’ « anonymat » de l’abstraction éveille une autre image en son sein. L’apparition devient un pré-carré pour faire l’épreuve d’une réalité enfouie. Ce que projette l’artiste est une image sourde qui revient et exulte. Au-delà de la narration la peinture crée une suite d’« histoires entravées » à la conquête de vastes surfaces : temps plein, temps mort se succèdent sous l’averse de la couleur et les signes inconnus qu’elle crée.

 

Verdier 3.pngSur le grand lit du support les formes sont à vif. Elles règlent l’espace par des balayages. Exit l’humain : ne restent que ses traces. Elles s’élancent loin de l’indolence. Tout est grandiose mais « intranquille ». Surgit un travail de mémoire dont les clés nous échappent et dont la calligraphie ne renvoie pas à un autre langage mais à la peinture elle-même. L’espace est soufflé de hantises plus que de survivances. Verdier 2.pngAu sein de la densité se créent des ouvertures secrètes, des passages étrangers, des signes ou plutôt leur marque manquante. Le silence résonne en ce qui devient une localisation décalée. Un long processus d’empreinte tient de l’exhumation. Existe un état simple de la peinture et son état exalté. Les images refusent leur destin à l’évidence pour le confier à l’énigme.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:56 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

25/11/2015

Quand Etienne Delessert revisite Ubu Roi

 

 

Ubu.jpgAlfred Jarry, « Ubu Roi », dessins d’Etienne Delessert, Gallimard, Paris, 2015.

 

En 1967 paraît chez Harlin Quist le premier livre d’Étienne Delessert « Sans fin la fête ». Il fonde quelques années plus tard la société Carabosse à Lausanne. Il y conçoit et réalise des dessins animés pour la télévision. En 1977, Étienne Delessert crée les éditions Tournesol. En passant de sa Suisse natale à Paris puis New-York dès 1985 il s’installe aux USA dans le Connecticut. Lauréat de nombreux prix internationaux pour ses œuvres il publie de nombreux livres pour enfants dont les aventures de « Yok Yok ». Une pléiade d’expositions ponctue son parcours dont la rétrospective «Suite américaine» au Château de Saint-Maurice en 2011.

Ubu 2.jpgAvec Ubu Roi le plasticien marche sur les eaux et remonte à la source de son travail pour libérer de nouvelles bulles. Charmé par la malfaisante épouse de l’officier devenu roi tyrannique et grotesque d'une Pologne imaginaire, le graphiste américano-vaudois s’en donne à cœur joie. Les outrances bouffonnes du héros et la grossièreté de ce qui était à l’origine une farce potache sont multipliées par l’imagerie dégingandée de Delessert. Cent-vingt ans après sa publication l’artiste rajoute une couche d’ironie à l’histoire du roi enchérisseur de sa maléfique épouse. Au simple plaisir des mots s’ajoute la charge des dessins. Ils font mordre la poussière au logos par les agencements et les glissements de leurs percées allègres et intempestives. Une nouvelle fois l’artiste se refuse à dessiner de manière réductrice. Le grotesque se livre au dérèglement du sens. Entre le texte et les dessins il n’y a donc pas de contradiction mais une complémentarité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret