gruyeresuisse

08/09/2017

Le choix esthétique et technique de Sébastien Kohler

Kohler.jpgSébastien Kohler, « Ambrotype », Musée de l'Appareil Photographique, Vevey, Exposition du 13 septembre 2017 au 14 mars 2018

Sébastien Kohler ( comme Nadar pour la quasi-totalité de ses portraits) utilise la technique du collodion humide. L’ambrotype sur verre inhérent à ce processus est le contraire du négatif - même si l’artiste installé à Lausanne s’en sert comme tel. C’est un objet unique qui a priori ne permet pas des tirages multiples. Mais le Lausannois réussit une excellente qualité d'image par sa maîtrise des solutions, des réactions et des caprices des produits employés, des conditions d'humidité et des températures ambiantes. Le collodion employé, le temps de pose, la concentration de certains composants du révélateur, tout est défini auparavant. De plus et dans son cas, la technique est au service du regard de l’artiste, un des grands portraitistes de l’époque. L’ambrotype donne au visage une précision de détails dans les ombres et une finesse de nuances par la réflexion (du tirage) et par transparence (du verre support originaire).

Kohler 2.jpgLe portrait répond plus profondément par cette technique au faux-semblant. A la version « californienne » propre, lisse, sympathique du portrait se substitue des vues d’une inquiétante étrangeté. Le photographe compresse de ce qui est cool, aisé et cultivé, pour se situer en une position symétrique voire en un certain «trash » sans aller cependant jusqu’au purement affreux ou sale. L’ambrotype permet parfois et à l’inverse un certain charme. Le portrait prend en conséquence une dimension de fluctuation et de floculation particulières. La présence échappe à la représentation du pur psychologique ou sociologique. Elle n’est pas toutefois forcément poétique mais peut devenir parfois politique, engagée. Fabienne Radi a souligné la « communion » et la « commotion » que proposent les substrats d’une telle technique et la vocation de sémiologue du créateur d’exception pour lesquels la photographie devient une somme de cogito où l’inconscient affleure.

Jean-Paul Gavard-Perret

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06/09/2017

La dialectique de René Burri

Burri 3.jpgRené Burri, « Cosmopolitain », Bildhalle, Zurich, du 24 août au 21 octobre 2017

 

Cette exposition créée en étroite collaboration avec la famille de René Burri est la première depuis la mort du photographe en 2014. Schématiquement nommé « humaniste à l’appareil photo », une telle définition le réduit car Burri est avant tout un maître du langage photographique qu’il a métamorphosé.

Burri 2.jpgCertes, en tant que correspondant pour l’agence Magnum, ses photos portent une attention aux problèmes de son époque. Mais il va bien plus loin. Ses tirages argentiques et numériques se donnent comme homogènes et dépassent les vicissitudes historiques et les rapports conflictuels du monde.

Le langage devient chez lui un acte de reconstruction poétique qui dépasse le tumulte et la violence. L’image aspire à un ailleurs dans l’ici-même en tout ce qui vacille entre veille et réveil, réalité et rêve. Ces séparations restent chez Burri souvent infimes pour donner lieu à une dialectique où l’exigence créatrice demeure bien autre que le simple témoigne. La révérence à la métamorphose entre en ligne de compte et rend unetelle œuvre irremplaçable.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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05/09/2017

Peter Lindberg à Saint Moritz

Lindberg.jpgPeter Lindberg a écrasé par ses photographies le 10ème Festival de St. Moritz Art Masters. Il y avait pourtant du beau linge mais une fois de plus l’artiste impose son univers a priori stéréotypé où les stars font florès. L’image peut sembler a priori manquer de profondeur de vue là où le maître du noir-et blanc cultive trop le même type de poses et il paraît mangé par l’adoration qu’il porte à ses modèles en des portraits qui deviennent des lettres d’amour. Mais le modèle échappe au statut de "corps objet" : Lindberg casse les identités fantasmatiques même s’il en joue dans le faux réalisme de la nuée. Il transforme ses prises en un cinéma du cinéma par sa manière de scénariser en couleurs des moments creux de tournage non sans emphase ironique.

Lindberg 2.jpgCertes l’œuvre peut sembler trop léchée pour être pertinente. La femme est une nymphe saisie dans un rituel indécis et flottant. Néanmoins cette approche demeure moins anecdotique qu’il n’y parait. L’élan de chaque prise crée soliloque en hommage à la femme et au cinéma. En robe de soirée ou en bottes, jouant les abandonnées, sauvages et sévères tout en éliminant les appels à la bagatelle; les femmes acquièrent une visibilité bien plus factuelle. Elles donnent l’impression de n'avoir jamais pu être comme elles apparaissent en de tels « clichés » qui n’en sont pas.

Jean-Paul Gavard-Perret

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