gruyeresuisse

28/11/2016

Baptiste Oberson : livraison de l'avenir

 

Oberson.jpgBaptiste Oberson, « Avenir / Savonnerie », Editions Tsar, Espace TILT, 3 rue neuve, 1020 Renens, ratscollectif.ch

Baptiste Oberson crée des livres étranges en associant une feuille d’emprunt avec un dessin. Il estime qu'un ouvrage découvert offre de meilleures possibilités pour trouver la page idéale. Afin de la chercher il parcourut les librairies d'occasion et autres brocantes avant de ressentir une nausée face à tout ce qui s’édite et ce qui s’entasse. Ce qu’il avait déjà emmagasiné dans l’atelier lui suffit désormais. Il y trouve des volumes qui lui parlent pour leur gamme de noir et blanc ou de couleurs.

oberson 3.jpgOberson 2.jpgLe concept de livre en est renversé. Les montages deviennent une envie de voir ce qui semble « possible en provoquant directement le contenu du livre par sa mise en forme. » Les dessins sans sujet apparent (a priori) permettent de tester comment taches et traits "fictionnent", frictionnent et désormais savonnent chaque ouvrage. « Avenir / Savonnerie » est le plus récent état de ce qu’il nomme « opus incertum » en hommage à d’autres ouvrages irréguliers : « les murs érigés dans la Rome antique par empilage de pierres non-taillées sur du mortier ». Certes cette ambition elle-même reste un travail de déceptivité : les dessins que l’auteur estime « médiocres » ne donnent pas plus que ce qu’ils sont. Mais néanmoins si une image cohérente est divisée elle demeure ouvrage à part entière dont il faut admirer la structure.

Jean-Paul Gavard-Perret


Rappel de l’artiste ; « opus incertum II », art&fiction, 2014, Lausanne.

27/11/2016

Léthé indien de Laure Gonthier.


Gonthier.jpgLaure Gonthier in « Lumière et réflexion », Galerie Kiss the Design, Lausanne, du 10 novembre 2016 au 11 février 2017.

Laure Gonthier ignore les natures mortes. La matière est surgissante et agissante sous l’effet de lumière qui la dilate et le renvoie vers un autre destin. Elle sort de son état spectral et semble s’animer. Elle rentre en demeure d’hypnose ou de sidération. Tout devient joyaux dans les réceptacles lumineux de l’artiste. L’ « objet » se métamorphose en monstre anatomique par effet de clarté. La nuit est remplacée par le jour, l’inerte par le vivant ailé.

Gonthier 2.jpgExistent une fête étrange, un plaisir visuel particulier et précieux. Le corps prisonnier de la pierre devient le réceptacle de cérémonies secrètes aux alchimies étranges, fantomatiques et pourtant plus réelles que le réel. Il en devient iridescent, poétique et radieux. Chaque objet se présente comme un volume plein isolé dans l’espace. Mais au lieu de s’emmurer d’avoir été « rapporté » il s’ouvre à la dissémination spatiale à mi-chemin entre la méditation et la fascination. Voici Léthé indien.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/11/2016

La rhétorique du silence de Dorothée Wycart

 

Wycart.pngD'abord le corps. Parfois le lieu. Ou plutôt les deux. Les glissements opérés par Dorothée Wycart évoquent combien être c’est percevoir, c’est être perçue. Mais pas totalement. Les photographies font pencher plus bas la tête, fige longuement une jambe. Restent néanmoins la certitude de l'incertitude, la vacance de la vacance. Le corps jaillit en coulées, en mirages. Entre le jour et la nuit. Le clair-obscur crée le trouble, contredit l’évidence toujours factice : la « vérité » de corps possède une part d’imperceptible inavouable.

Wycart 2.jpgLe même devient le double. Chéri par pénombre, il est l’errant de l'ombre classieuse. Celle-ci avance avec l’insomniaque rêveuse. La photographie la sort de l’immobilité des statues en un pur spectacle où l’image s’enfonce en harmoniques dans une rhétorique du silence

Wycart 3.jpgLes fonds s’indéterminent par le noir et blanc. Il est temps de pénétrer des domaines secrets où le corps devient la mèche délicate aux milieux des éléments premiers. Rien ne manque mais tout est absence, suggestion. Le corps se sentant s'effriter de délices rampe, émerge subtilement. Jaillit, disparaît jusqu’à l'épuisement : ni le possible, ni l'impossible ne sont encore des garde-fous. Tout est instauré en ébullition. S’éprouve le creux où tout commence en une clarté qui égare mais où l'ombre réduit les mots au silence.

Jean-Paul Gavard-Perret