gruyeresuisse

17/03/2020

Cécile Wick : exercices de la douceur

Wickt.pngLes photographies, peintures, gravures, héliogravures et impressions jet d’encre de Cécile Wick offrent tout un éventail de tonalités et de reflets. Montagnes, et cascades, fleurs et arbres sont traités en de subtils dégradés entre le clair et l'ombre jusqu'à sembler se perdre dans la brume, l'espace ou le néant.

Wick 3.pngSans se soucier des modes l'artiste crée des paysages qui ne peuvent se situer avec précision dans le temps ou l’espace. Proche d'un traitement du paysage à l'extrême orientale Cécile Wick mène à la jonction du réel et de l’abstraction.

 

Wick 2.pngLe sentiment de la nature (pour elle, les montagnes suisses) semble être celui où le seul soleil que l'artiste retient reste celui - très pâle - des matins d’hiver, quand il avait eu tout le temps de se faire oublier et qu’il n’existe encore, si l’on peut dire, qu’à l’état de promesse.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/03/2020

Isabelle Pilloud : Femmes en lutte et "je" anatomique

Pilloud.pngIsabelle Pilloud, "HEROÏNES", du 23 décembre 2019 au 16 aout 2020. Espace Jean Tinguely-Niki de Saint-Phalle. Fribourg et livre "HEROÏNES", coll. Artt, éditions Faim de Siècle, 112 p, 30 CHF, 2020.

 

Pilloud 2.pngL’exposition « HEROÏNES » d'Isabelle Pilloud présente des peintures, oeuvres graphiques et installations dont la démarche artistique est liée à la condition féminine : "qui sont les femmes ? que font-elles ? sont-elles heureuses ? où vont-elles ?" écrit l'artiste qui souligne :« C’est un work in progress et une oeuvre participative pour le public ». Elle a brodé avec sa mère et sa tante les cinq continents sur une toile à peindre brute qui accueille les visiteurs. Eux-mêmes sont invités à coudre une perle à l’endroit où trouver «leur» propre héroïne.

Pilloud 4.pngIls (elles) peuvent aussi déposer un témoignage en racontant leur histoire. "Le but est que la carte du monde s’illumine grâce à des centaines de perles !" écrit l'artiste. Les oeuvres et leurs genres dépendent des témoignages récoltés. « La technique m’est dictée par le sujet, c’est  un moyen, pas le but » précise-t-elle. L’exposition se décline en six séries : les héroïnes nationales, les visites du chantier, Pussyhat, collages, portraits-souliers et « Elles ont pris les armes ».

Pilloud 3.jpgCertaines rencontres ou témoignages traversent plusieurs séries. Des leitmotivs aussi  et ils  figurent également sur une longue tapisserie accrochée entre les deux étages de l’Espace. L'artiste y évoque des corps atomisés, emplis parfois d'une puissance qu'on a voulu foudroyer. D'autres déversent la souffrance d'organes, concassés, éreintés que la colonne des images relève. Un "je" anatomique féminin s'ose et s'assume. Le corps jusque là gisant s'éloigne des isolements et humiliations et ne se réduit pas à une bouche muette.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/02/2020

Buvette - pour l'ivresse

Buvette.pngCourir le risque pour un artiste de prendre comme nom "Buvette" (eu égard à son ex job de barman) afin de se faire reconnaitre dans le monde de l'electro pop tient de la gageure. Pourtant avec son troisième album "Elasticity", Cédric Streuli ,originaire  des Alpes suisses, impose avec le label français "Pan European Recording" - une empreinte originale sur la scène musicale internationale par une électro cosmique teintée d'influences diverses - notamment très années 80 (mais revisitée). En évolution constante Buvette poursuit ses explorations sonores nourries par ses voyages aux États-Unis, en Inde et au Mexique avant de se fixer en partie à Paris en 2015.

Buvette 2.pngSes musiques - même dans leur évolution - se teintent d'une mélancolie qui néanmoins devient avec "Elasticity" bien différente et plus intéressante que dans ses précédents "4 Ever" et "The Neverending Celebration". Nettement cadré ce nouvel album gagne paradoxalement en liberté. D'où sans doute son titre - même s'il évoque aussi les villes en extension qui provoquent de multiples sensations et émotions. Et ce, au moment où les machines sont accompagnées d'une basse, d'une guitare et d'une batterie. Elles cassent l'aspect lisse du son par des détails astucieusement pop. Les sons s’étirent, se rapprochent ou s'éloignent dans un flux subtil et insidieux. Il donne à la musique electro de nouvelles ailes de désir.

Jean-Paul Gavrd-Perret