gruyeresuisse

11/03/2016

Elisabeth Llach et les "stéréo-types"

AALLA 3.jpgElisabeth Llach, « Totchic », Centre d'art contemporain, Yverdon, du 29 mars au 29 mai 2016.

 

AALLAch.jpg« Totchic » (« Chic à en mourir ! ») montre combien Elisabeth Llach pratique une théâtralité impertinente de la féminité par le dessin, la performance, la peinture et l’installation. A partir de magazines féminins ou de l’histoire de l’art elle trouve matières et formes adéquates afin de subvertir l’attention classique. Le simple glissement d’un média à un autre crée un imaginaire énigmatique, inquiétant ou drôle. Entre verve et obsessions se produit la révélation parfaitement intériorisée d’une féminité qui trouble moins la vertu que les principes de macération pervertie. Eve dans cette paradoxale Genèse se substitue insidieusement à Dieu. Il ne s’agit pas forcément de faire l’apologie des plaisirs charnels ni de valoriser des capacités mystiques mais de changer les donnes.

AALLA 2.jpgComme l’année dernière avec son exposition « A-t-elle le droit de montrer ses extrémités ? », l’artiste fait de son travail une « police » ou une politique de caractère bien trempé. Aux femmes auxquelles on demande quasiment de s’excuser d’être - sinon de tenir leur rôle d’objet - l’artiste défend une forme de féminisme actif, provocateur et drôle. La contrebandière des images joue des stéréotypes de manière orgiaque mais distanciée et fait feu du sarcasme. L’art est donc venimeux. Les œuvres sont des délices empoisonnés. A la « souffrance » des femmes fait place par la bande la « contemplation » ambiguë de ceux qui les vénèrent pour les réduire à des ustensiles sexuels.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

09/03/2016

Barbara Polla : avatars et corps-machines

 

AAPola 2.jpgBarbara Polla, « Troisième vie », Editions Eclectica, « Vingt-cinq os plus l’astragale, Collection ShushLarry, art&fiction, Lausanne


L'héroïne de « Troisième vie » de Barbara Polla est comme son auteure : elle aime connaître les mâles. Les deux goûtent leur sexe, leur force physique, leur don pour l'interpénétration plus que pour la prédation. Pour se faire une idée de leurs réactions Rébecca, bio informaticienne, s'est implantée des nano puces dans tout son corps (même en ses intimités) pour enregistrer et stocker les organes et cloner une galerie humaine. L’héroïne dévoile leur secret et prouve que le cerveau, contrairement à l’ordinateur, ne possède ni centre ni périphérie  : "c'est un amas" dit celle qui a l’inverse rend vivants ses ordinateurs. Ils deviennent capables d'aimer, de le dire, grâce à la poésie inoculée en eux. L’héroïne d'une auteure à la jonction de Simone de Beauvoir et d’Angela Carter est proche d'atteindre ses objectifs. Après ses deux premières existences la troisième semble apte à reprendre le fil de son histoire originelle dans un ailleurs voire un retour amont "avec les mêmes puces et les mêmes clones dans sa galerie humaine".

AApola.jpgC'est l'occasion pour elle de "faire un pas de côté, de prendre un chemin de traverse". Mais quelque chose résiste puisque "la seule manière de connaître l'autre c'est soit de l'habiter soit de l'avoir été". Mais cela n’est pas une donnée immédiate de la conscience -  fût-elle numérique. Et l’auteur pousse la quête engagée dans ces quatre précédents titres (« Victoire » (L’Age d’Homme), « Tout à fait femme » et « Tout à fait homme » (Odile Jacob) et son ironique « Astragale » . Le corps de la femme y est encore plus glorieux et toujours désirant. Mais Barbara Polla butte de nouveau sur le problème du désir et de l’affect. Il reste au  centre de son interrogation. C’est pourquoi ses livres touchent à notre plaisir, à notre jouissance et, en conséquence, à nos possibilités d’angoisse puisque nos certitudes se voient interpellées par cette modification de la féminité. L’auteur poursuit un chemin de reconnaissance au milieu des méandres et des chassés-croisés de ce qui se nomme trop énigmatiquement amour et dont le livre « 25 os plus l’astragale » crée le squelette ou le Meccano de la Générale helvétique.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

02/03/2016

Arthur Jobin l’Héraldique

 

AAjobin.jpg« Arthur Jobin : 50 ans de création », Musée Jurassien des arts, Moutier, du 13 mars au 22 mai 2016.

 

A une époque où en Suisse Romande - et plus particulièrement à Lausanne - la figuration régnait en maître Arthur Jobin imposa l’abstraction à la galerie L’Entracte en 1951. L’artiste avait découvert ce nouveau langage deux ans plus tôt à Paris en rencontrant Michel Seuphor, Vasarely et Dewasne. Au départ Jobin cherche dans son abstraction divers types d’équilibres fait de plans, cercles, obliques en des couleurs joyeuses. Avec sa femme Claire il se tourne ensuite vers le textile puis oriente son travail vers une peinture héraldiques dans sa longue série majeure : « Emblèmes » (1969-1996). Ce travail lui permet de retrouver la source de l’être, de parcourir chemins, légendes à travers des tensions formelles. Elles transforment les formes en signes symboliques dont le cercle restera la figure majeure.

AAJobin 2.jpgL’abstraction retrouve avec Jobin une théosophie qui animait déjà les œuvres de Mondrian. A la fin de sa vie un nouveau cycle (« Les Cercles éclatés ») crée une ouverture vers l’ailleurs. De l’amande ronde et matricielle surgit le corail des songes ailés afin qu’existent promesse et évidence que l’homme doit reprendre à son compte pour réanimer l’art et le monde. Armé d’un esprit u-chronique, Jobin a créé une sorte de langage pictographique. L’artiste à la fois remonte aux racines de l’art tout en le poussant vers le futur. AAjobin 3.jpgLa pensée matérialiste n’est plus que panier percé. Tout se gonfle de changes. Contre le déclin du temps, les Dieux semblent être venus à la rencontre du peintre. Il en devint le messager. Tel un héros accompagné de ses sphinx il semble avoir créé afin de retrouver une histoire du passé dans laquelle ses oeuvres auraient toujours été présentes telles des archétypes d’un nouveau genre que l’artiste a revitalisés.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

14:35 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)