gruyeresuisse

09/10/2018

Aurélie Gravas : à l’épreuve du temps

Gravas.jpgAurélie Gravas, « Mad Girl Love Song », Galerie Heinzer-Rezler, Lausanne, 18 octobre au 24 novembre 2018.

Autour des fleurs d’Aurélie Gravas louvoie une forme de volupté. Le regard est caressé par ce que l’artiste déploie de manière légère et maîtrisée dans le vertige des courbes. Tout est en vibration entre terre et ciel. Il ne s'agit pas de fixer le réel mais de le déplacer en des détentes pour une pluralité d'émergence.

Se créent des murmures visuels. Ils ne sont pas seulement le fruit du vent mais de l’art lui-même. Les fleurs deviennent moins un thème pictural que des silhouettes vives et charnelles. Loin de la mélancolie se découvre des passages intimes qui s’enfoncent dans l’inconnu et des élévations propres à chatouiller le ciel. Face aux ténèbres s’ouvre la plus grande clarté. Il y a là du Matisse. Mais du Matisse repris et corrigé.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

05/10/2018

David Lemaire "lecteur" de Luisanna Gonzalez Quattrini

Gonzales bon.jpgDavid Lemaire, «Luisanna Gonzalez Quattrini. Accroupissements», art & fiction, Lausanne et Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds,2018, 24 CHF.

 

Réalisé à l’occasion de l’exposition "Accroupissements" au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds (4 novembre 2018 - 3 février 2019) ce livre permet d’approfondir le travail de Luisanna Gonzales Martini. Née en 1972 à Lima, elle vit et travaille à Bâle. Elle a déjà présenté son travail dans plusieurs expositions - entre autres, à la galerie Bis Heute de Berne et au Swiss Awards, Messe Basel. David Lemaire est fasciné par les travaux immensesqu’elle réalise. Ils ont trait à la représentation mentale qui transforme le réel. Et cette question interpelle le directeur du Musée de la Chaux-de-Fonds.

gonzales.jpgAuparavant et en 2007 dans « Private garden » (Héros Limite), l'artiste publia de très courts récits aussi denses que fantasmatiques qui sont autant de souvenirs que des remarques elliptiques :« Pina veillait sur moi depuis que j’étais toute petite, dans mes rêves elle était ma mère. / Teófilo travaillait dans les jardins publics; aujourd’hui il n’arrose plus que mon jardin. / Antonia travailla durant cinq ans sans recevoir aucun salaire, elle avait demandé qu’on lui mette l’argent de côté pour après, il n’y eut jamais d’après. » Le principe de linéarité était abandonné au profit d’une utilisation visuelle des signes.


Gonzales 3.jpgLes oeuvres plastiques de Luisanna Gonzales Martini fomentent des suites à de tels récits. Existe dans ces peintures un onirisme tendre fait de repentirs visibles avec des touches d'humour. Le regard est mis en équilibre instable entre diverses impressions. Tout tient en instance de la délicatesse persistante tant par les formes que les couleurs. Leur étrangeté joue entre présence et régression. S'y dévoilent une rélexion sur la peinture et une mise en rapport de l'image au monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

02/10/2018

Yann Haeberlin : traversées

Haeberlin.jpgYann Haeberlin, Art en Île - Halle Nord, espace d'art contemporain, Genève, octobre 2018.

 

Flâneur d'Afrique et d'Europe, Yann Haeberlin - lauréat 2017 de la bourse de la Ville de Genève pour la photographie documentaire - a parcouru le Burkina Faso, le Benin, le Togo, le Sénégal, la Mauritanie, le Maroc avant de remonter vers l'Espagne jusqu'en Suisse. Il a effectué le voyage que font les oiseaux migrateurs de (presque) un coup d'ailes et qu'effectuent  plus lentement celles et ceux qui fuient la guerre, la faim dans l'espoir de trouver en Europe des terres moins hostiles mais qui ne le sont pas toujours.

Haeberlin 3.jpgIl a photographié des êtres humains et leurs lieux "exogènes" comme il a photographié en Suisse les domaines skiables et à Lausanne les anciens jardins familiaux du quartier de la Bourdonnette. Avant leur destruction, il a pu saisir des cabanes habitées par des migrants d’horizons divers. En dévers des utopies imagerantes Haeberlin refuse la mise en boîte muséale de l’art. Les choses de la vie deviennent sources de création. Le monde reste un atelier ambulant s'y mêle la neige et le sable, les hommes et leurs traces parfois abstraites et presque invisibles.

Haeberlin  2.jpgLe photographe accumule une sorte de documentation. Elle se transforme en instants de poésie intempestive. L’art pour autant ne bascule jamais dans l’à-peu-près. Choisissant toujours des prises frontales Haeberlin suggère des atmosphères étranges et éphémères où se mêlent divers indices de précarité. Outils, fruits, légumes, objets divers, espace,  jouxtent les hommes dans le désordre de lieux et de situations provisoires. La vie est là : grave et ludique, pleine d'humilité et de coeur. L'artiste offre des constats : au regardeur d'y effectuer son propre chemin.

Jean-Paul Gavard-Perret