gruyeresuisse

13/06/2017

Personne n’y avait pensé avant – Histoire de la diapositive au Musée de l’Elysée

Diapo.jpg« Diapositive. Histoire de la photographie projetée », de 1er juin au 26 septembre, Musée de l’Elysée, Lausanne, Catalogue (textes de Nathalie Boulouch, Roland Recht, Olivier Lugon, Anne Lacoste, Krzystof Wodiczko, Christophe Domino). Editions Noir sur Blanc / Musée de l'Elysée, 2017, 240 p., 50 CHF.

 

diapo 2.jpgLe Musée de l’Elysée présente une des premières et rares expositions consacrées à l’histoire de la diapositive. C’est sans doute la plus importante par son exhaustivité et son intelligence. Anne Lacoste et Carole Sandrin conservatrices du Musée ont compris qu’afin de présenter cette technique, accrocher des tirages muraux trahirait l’esprit même d’une telle diffusion. La projection photographique est donc reprise « telle quelle » pour montrer comment la diapositive est à la fois la suite des lanternes magiques et constitue les prémices de tout un champ expérimental de l’art vidéo à l’installation.

Très longtemps il est vrai elle a servi de purges aux soirées familiales. Diapo 3.jpgNéanmoins, à partir du milieu du siècle dernier, des artistes s’en sont emparés selon divers registres et objectifs. L’exposition les présente en quatre axes pertinents. L’image de lumière, le dispositif, la séquence et la séance précisent astucieusement les spécificités de cette diffusion. Son rôle d’image écran a servi les amateurs comme les photographes professionnels (Alfred Stieglitz, Helen Levitt ; etc.). La technique s’est mise au service de l’éducation comme du divertissement. Elle fut intégrée dans le domaine du design populaire avec Le Corbusier et Charles et Ray Eames et devint un médias de choix chez des artistes conceptuels tels que Dan Graham, llan Sekula, Nan Goldin, Peter Fischli, David Weiss..

Diapo 4.jpgCette technique, plus qu’une autre, tient en compte ce que la hantise de l’air fomente. Des silhouettes errantes s'éloignent des berges du réel - au sein même de son apparence agrandie – afin de plonger dans un fleuve de l’imaginaire plus que dans celui de la mémoire. Fantômes que fantômes, masses mouvantes englouties : qui donc - au fond d’eux et d’elles - peut se reconnaître ? Le médium crée un effet d'écart en « réincarnant » par effluves des voyages en divers dédales au sein d’une alchimie poétique. Elle ne donne pas forcément les clés de son mystère et du secret qu’elle feint de montrer entre absence et Assomption.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

05/06/2017

Lobbiaz et les inconnues

Lobbiaz.jpgDans son travail de commande comme dans ses œuvres personnelles Lobbiaz poursuit une œuvre fascinante. Evitant le pathos, il fait jaillir l'existence selon des formulations singulières. La noirceur rôde parfois au sein d’une alchimie poétique qui ne donne pas forcément les clés du secret.

Lobbiaz 2.jpgLe photographe propose le passage d’inconnues sans visage. Elles flottent un moment dans le temps en état de vulnérabilité et de provocation. Chaque modèle (dont Audrey Ba) devient l’aître de limbes lointainement familières dans l'embellie d'une surface inapprochable et chancelante. Le temps se couche sur les intermittences du mystère au sein du brassage d’eaux troubles et une sorte d’absence/présence où tout demeure en suspens.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:50 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Olivier Christinat : l’amour des images


Christinat.jpgOlivier Christinat Nouveaux souvenirs », préface de Tatyana Franck, Editions Associations des amis d’Olivier Christinat et art&fiction, Lausanne, 50 chf, 2017.

 

 

 

Christinat 2.pngFaisant suite à l’exposition « Nouveaux souvenirs, album japonais » (EPFL, Rolex Learning Center, Lausanne, 2013) ce livre présente plus de 200 images inédites d’Olivier Christinat (accompagnées textes de Véronique Mauron, Claude Reichler et Marco Costantini). L’ouvrae décline le génie de bien des lieux que le photographe organise avec perfection par différents types de suggestion dont la femme est souvent l’instigatrice. Toutes les photographies ont le mérite d’une précision et une clarté qui reste sous l’effet du réalisme d’une pure fiction. Tout est subtil, immanent. Christinat est un digne héritier de J-L Godard dans la manière de « chiader » (il n’y a pas d’autres mots) ses images. L’ensemble reste éternellement tendre, adolescent sans la moindre mièvrerie.

Christinat 4.jpgL’univers évoque aussi - sans que l’on puisse dire exactement pourquoi – celui de Proust. L’artiste ne sépare jamais la terre et les êtres. La géographie - physique ou amoureuse - engage de belles métonymies hallucinatoires dès qu’apparaît une fille ou une femme venue des hautes montagnes et qui se dirige vers un paysage désert quoiqu’urbain. Tout est parfaitement organisé, équilibré. Un secret demeure là où tout semble donné à voir. Si bien que le réel devient une terre inconnue. Incidemment l’artiste rappelle que l'amour ne peut pas être enfermé dans un atlas aussi grand soit-il. Et ce même si la photographie ne peut se satisfaire de l'amour de l'ailleurs, de l'amour " à la carte ". Il ne s'agit que d'une aventure intérieure. Et une aventure plastique. L’une entoure l’autre. Et vice versa.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:30 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)