gruyeresuisse

05/08/2016

Anne -Laure Lechat : Lausanne ville miroir


Lechat Bon.jpg« Landing Gardens », Adrien Rovero et Christophe Ponceau, art&fiction, Lausanne, 2016, Parution le15 septembre.


Comme toutes villes Lausanne est le lieu d'interactions sociales : les jardins y insèrent leurs partitions ludiques et leurs respirations : 29 d’entre eux y ont été revisités lors de la 5ème éditions de « Lausanne Jardins » il y a près de deux ans. La Lausannoise les a repérés avec deux autres photographes (Milo Keller et Matthieu Gafsou) au moyen d'une caméra qui n'avait rien de surveillance.

 

 

Lechat 3.jpgSans chercher les effets superfétatoires ou l’humour dont elle est capable (voir son toutou penseur…) elle a su montrer sa ville loin des sentiers battus. La cité vaudoise n’a rien d’une facticité aguicheuse ou de pure « façade ». Anne-Laure Lechat prolonge sa contemplation et le plaisir des ballades par l’intelligence en articulant l’architecture et le jardin.

Lechat2.jpgElle prouve que les deux sont réactifs et « métabolistes ». Leur jonction respire parfaitement et suggère l’idée d’innovation et de paix. L’imaginaire de la créatrice a su franchir avec discrétion des seuils. Ils restent au service d’harmonies complexes. Plis et ruptures, jeux de couleurs font que la ville et ses jardins se regardent et se complètent. Par le passage d’un lieu à l’autre, d’un moment à l’autre l’espace y devient temps. Et l’évocation de l’évènement festif diffère de la simple prise d’un moment.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/07/2016

Jacqueline Veuve la vagabonde

 

veuve.pngSensible aux choses de la vie, reconnue très tôt par Jean Rouch, la Vaudoise (installée à Payerne) Jacqueline Veuve a redonné de la Suisse une vision ouverte. Sans doute parce que la documentariste était elle-même sensibles= aux diverses cultures rhizomatiques - ouvrières ou bourgeoises - du pays « objets » implicites de son œuvre .

veuve3.pngElle a créé plus de 60 films. Ils interrogent souvent les exploités - loin de toute idéologie ou engagement fléché. La documentariste est sensible à la vie telle qu’elle est. Remplaçant les ethnologues trop bavards elle a su filmer son pays : « être Suisse n’est pas simple, c’est même assez lourd » dit-elle mais, face à un ostracisme diffus (façon « coucou et chocolat »), elle montre un terroir éloigné du paradis comme de l’enfer. Elle exclut le «spectaculaire» au profit de l’évocation de communautés locales dont la culture disparaît. L’empathie est toujours là. Fidèle à Rouch, Jacqueline Veuve ne démontre jamais : elle montre.

veuve 2.pngPartant d’enquêtes de terrain elle y revient pour construire avec précision maniaque et obsession chaque film. Le rythme lent crée une poésie contemplative pleined’émotions, de sensualité. Souvent productrice de ses réalisations elle préserve sa liberté de choix et reste - tout en s’en défendant - une réalisatrice féministe. Elle a ouvert bien des voies même si elle fut exclu du « nouveau cinéma suisse » tant lui fut reproché son « apolitisme » - il l’a soustraite toutefois à bien des errances.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/07/2016

Véronique Hubert : Godard et après

Hypnosa.png

 

 

 

 

 

 

 

Véronique Hubert, "cinéma n'est pas un prénom féminin", https://vimeo.com/175409044



Hubert bon.jpgSouvent les jambes des femmes deviennent les cavernes du cerveau du mâle. C’est pourquoi en les « invoquant » - ainsi que d’autres « pièces » anatomiques - Véronique Hubert pense à leur sujet non au développement photographique mais au développement géométrique de l’espace. Elle permet - par images et en mots - de visualiser le regard portée sur les guérisseuses de l’âme (du moins ce qu’il en reste) et du corps masculins.

Hubert bon 2.pngDans ses vidéos le présent n’est pas décliné de manière narrative mais en « cuts », alternances et inserts. Digne héritière de Jean-Luc Godard (dont elle partage un même sens inné de l’image) elle rend l’absence visible et l’évidence invisible. L’abandon est fait de tension afin que se perçoivent des zones inconnues de dérive. Si bien que l’engourdissement du demi-sommeil de voyeur se transforme en transes extra-lucides.

Hubert 2.pngExiste là tout un travail d’intelligence selon des « farces » (décentes) dont le procédé de structure original crée jusque dans ses coupures une unité mélodique. Elle fait du cinéma le plus abstrait des arts au moment où il puise pourtant dans la réalité. Le but - même dans des vidéos courtes - est de créer ce que Godard nomme un « ensemble afin de se voir dans le miroir des autres ».


Jean-Paul Gavard-Perret