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28/12/2015

Le lieu des signes : Werner Bischof

 

Bischof 4.pngWerner Bischof, « Point de vue » & « Helvetica », le Musée de l’Elysée Lausanne, 2016.

Bischof.jpgA l’occasion du centième anniversaire de la naissance du photographe suisse Werner Bischof (1916-1954), le Musée de l’Elysée présente deux expositions. La première intitulée « Point de vue » produite par Magnum Photos propose 200 tirages originaux, et parfois inédits choisis dans la collection du « Werner Bischof Estate » de Zurich ainsi que des planches-contacts, des livres, des magazines et des lettres personnelles de l’artiste selon une installation multimédia créée pour l’occasion. La seconde exposition, est produite par le Musée de l’Elysée. Nommée « Helvetica » elle se concentre sur les années suisses de celui qui traversa à multiples reprises le monde. S’y découvrent période de formation, travail en studio, mode, publicité, et années de guerre où l’artiste devient photographe de reportage en travaillant pour le magazine « DU ».

 

Bischof 3.jpgIl existe chez Bischof un langage très particulier qui mélange exubérances spatiales et divers processus de « maquillages » du corps. L’artiste crée des entrelacs avec des figurations énigmatiques et renversantes. Détournant les apparences séductrices consuméristes des magazines de mode il métamorphose le conformisme dans les « pulp-fiction » de productions intempestives et toujours pertinentes: l’immense devient petit, l’inverse est vrai aussi. Une confusion programmée fait le jeu non seulement de la fantaisie mais de la poésie. Celle-ci arrache toute littéralité à la représentation. Et ce afin d’atteindre une forme d’essence du « photographisme ».

Jean-Paul Gavard-Perret

06:54 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

26/12/2015

Avec le temps : Cristina Garcia Rodero

 

Rodero bon 3.jpgChristina Garcia Rodero, Maison européene de la photographie, Lausanne.

 

Avec Cristina Garcia Rodero nous sommes ramenés à un espace de la déposition s’agissant du corps en tant qu’objet de perte et de résurrection. Le secret vient une fois de plus affirmer son autorité car il est au bord du corps. Mais de quel corps s’agit-il  De qui est ce corps ? Les questions sont dangereuses puisqu’il s’agit de celles de l’identité, d’Eros et de Thanatos. Pareille au jeune Igitur de Mallarmé descendant “ le caveau des siens ” l’artiste introduit dans le temps où le “ moi pur ” veut se confondre avec celui des autres. Il est exposé par la photographie à la réminiscence du vide sépulcral  mais aussi au désir.

 Rodero bon 2.jpg

De telles œuvres réveillent le regardeur : il se demande si le tombeau où l’artiste veut l’allonger est le bon. Face aux processions, cohortes ou gisants il est sidéré. La question de l’être reste celle du mystère. Rodero Bon.jpgA partir de là le voyeur croit voir le jour. Il perçoit un corps non fantasmé mais peut-être malgré tout celui qu’il fantasme obscurément. L’espace reste sombre en sa clarté. Les ombres passent, disparaissent, reviennent. L’être comme un animal cherche une cachette au moment où Cristina Garcia Rodero réinvente le secret, le tombeau, la solitude. Le voyeur ne peut plus sortir de telles crevasses.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

11:10 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

25/12/2015

L’image qui revient : Christian Tagliavini

 

christian-tagliavini1.jpgAvec « 1503 » Christian Tagliavini reprend à sa main les portraits du peintre de la Renaissance Bronzino. Les photographies à la fois transposent et métamorphosent l’iconographie de l’époque. Le pictural se modèle de manière plus frontale et abrupte. Sous le "plat" horizon de chaque photo  surgissent à la fois la profondeur du temps et une vision d’un dicible étrange.

christian-tagliavini3.jpgL’artiste italo-suisse traque ce qui manque à l'image et au portrait  - à savoir son image absente (impossible ?) à travers ses prises. Il resserre leur existence sans chercher à "intellectualiser" et c'est là l'essentiel. Car le photographe sait que tout reste toujours à monter, à découvrir. Par ses prises et recompositions hommes et femmes jaillissent de manière plus impertinente que dans les originaux. L’identité de carnation (à savoir ce que l’être a souvent de profond) se fait plus prégnante et la perfection plus grande. Dans ces œuvres Christian Tagliavini retient ce qui gonfle l’émotion non sans un effet de froideur. D’où l’élan de telles photographies : sous le (beau) prétexte de la reprise, est remisée une donne pour accorder une forme d’éternité au style et au temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:13 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)