gruyeresuisse

05/06/2016

Cadavres Exquis : « Dis coucou chéri »

 

 

AALausanne BON.jpg« Dis coucou chéri », Fabian Boschung, Gilles Furtwängler et Lionnel Gras (et extraits du pénitentiel « Corrector sive Medicus » de Burchard, évêque de Worms), Editions Circuit, Lausanne et Scapula, Genève, 2016.

"Dis coucou chéri" a été publié à l’occasion de l’exposition « Pourvu qu’elles soient douces » de Simon Nicaise présentée au Centre d’art contemporain Circuit à Lausanne (janvier-février 2016). Il s’agit d’une mise en abîme du langage qui ironise les célèbres formules « Le poids des mots, le choc des photos » et « La vie est une histoire vraie » du célèbre hebdomadaire français « Paris-Match » . Gilles Furtwängler et l'historienne d'art Lionnel Gras rassemblent un aréopage d’usages linguistiques. Ils deviennent des échos qui résonnent (faute de raisonner) avec les sculptures de Nicaise. Le livre est un chapelet de perles langagières astucieusement décontextualisées selon un montage de formules..

AALausanne 2.jpgEntre entropie et dystopie, aux croisements de divers médiums  avec l’utilisation du contre-pied et du contre-emploi le stéréotype en prend pour son grade. En bichromie et dans une forme de minimalisme, les auteurs dégagent, des lexiques communs et polyphoniques, les injonctions, les formules « téléphonées » . Elles sont autant d'appels au désir, à la violence, à la soumission, au soulèvement à travers des personnages réels ou fantasmés.

 

 

 

AALausanne 3.jpgLe livre dessine un chemin drôle et chaotique. Les deux auteurs y jouent les francs-tireurs non sans un certain sens presque naturel du surréalisme. Aux structures rigides font place un décodage. Il semble dépourvu de sens. Mais le paisible sombre dans la tempête par successions de chausse-trappes ironiques. Le plaisir critique met à mal les aspects fascinants et traumatiques de la société contemporaine en diverses collisions et qui se chevauchent dans l’éther coloré de chaque page.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/06/2016

Olivier Christinat : la perte des repères

 

Christinat1.jpgMultipliant sans forcément de noblesse la position des corps voire leur superposition Olivier Christinat casse un certain érotisme par divers phénomènes d’hybridation selon son propre terrain de jeu moins ludique qu’il n’y paraît. Il s’agit de faire jubiler le regard plus que les fantasmes. Le procédé devient un nouvel outil d’interprétation par effet de contraste autant que de mariage. L’idée est de découvrir une image « simple » sous un angle inhabituel qui puisse provoquer des résonances inattendues.

Christinat bon 2.pngExiste une littéralité d’actions performatives. Elles agissent de manière à échapper à la pure raison voire à la morale. Les princesses de l’artiste en leur peau immaculée, les hommes emboîtés agitent une réflexion. Ce n’est plus de la chair de feu dont il est question mais de sortes d’apartés intrusifs et subversifs.

Christinat Bon.pngIl s’agit d’échapper à la canicule d’éros par l’exhibition décalée et saisissante. Au punching-ball improvisé par le réel sont substituées des figures fonctionnant comme au sein d’une comédie loufoque même si le rire n’est pas revendiqué a priori. Surgissent des équations aussi pertinentes qu’absurdes. Elles viennent bousculer le chapelet des poncifs réalistes de la photographie selon un aparté anthropologique et scénographique.


Jean-Paul Gavard-Perret

29/05/2016

Jérôme Hentsch : art plastique et musique

 

 

Hentsch2.jpgL’œuvre du Genevois Jérôme Hentsch est aussi conceptuelle que sensible. L’œuvre d’Herman Melville y devient le prétexte littéraire à un déploiement artistique. En 2016 avec "l’Instrument" l’artiste a fait créer une petite table d’écriture blanche dans laquelle il a introduit une caisse de résonance dont la table d’harmonie se confond avec l’écritoire. L’artiste a utilisé cette table pour recopier de sa main tout le « Bartleby » de Melville sur une seule ligne, revenant sans cesse sur sa propre écriture. La «musique» produite par le stylo courant sur la table d’harmonie a été enregistrée. Avec la Chaise (2016), il a conçu un siège dessiné par une fine structure métallique. La sculpture-chaise «écrit» dans l’espace, révélant un alphabet mystérieux (Sans titre, 2016). Occurrences présentent les pages détachées et noircies à l’encre de Chine de deux exemplaires de Bartleby, l’un en français, l’autre en anglais, dont l’artiste a caviardé le texte de petits trous faits à l’emporte pièces.

Hentsch.jpgExistent une ouverture vers l’espace et une liberté artistique. Les implications créent une traversée des médiums. Mais la peinture reste néanmoins centrale. Sa bi-dimensionnalité donne un sens à l'image dont le « sujet » est la peinture elle-même. L’artiste ne cherche pas à ce que les spectateurs aient à déchiffrer des symboles esthétiques, mais sans proposer pour autant une image affaiblie. Dans ses œuvres, il n'y a pas d'histoire, de symbolisme : juste des formes et des couleurs simples là où la géométrie rapproche de la plasticité du temps musical se pliant volontiers à ses diminuendo ou ses progressions. Hentsch 3.jpgTout cela prouve combien l'art optique de Hentsch se déroule à la fois dans le plan, dans l'espace mais également dans la dimension habitée par la musique : le temps. Mais elle prouve aussi, et contrairement à ce que pensait Schopenhauer, que la musique n'est pas "le plus abstrait des arts"

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Oeuvres visibles à l'Espace André Missirlian, Romainmôtier.