gruyeresuisse

18/03/2016

Aurélie Gravas : la peinture en tant que sujet

Gravas.pngAurélie Gravas, « Guitar Solo », Galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 18 mars au 27 avril 2016

 

 

L’  « objet » de la peinture d'Aurelie Gravas n’est pas de provoquer l’apparition de formes en tant qu’objet-miroir mais de souligner l'importance et la force de sa matière en tant que sujet. Ce qui retient dans la toile reste son rebord dans l’espace, la rature dans le vide du support. La création devient le jeu panique d’infinies ratures, coulures, pans où le désir ruse avec ce qui est présenté en cet à-plat. surgit paradoxalement une invincible profondeur, traçant des formes allusives. Elles suggèrent l’implicite tout en disant que l’implicite n’est rien.

 

Gravas 2.pngCe qui biffe ou remplit l'espace pictural démunit l’excès de toutes « figures », les excède d’un tremblement. Celui-ci fixe une sorte de stupeur enfiévrée, une dispersion jouissive. Si la peinture d'Aurélie Gravas ne figure rien elle présente beaucoup. Gravas 3.pngNi simple substitut d’un objet, ni simple concentration d’une explosion, l’oeuvre s’inscrit en faux contre un vouloir-figurer et une figure aléatoire d’un scénario de rêve. Elle dénonce le formalisme saturé de référents potentiels. Elle dévide sa complexité, exhibe son clivage, modifie les données du figural. Ce qui fait jouissance et beauté n’a sans doute pas d’autre cause.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

15/03/2016

Léonore Baud : "la photographie est une absence" (Dina Vierny)

 

 

Baud 2.jpgLes photographies de Léonore Baud sont moins "du" paysage qu'un regard, une pensée, une filature à partir de la nature (Lac Lémenc), de lieux architecturaux en construction (campus de Lausanne). L'objectif est d'introduire non le mais du motif dans une langue plastique qui permet de se trouver elle même par ce qu'elle creuse.

Baud 3.jpgAux lieux premiers succèdent sa poésie qui n'a rien de forcément romantique même s'il arrive que Léonore Baud transforme la littéralité et le trivial en des espaces étranges et poétiques. Existe un franchissement de la frontière du réel au moment où tout est en suspens par l'épreuve de la météorologie comme du travail des hommes.

Baud.jpgL'affirmation de la postmodernité est liée ici à une civilisation technique, industrielle et urbaine comme aux espaces naturels montagnards et lacustres. Léonore Baud réussit à créer un langage photographique à la fois atonal mais envoûtant. Elle permet de découvrir et d’explorer l'alchimie d'une photographie capable de fixer par l'éphémère des instants parfois réalistes parfois oniriques dont le langage particulier n’offre que peu de prise à la récupération.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

12/03/2016

Maya Zeller : passacailles



AAZeller.pngMaya Zeller, « Station Show », Lausanne, 29 février - 17 avril 2016.

Le travail de Maya Zeller donne le beau rôle à l’intelligence comme à l’émotion. L’artiste invente une légèreté qui détache les apparences. Existe un retour à une forme de simplicité où en filigrane se retrouve un sensibilité en fragrances. Tout est subtil dans les jeux que l’artiste propose au sein de ses projets "poétiques". La créatrice repose la question récurrente : l’idée que l’on se fait du monde est-elle la bonne ? Maya Zeller y répond sobrement mais de manière complexe en mêlant figuration et une forme d’ « abstraction » ou de stylisation.

AAZeller 2.pngL’art n’est plus un objet : c’est la vie. Il la pénètre mais avec douceur et couleurs. Le paysage semble se modifier de l’intérieur, comme si l’artiste le piratait dans un geste salvateur pour qu’on sache le voir. Elle rend à l’art ce qui lui appartient : de la légèreté apparente. Mais s’y grattent les couches de faux-semblants. Sous couverture d’imbroglio le travail de la créatrice de Vevey est un symbole de la simplicité retrouvée afin de réinventer la réalité à la façon d’un magicienne. Elle dévoile ses secrets.

Jean-Paul Gavard-Perret