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15/04/2016

Philippe Decrauzat : l’aventure continue

 

Decrauzat 2.pngPhilippe Decrauzat, « ALL OVER », Une proposition de Samuel Gross, Galerie des Galeries, Paris, du 24 février 2016 au 14 mai 2016

Accrochées sur une peinture murale de John M Armleder, dans « All Over », les œuvres abstraites d’artistes de nationalités et de générations diverses s’accumulent et se répondent. A coté de Philippe Decrauzat d’autres créateurs suisses sont présents : non seulement John M Armleder mais Olivier Mosset, Mai-Thu Perret entre autres. Mais dans cette exposition les verticales de Lausannois sont à la fois les plus pertinentes et les plus impertinentes de l’ensemble. Par leurs différents jeux de rayures qui revisitent le motif récurrent dans l’histoire de l’art et de la mode, le jeu de noir et de blanc et l’abstraction créent un rythme et une vibration à la fois cinétiques et proches d’un pop-art mental.

 

Decrauzat.pngIl est vrai que Samuel Gross connaît ce type d’approches. Celui qui a débuté sa carrière au Mamco de Genève auprès de Christian Bernard avant de devenir directeur de la galerie Evergreene, puis de la Fondation Speersta (Apples) et qui enseigne à l’ECAL a parfaitement compris l’essence de l’œuvre de Decrauzat. Il sait comment ce travail lutte contre conventions admises de la représentation et comment il peut s’imbriquer ou lutter contre les autres œuvres de l’exposition. Quoique volontairement « trompeuses » les narrations plastiques de Decrauzat créent en leurs douteuses évidences des cassures dans l’absence (mais ce n’est qu’une apparence) de réaction aux dynamiques du réel. Les forment dépassent dualités et oppositions afin de montrer la complexion et la complexité du réel par ce qui en est apparemment le plus éloigné mais qui en charpente la critique subtile, poétique et intelligente.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:03 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

08/04/2016

Celle qui n’a pas osé écrire à Dieu : entretien avec l’artiste lausannoise d'adoption Roxana Casareski

 

Casareski.jpgRoxana Casareski, Aperti Lausanne, 16-17 avril 2016.

Roxana Casareski demeure une irrégulière de la peinture : elle préfère sa liberté aux lois de l’esthétique et du marché. Sans cesse l'œuvre se libère de ses propres rets et limites. L’artiste renonce à son savoir faire afin d'évoluer ; la sauvagerie et les errements du trait demeure tant pour évoquer un anéantissement qu’une reprise vers une harmonie poétique. A ce titre elle dépasse largement les toussotements surréalistes qui trop souvent n'ont donné que des leurres d'espérance en ne dupliquant que du même sous de faux algorithmes picturaux.

 

Casareski 3.jpgQu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Savoir que les couleurs et les pinceaux m'attendent.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ? J'essaie de les réaliser.
A quoi avez-vous renoncé ? A rien... ou je suis trop optimiste.
D’où venez-vous ? D'un quartier de la banlieue de Buenos Aires.
Qu'avez-vous reçu en dot ? L'amour.
Un petit plaisir - quotidien ou non ? M'asseoir par terre dans mon atelier devant une toile.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Chaque artiste est différente... heureusement.
Quelle est la première image qui vous interpella ? Etant enfant, les murs craquelés par l'humidité de ma chambre créant des dessins.
Et votre première lecture ? Zarathoustra de Nietzche.
Comment définiriez-vous votre approche de la peinture ? Charnelle.
Quelles musiques écoutez-vous ? Rock, Jazz, pop, blues.
Quel est le livre que vous aimez relire ? « Les lettres de Théo à son frère ».
Quel film vous fait pleurer ? « Les Ponts de Madison ».
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une femme.
A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? A Dieu.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Certain bars.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ? Difficile à dire, mais je me sens proche de l'art asiatique de plus en plus. Sinon c'est l'utilisation de la couleur que me fascine de certains artistes. Baudelaire pour les écrivains entre autres.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Des caresses, de l'amour ...
Que défendez-vous ? Le droit à être libre.
Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Elle est forte et dure en même temps.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Woody... un poète urbain.
Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Aucune.


Interview et présentation : Jean-Paul Gavard-Perret, le 8 avril 2016.

07/04/2016

Patricia Laguerre : exil et royaume

Laguerre 5.jpgL’exposition de Patricia Laguerre « Arbo'ville » se poursuit au musée du jardin botanique de Lausanne jusqu'au 24 avril 2016.

 

Les photographies de Patricia Laguerre gardent avant tout une force poétique Impossible de ne pas entrer en leur vibration en rebondissant sur la "peau" des écorces des arbres sur la lèpre de façades. A leurs effractions les arbres répondent. Patricia Laguerre a photographié leurs reflets, comme autant de masques ou de révélateurs d’une portion citadine. L’arbre n’est plus un corps lointain et solitaire dont l’être urbain serait séparé. Parfois il devient une silhouette géante parmi celles des lilliputiens citadins. Mais dans tous les cas son injonction silencieuse est un recours et c’est là un beau paradoxe.

Laguerre 4.jpgAutour de l’arbre louvoie toujours une forme de volupté. Et ce même ou surtout dans les villes. Lausanne ne déroge pas à la règle. Preuve que la photographe - comme elle le propose depuis 25 ans - est toujours concentrée sur le lien qui unit nature et urbanisme. L’arbre devient l’assurance baudelairienne « que le cœur d’une ville change moins vite que celui d’un mortel ». Si la trivialité positive de la première n’est pas forcément sauvée par le second, l’arbre devient l’agent d’union. Son élan vital est un refuge lorsque la ville comme ses habitants ont besoin d’assistance respiratoire pour tenir debout.

Jean-Paul Gavard-Perret