gruyeresuisse

07/06/2016

Nathalie Delhaye : made in Japan

 

Delhaye.pngNathalieDelhaye, International Contemporary Sculpture, Miyayaki, 6 - 19 juin 2016. http://www.nathaliedelhaye.com/. Workshop : Carrières du Lessus, 1867 St.Triphon / Switzerland


Il faut se perdre dans la lumière noire des sculptures de Nathalie Delhaye pour voir l'obscur. Il convient tout autant d'aspirer les vertiges plastiques polis dans des pierres rares. Ils sont autant de grâces. Sarments et vulves, travaux monumentaux. Les mots s'effacent de la tête pour entendre du dedans ce que l'artiste laisse saillir. Dérive non dérapage. Ou alors contrôlé. Là où tout se découvre le presque silence. Résurgences, déliés et défilés du lié. Entrer en résonance avec l’inconnu qui ouvre à l'insaisissable : pensées presque perdues par ce qui s'érige.

Delhaye 2.pngReste le mystère qu'il faut laisser tel quel. Le langage plastique le scelle. Venu de partout et de nulle part. Il donne à voir la lumière noire et les ombres blanches. Amoncellement des courbes. Calme parfait en apparence. A portée de main, donc de la caresse. Effet étrange, appel muet. Seuil à franchir dont le passage est comme interdit. Il ramène à la clôture, mais aussi à l'ouverture : tentation, présence, attente là où se renverse la problématique habituelle du seuil de la matière. Elle sort de sa rigidité, de sa poussière.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/06/2016

Cadavres Exquis : « Dis coucou chéri »

 

 

AALausanne BON.jpg« Dis coucou chéri », Fabian Boschung, Gilles Furtwängler et Lionnel Gras (et extraits du pénitentiel « Corrector sive Medicus » de Burchard, évêque de Worms), Editions Circuit, Lausanne et Scapula, Genève, 2016.

"Dis coucou chéri" a été publié à l’occasion de l’exposition « Pourvu qu’elles soient douces » de Simon Nicaise présentée au Centre d’art contemporain Circuit à Lausanne (janvier-février 2016). Il s’agit d’une mise en abîme du langage qui ironise les célèbres formules « Le poids des mots, le choc des photos » et « La vie est une histoire vraie » du célèbre hebdomadaire français « Paris-Match » . Gilles Furtwängler et l'historienne d'art Lionnel Gras rassemblent un aréopage d’usages linguistiques. Ils deviennent des échos qui résonnent (faute de raisonner) avec les sculptures de Nicaise. Le livre est un chapelet de perles langagières astucieusement décontextualisées selon un montage de formules..

AALausanne 2.jpgEntre entropie et dystopie, aux croisements de divers médiums  avec l’utilisation du contre-pied et du contre-emploi le stéréotype en prend pour son grade. En bichromie et dans une forme de minimalisme, les auteurs dégagent, des lexiques communs et polyphoniques, les injonctions, les formules « téléphonées » . Elles sont autant d'appels au désir, à la violence, à la soumission, au soulèvement à travers des personnages réels ou fantasmés.

 

 

 

AALausanne 3.jpgLe livre dessine un chemin drôle et chaotique. Les deux auteurs y jouent les francs-tireurs non sans un certain sens presque naturel du surréalisme. Aux structures rigides font place un décodage. Il semble dépourvu de sens. Mais le paisible sombre dans la tempête par successions de chausse-trappes ironiques. Le plaisir critique met à mal les aspects fascinants et traumatiques de la société contemporaine en diverses collisions et qui se chevauchent dans l’éther coloré de chaque page.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/06/2016

Olivier Christinat : la perte des repères

 

Christinat1.jpgMultipliant sans forcément de noblesse la position des corps voire leur superposition Olivier Christinat casse un certain érotisme par divers phénomènes d’hybridation selon son propre terrain de jeu moins ludique qu’il n’y paraît. Il s’agit de faire jubiler le regard plus que les fantasmes. Le procédé devient un nouvel outil d’interprétation par effet de contraste autant que de mariage. L’idée est de découvrir une image « simple » sous un angle inhabituel qui puisse provoquer des résonances inattendues.

Christinat bon 2.pngExiste une littéralité d’actions performatives. Elles agissent de manière à échapper à la pure raison voire à la morale. Les princesses de l’artiste en leur peau immaculée, les hommes emboîtés agitent une réflexion. Ce n’est plus de la chair de feu dont il est question mais de sortes d’apartés intrusifs et subversifs.

Christinat Bon.pngIl s’agit d’échapper à la canicule d’éros par l’exhibition décalée et saisissante. Au punching-ball improvisé par le réel sont substituées des figures fonctionnant comme au sein d’une comédie loufoque même si le rire n’est pas revendiqué a priori. Surgissent des équations aussi pertinentes qu’absurdes. Elles viennent bousculer le chapelet des poncifs réalistes de la photographie selon un aparté anthropologique et scénographique.


Jean-Paul Gavard-Perret