gruyeresuisse

04/04/2016

Henriette Schuster : Barocco metrico


Schuster 3.jpgHenriette Schuster, « Conglomérats », Galerie Viceversa, Lausanne, 12 mars – 16 avril 2016.


L’abstraction géométrique d’Henriette Schuster est d’une élégance subtile. L’artiste monte des formes simples mais jamais rigides afin de sortir du fouillis visuel. D'où - paradoxalement peut-être - le calme qui atteint les pièces discrètes et sereines qu’elle propose. Jaillissent une énergie et un vertige visuel là où la créatrice brûle les artefacts joaillers pour atteindre des formes pénétrantes.

Ses assemblages minutieux touchent des régions secrètes et essentielles. Abstraire ne se limite donc pas à partir du monde pour en garder des éléments significatifs, couleurs, formes géométriques, lumières mais à proposer l’ouverture de nouveaux champs. L’abstraction en entrant dans celui de l’orfèvrerie provoque un rayonnement sourd et inédit. Existe donc et jusque dans le travail du bijou un écart essentiel qui ravit.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/04/2016

Golems de la nuit : Virginie Jaton & Claire Nicole

Nicole.jpgVirginie Jaton & Claire Nicole, « S’atténuer de nuit », Editions Couleurs d’Encre, Lausanne, 2016, 33 E. (en souscription jusqu’au 30 avril)


Une forme de déshérence - inhérente au texte de Virginie Jaton comme aux peintures de Claire Nicole - crée des jambages et des soubresauts contre les ombres qui vont et viennent. Il ne s’agit plus de se dresser contre mais de faire corps avec elles. En une suite de sensations métaphoriques, le peu revient sans cran de sûreté dans un bleu de nuit. Le fracas silencieux cadenasse les bruits de concaténation par le timbre d’une voix qui revient et s’écoute au milieu des éléments figuraux que Claire Nicole déplace.

Nicole 2.jpgLes deux créatrices laissent au latent l’espace et l’heure de faire son travail. Se reforment phonèmes et phosphènes dans un leporello de 14 feuillets dont les plans sont des souffles. II n’existe plus de tango de l’inutilité : les temps morts, les ombres deviennent des codes et des matrices de luminosité intermittentes. Le tout dans un subtil manège à contre-époque de vue là où quelques sillons convulsent le silence et où les mots deviennent l’indice d’une toccata ou d’une fugue.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

02/04/2016

Roxana Casareski et la danse des formes – Aperti X

 

Casareski 2.jpgRoxana Casareski, Aperti Lausanne, 16-17 avril 2016.


C’est parce que la peinture est en décadence depuis l’âge des cavernes qu’elle a paradoxalement et toujours quelque chose d’intéressant à montrer. Elle ne se fie qu’aux yeux et reste un démenti à sa propre théorie. Celle-ci s’adapte à l’aventure de la première - jamais l’inverse. Et Roxana Casareski moins qu’une autre se plie à la théorie. Son aventure reste toujours la même : lutter à l’intérieur des formes pour en sortir et atteindre la certitude de les empoigner entre le sens et le silence en restant sans doute à ce “ stade enfantin ” qui faisait si peur à Breton. Toutefois limiter l’artiste lausannoise d’adoption à une telle posture serait des plus sommaires.

Casareski.jpgSe refusant à parler des choses du réel, l’artiste leur donne liberté et envol. Car la simple figuration de telles choses ne serait qu’un bâillon. Dans une telle peinture ne se retrouvent plus nos idées, nos clichés. Nous sommes en face de ce qui nous échappe. Ces peintures de rêve font donc le ménage. Les formes en circulations libres, leurs intersections, leurs chorégraphies colorées échappent à une vision délétère du monde. Roxana Casareski opte pour une légèreté moqueuse, allègre. Le désordre formel prend toujours de revers les formalismes. L’abstraction est très particulière ; exit le clair-obscur car tout rayonne au sein d’une peinture qui est le mouvement immobile capable de donner au silence sa beauté de ciel bleu, mais d'un bleu terrestre plus que marin.

Jean-Paul Gavard-Perret