gruyeresuisse

10/02/2016

Pornostalgie de Jean Moral

 

 

Moral BON.jpgJean Moral (1914-199) fut un précurseur. Il est un des premiers à intégrer la photo dite de charme dans la publicité. Mais au même moment il expérimente des techniques d'avant-garde photographique (double exposition, solarisations, photogrammes, angles imprévus). Le nu va faire de lui un photographe de premier plan. Les dunes et plages de Lacanau deviennent des écrins pour ses égéries. Dès 1932 il collabore au magazine « Vu », et expose la même année au « Premier Salon International de Nu Photographique ». Il est aussi photographe reporter, couvre la guerre d’Espagne pour Paris Match mais reste un des grands photographes de mode de l’entre deux guerres et après : il collabore avec Harper’s Bazaar jusqu’en 1954. L’année suivante marque le début de sa vie de peintre. Il s’installe en Suisse dans le canton de Vaud : Lausanne puis Montreux où il s’éteint.

 

Moral.jpgSes photos de nu prouvent que le genre est propre à bien des variations. Elles ne s’adressent pas seulement aux roués du souffre de la chair. Mais ce qu’on prenait encore à l’époque pour l’enfer n’est que le paradis qui a changé de nom. Dans le corps d’hamsters dames bien des maris dansent. Toutefois l’artiste rappelle que le striptease ne découvre pas uniquement ce que le voyeur attend. Moral 3.jpgMais le langage photographique tord le coup à la maladie de la spiritualité et de ses illusionnistes. Les clichés montrent de bien belles filles du monde parce que chez Moral ils sont d’une technique parfaite. Présenter une photo qu’il jugeait ratée revenait pour le créateur à renoncer au plaisir de l’art. Le rencontrer c’est faire comme Judas : retrouver des amis irréprochables.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:48 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

07/02/2016

La contre-culture de Nicolas Raufaste

 

 

Raufaste Bon 2.pngNicolas Raufaste, « Bring Me My Running Shoes », Espace contemporain (Les Halles), Porrentruy, du 14 février au 3 avril 2016.

 

Sous la phrase « Bring Me My Running Shoes » titre d’un morceau du bluesman noir Howlin'Wolf, Nicolas Raufaste met d’emblée en lumière un propos « politique ». Les chaussures de sports symbolisent la puissance des marques, les lois du marché et l’appel ironique à résister. Tous les travaux exposés à Porrentruy à travers la photographie, le ready-made et l'installation et selon le minimaliste cher à l’artiste l’illustrent en créant une néo contre-culture pop. Une  photographie en noir et blanc accueille le visiteur. S’y discerne une peau de banane noircie et séchée qui singe une silhouette humaine sur un ballon de basket. L’essentiel du schéma de l’œuvre est là. La banane (chère déjà à Warhol) reste un produit symbolique de l'exportation, au cœur de conflits commerciaux et politiques. Son état de « pourriture » domine néanmoins le globe terrestre réduit au ballon de basket, objet culte de la mythologie sportive nord-américaine. Les Etats-Unis restent ainsi au centre de cette vision critique par franchises du Basket-ball US mais implicitement par Monsanto qui sous prétexte de nourrir le monde l’empoisonne.

 

Raufaste 3.jpgTransformant les objets, reconfigurant les espaces reconfigurés. L’œuvre se double de l’analyse des processus de création et chaque proposition est une façon de mettre en contradiction les fondements de la société mondialisante. L'installation « Ouroboros » constituée d’une multitude de gobelets en plastique de couleur jaune vive forme le fameux serpent qui se mord la queue symbole du cycle du monde et du phénix. Mais celui-ci est remis en cause à l’aide d’un matériau pauvre et non vivant. En contrefort à ce monstre, les panneaux de publicité noirs et nus achetés par l’artiste à la Société Générale d'Affichage (SGA), leader de l'affichage extérieur en Suisse représente le miroir soudain rendu sourd de ce qui est fait pour assaillir le regard et inciter à la consommation. Raufaste 2.jpgLes œuvres de Nicolas Raufaste demeurent les parfaits exemples de constructions cognitives et associatives dissidentes et intempestives. Mais l’auteur - plutôt que de répondre à des questions préfère les poser dans ses immenses métaphores de la réalité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

06/02/2016

Quand l'art se chatouille sous les bras : Guy Lee Guily

 

Guy Lee 2.pngGuy Lee Guily, « So Kitsch », LAC, Vevey, du 11 au 28 février 2016.

 

Par un traitement numérique particulier des couleurs celui qui est défini comme « Le roi du mode HDR (High Dynamic Range) » nous embarque pour la Grèce, l’Iran et le Maroc. Mais l’exotisme est transformé dans un trip flashy. Il transforme les lieux de vacances au moment même où ils deviennent les pays de tous les dangers. Pour autant le farceur ne se veut pas un artiste politique. Il pousse la transgression sur le plan ludique.

 

Guy Lee.jpgOriginaire du canton de Fribourg. Archéologue de formation, il travaille aujourd’hui entre Lausanne et la Grèce. Mais le fouilleur sait aussi farfouiller dans les couleurs et sa nouvelle exposition transcende ses habituelles photographies de reportage. Habituellement Guy Lee Guily (c’est bien sûr un nom d’emprunt) les sublime : ici il les monte en une poésie paradoxale. L’effet de réel se desserre. L’artiste sait que montrer c’est défaire. L’art n’est plus là pour faire lever l’aspic touristique car paysage ne s’enfile plus comme un gant. C’est un perroquet éblouissant mais sans ailes. L’image éveille une autre image en elle-même. Elle devient le pré-carré d’une réalité enfouie Personne - sinon l’artiste lui-même – n’y tient la couleur pour sujet garanti grand teint.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

13:38 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)