gruyeresuisse

25/06/2016

Primitifs du futur à l'Elysée


Elyséé Victoria Will.jpg« La mémoire du futur, dialogues photographiques entre passé, présent et futur », jusqu’au 28 août 2016. Musée de l’Élysée, Lausanne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ElyséeOscar Munoz.jpgDepuis son arrivée à la tête du Musée de L’Elysée, Tatyana Franck a revitalisé le lieu. Elle revalorise un fonds accumulé au fil du temps sans direction précise mais dans un souci d’œcuménisme photographique. Pour autant l’exposition n’a rien d’une expérience nostalgique. Plutôt que d’exhumer des trophées passéistes l’exposition crée une dialectique entre passé et futur et montre comment les recherches des photographes actuels savent tirer profit de procédés photographiques archaïques.

ElyséeChristan Marclay.jpgDaguerréotypes et autres cyanotypes sont mis en écho des œuvres les plus nouvelles. Aux travaux primitifs de Gustave Le Gray ou d’Anna Atkins répondent les expérimentations de Christian Marclay, Oscar Munoz, John Dugdale, Takashi Arai ou encore les recherches sur la lumière d'un James Turrell. Non sans louable souci pédagogique l’exposition permet une réflexion approfondie sur le médium et prouve comment l’esthétique photographique se construit sur la « matière ». Et ce même à l’époque du numérique. La patine, la craquelure, l’effet de trace investissent le médium – parfois jusqu’à un maniérisme discutable. A voir pour tout amateur d’un art confiné trop longtemps au rang inférieur.

Jean-Paul Gavard-Perret

(photosde Victoria Wall, Oscar Munoz, Christian Marclay)

22/06/2016

Les Insolents Plonk et Replonk


Plonk 3.jpg« Plonk & Replonk + Andrea Barciela » Au LAC de Vevey jusqu'au 31 juillet 2016, en collaboration avec Swissachtung.ch.


Les éditeurs de la Chaux de Fonds Plonk & Replonk, sont déclarés d’ « inutilité publique » depuis 1997. Ils se posent provisoirement au LAC avec leur nouveau Bestiaire non surveillé. Décalés et impertinents, ils viennent néanmoins déclarer allégeance aux neuf muses monumentales du jeune artiste Andrea Barciela. L’humour particulier et absurde de leurs fameux photomontages d’inspiration rétro, leurs anciens livres, leurs cartes postales ou encore leurs Nains Bétonnés fait merveille.


Plonk.jpgLes deux compères proposent des visions qui échappent à toute logique. De fait l’imaginaire repose ici sur le réel par modification de point de vue et de prise. Spécialiste des détournements et autres vacations a priori farcesque leur travail ne peut que réjouir. L'impossible devient possible. Les « niches » des iconoclastes ne manquent jamais de chiens. Ils jouent les artilleurs afin de suggérer combien les bienfaits tournent à la férocité. Des raies alitées produisent des crimes et pas seulement pour ceux qui en des alcôves suaves savourent leur Darjeeling dans des tasses athées.


Jean-Paul Gavard-Perret

21/06/2016

Hygiène du poème - Mathias Lair



LAIR BON.pngMathias Lair rappelle - entre autres- combien sous « le fumet de la poésie » se cache « l’odeur infecte de la restriction morale ». Le genre est donc souvent un pare fumet. Il refuse aussi à faire respirer le vivant au nom de nostalgie et autres plaisanteries du même acabit. Sa syntaxe et son « caveaubulaire » (Prigent) ne sont qu’une peau, un écran, une impasse.

L’auteur s’insurge contre des jeux de surface où la cécité fait masse. Le genre reste pris dans les « idéaux religieux du surgénérateur phallique ». Peu à peu cette proposition est remplacée parfois par son parfait contraire (« ce qui reliait, faisait religion, évanoui dans la fumée des bûchers et des crématoires ») : il est aussi inopérant.

Lair 2.jpgLe souci impérieux de la recherche d’une image la plus sourde ne doit pas se confondre avec la fausse simplicité d’un brave désir de fraternité sous prétexte de partage. La démarche de la « vraie » simplicité est d’un autre ordre. Ce que Mallarmé nomma « la crise de vers » est le moyen, loin des vieux plumages, d’atteindre non la chose mais la « choséïté » (Beckett).

Mathias Lair s’élève donc contre la propension à voir des poètes partout et à considérer la poésie comme une excrétion nécessaire. Trop de pseudo poètes ne proposent que l’examen de leurs selles. Il rappelle que la poésie n’est pas un égout de la langue et qu’ un poème est vrai lorsqu’il se dégage des gaines de sécurité verbale pour oser le haut voltage : le sens secoue là où les mots comme chez Beckett osent le quasi silence pour se faire entendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mathias Lair, « Il y a la poésie », Editions Isabelle Sauvage, 164 p., 17 E., 2016.

17:25 Publié dans Lettres, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)