gruyeresuisse

26/05/2016

Du photographique au scénographique : David Gagnebin de Bons

 

Gagnebin bon 1.jpgToute l’histoire et la tradition culturelle de l’image comme d’une certaine littérature (entre autres Ramuz) sont repris par David Gagnebin de Bons afin de créer un enchantement et une distance critique. Emane un étrange effet de proximité et d’éloignement, de complicité et de mise à distance. Le tout en une certaine froideur majestueuse. L’artiste tente de s’échapper à la picturalité. Mais la mise en scène demeure dans la recherche de divers déséquilibre.


gagnebin bon 2.jpgAvec le Lausannois la photographie s’oriente vers un langage spécifique loin la grande tradition réaliste ou lyrique plus ou moins impressionniste. L'œuvre s’enrichit d'une poésie qui rapproche le médium de ses possibilités spécifiques. L’image apparaît comme un voile qu'il lui faut déchirer afin d'atteindre les choses qui se trouvent au delà dans le but de plonger vers l'opacité révélée d'un règne énigmatique.


gagnebin bon 3.jpgLe créateur ne cherche pas à satisfaire le regard et la curiosité par des images accomplies, arrêtées mais par divers types de « déhanchements ». L’être - lorsqu’il est présent - semble s’appuyer sur l’éclat des couleurs étouffées. Celles-ci créent une multitude fractionnée ou le balbutiement d’une ombre est à la recherche de ce qui la génère à travers des "occurrences" où tout se laisse voir et où tout se perd pour approcher une renaissance incisée de nouveaux volumes.


Jean-Paul Gavard-Perret

14:01 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

24/05/2016

Naomie del Vecchio : exercices de nudité

 


Del Vecchio 4.jpgLes dessins de Naomie Del Vecchio se rapprochent du réel sans la moindre clémence pour la « bienséance ». Pour autant la Genevoise ne cultive pas l’outrance. Mais corps et paysages se soulèvent ou se creusent au seuil d’un surgissement ou d’un rappel à la jouissance. Il n’est pas jusqu’aux traits embryonnaires de questionner parfois le ciel ou le destin des arbres. S’y inscrit un certain passage des dieux dans la matière du monde. Le but n’est pas l’assouvissement mais la persévérance de la faim. L’art joue pudiquement le jeu du désir pour en disposer autrement.

Del Vecchio 3.jpgLa créatrice nous fait complice de sa psyché mais toujours avec un écart, une distance. L’ironie n’est jamais absente là où le dessin renvoie à la chair du réel comme préalable à sa transformation. Le temps est délimité par un face à face avec la page où l’artiste le couche. Preuve que le dessin - plus que tout autre échange - unit. Son horizontalité est l’épreuve de recommencements insaisissables. Son pouvoir n’est pas d’illusion mais d’étreinte. Les volumes font ce que les caresses font mal. Précipités ils dérobent mais bien mieux que les mains de l’homme.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/05/2016

Métamorphoses des poncifs paysagers –-Sarah Hildebrand


Hildebrand.pngSarah Hildebrand, « Murmures », photographies & nouvelles, 44 pages, Mai 2016, « L'éloge du vide », Mali Genest, Sarah Hildebrand & Silvia Niederhäusern, 29 mai -26 juin 2016, Ferme de la Chapelle, Grand-Lancy

 

Hildebrand 2.pngSarah Hildebrand permet d’atteindre ou de pénétrer ce qu’il en est du paysage et de son "creux". La simplicité préside à la sophistication. Mais l'inverse est vrai aussi. Par moments provocatrice (toujours subtilement et de manière aporique) l'artiste sacralise le paysage tout en lui conférant un caractère quasiment nul et non avenu. Et ce en un désir de l’approcher au plus près avec humour implicite. Sarah Hildebrand aime en effet faire œuvre de discrétion et d’impertinence.


Jouant sur des formes complexes, elle propose des suites de variations avec supplément d'image d'un côté, supplément de réalité de l'autre : il s'agit d'une appropriation où divers thématiques se croisent et où le plein fait le jeu du vide en se renversant l’un dans l’autre.


Hildebrand 3.pngLes marques du débordement, du franchissement du "cadre" (parfois dédoublé dans l'image par celui d'une fenêtre) prouvent que les photographies de la plasticienne ne sont pas là pour décliner du réel mais le décaler. De telles approches reviennent à décrire et surtout dé-écrire non seulement "du" paysage mais un regard, une pensée. Une filature, à partir d'un point, permet de filer le monde, de soulever ses images, leurs couleurs. L'objectif est d'introduire non le mais du motif dans un langage photographique qui ne cesse de le creuser. L'artiste reste sur le fil du rasoir entre la littéralité la plus forte possible et le nécessaire transfert réflexif qu'installe son approche littéraire et plastique.


Jean-Paul Gavard-Perret