gruyeresuisse

30/03/2019

Suzanne Kasser : lumière dans l'obscurité

Kasser.jpgKasser, "Boucle bouclée", Galerie Weiller, Paris VIème, du 16 avril au 10 mai 2019.

 

Suzanne Kasser dans son oeuvre minimale et profonde crée un double mouvement ou une "boucle bouclée". Elle montre la lumière qu'on voit dans l'obscurité mais tout autant l'obscurité qu'on voit dans la lumière. Pour le comprendre, le saisir il faut s'arrêter devant de telles oeuvres, suivre leur puzzles et mouvements ou plutôt s'y laisser prendre.

 

Kasser 2.jpgExiste un mouvement et le jeu des fuites et de "récits" (hors narration) simultanés et fuyants. La battue n'a pas de fin. Et si l'art est l'élévation de la pensée il échappe ici au symbole, à l'archétype, au méli-mélo psychique ou au speudo abîme inconscient.

 

Kasser 3.jpgLa sombre puissance du travail de la Lausannoise n'est pas le fruit d'un calcul et encore moins du rêve, du merveilleux ou de révélations occultes. Il est l'état de ce qui est "digne de la surface" comme écrit Sollers dans "L'éclaircie". Ce titre va parfaitement à l'oeuvre de Sylvie Kasser. Elle accomplit une révolution du langage plastique. Par ses "Illuminations" les règles volent en éclat dans une prospective qui mène à une apothéose en sourdine.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/03/2019

Les morts vivent plus longtemps que nous : Céline Cerny et Line Marquis

Cerny.jpgCéline Cerny, Line Marquis, "On vous attend", coll. Pacific, art&fiction, Lausanne, 2019, 96 p., 27 CHF.

 

En quinze textes et des images Céline Cerny et Line Marquis reviennent à l'essentiel : la mort telle qu'elle apparaît dans les arts et la vie. Bref ce livre est l'histoire de "nos" disparus dont la voix perdure .  Mais quelle est leur place parmi nous ? Quel espace tracent-ils et quels liens offrent-ils ? "On vous attend" répond en donnant une nouvelle vie aux anges et aux fantômes qui nous hantent et nous collent aux basques.  Leurs passés empiétés et emiétés nous tissent.

 

Cerny 3.pngParce qu'ils nous attendent, leur redonner vie, à travers les mots et les images, c’est se consoler un peu par des appels. Ils nous apaisent et parfois et nous font rêver. Dante n'est jamais loin. Il fut le premier à nous colleter avec le néant et les misères. Céline Cerny et Line marquis créent sous son égide, sans préférer la modestie des sommets alpins à l'arrogance des terres basses et urbaines.En rien amnésiques elles ont prises sur les êtres et les choses.

 

Cerny 2.pngIl existe là tout un exercice de sauvetage et de connaissance qui est la porte de la connaissance dont on a perdu la clé. Les deux créatrices sont à sa recherche, en analystes et rêveuses, de cet examen des morts qui ne sont pas plus recalés qu'innaccessibles. Existe un sentiment de familiarité par la présence de la densité mystérieuse de leurs ombres toujours insuffisamment dépliées.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

24/03/2019

Redécouvrir Max Kohler

Kolher Bon bon.pngMax Kohler,"Ellipse, préambule", Circuit, Lausanne, jusqu'au 23 mars 2019.

 

Max Kohler est resté méconnu trop longtemps en dehors de la région jurassienne et soleuroise. L'artiste a pratiqué la gravure, la peinture et l'art monumental souvent avec génie tout en transférant ses découvertes d'un médium à l'autre. Il creusa la matière picturale avant de l'étaler par larges coups de pinceaux multidirectionnels qui le rapproche de Cobra. Il s'orienta aussi vers des plans déliés de ses linogravures et gravures sur bois.

Kohler Bon 2.jpgApparaissait tout un monde souvent monstrueux puis il s'orienta vers la création d'architectures plus ou moins théâtrales. Tout joue entre un art monumental et la gravure et peinture avec astres et rosaces ornementaux peints sur des tentures. Existe aussi une fantaisie où des plans en relief sont construits pour improviser avec la perspective et afin de créer des perspectives "indéfendables" et des errements afin que les yeux du regardeur s'ouvrent.

 

Kohler Bon.jpgL'artiste poussa toujours des modifications ludiques pour brouiller formes et des genres. Et non sans ironie dans une pratique artistique multiforme. Fidèle - mais par la bande - au pur esprit dadaïste, le "moi" n'est jamais au centre de son oeuvre et des ses motifs. Au sein de ses manœuvres tout est construit  afin de brouiller les pistes par des artifices visuels de mise en scène. Le "genre" n'est donc plus impératif. Il s'éteint, il sombre. L'image invente des programmations intempestives pour un devenir plus intense qui cesse de nous "parler".

Jean-Paul Gavard-Perret

15:07 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)