gruyeresuisse

26/08/2016

Arsène Houssaye : porc épique


houssaye.jpgArsène Houssaye, « La vie rustique », Les Pives, Paulette Editrice, Lausanne, 2016 .

C’est à Arsène Houssaye que Baudelaire a dédicacé les poèmes en prose du « Spleen de Paris ». Dans sa dédicace il écrit : « Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu'il n'a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue ». Ce qui est tout autant le cas de « La vie rustique » puisque le livre est consacré au cochon et la « tortueuse fantaisie » de morceaux qui prouvent combien tout est bon dans le cochon.


Houssaye2.jpgCelui qui était fils d’agriculteurs et connut une vie de patachon avant de recevoir honneurs et gloire (administrateur de la Comédie-Française, directeur de revues) est un auteur qui osa bien des genres et des fantaisies dont cette appétissante « vie rustique ». A ceux qui prétendent que le cochon est sans cause et sans pourquoi, l’auteur propose un démenti aux poils. Tel le soldat inconnu - à peine choisi et bientôt oublié de tous - le porc offre son songe qui ne manque pas de petit salé. Il convient de vaquer dans ses auges et de s’éloigner avec lui de la prétendue pureté dont s'oignent les littératures. Houssaye par la bête arrache à l'erreur mystique des Narcisses mélancoliques qui hantent les lettres. Son langage, aujourd'hui encore, renvoie à l'affolement dont il sortit. Le cochon rappelle que ce qu'on nomme l'humanisme est souvent loin des hommes qui livrent facilement la bête aux abattoirs. Le livre permet en conséquence de quitter le rêve de l'idéalité - la seconde annihilant  toujours le premier.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/08/2016

Les mikados d’Anouchka Perez

 

AAAPerez.jpgAnouchka Perez, « Sens dessus dessous », Musée Alexis Forel, Morges, 25 août au 2 octobre 2016.

Fascinée par l ‘image pour son expressivité et la structure pour sa dimension physique Anouchka Perez combine les deux. Surgit une effraction par laquelle monte contre l’obscur des myriades de formes légères, vivantes et denses. L’œuvre de l’artiste reste plus que jamais paroxystique. Elle témoigne d’une énergie dont les formes représentent les courants et les flux. Surgissent des mikados géants, des tourbillons de formes exaltées et instables. A côté les marines tourmentées de Winslow Homer, les tempêtes de Turner ne sont rien.

AAAPerez2.jpgLes formes constituées d’éléments rigides volent. Mélusine s’en donne à cœur joie. Le monde s’architecture et s’architexture en cages de Faraday d’un nouveau style. Il existe une sorte de cérémonial mais aussi de facétie. Les éléments gesticulent et dansent la gigue selon un désordre ordonné en grande largeur, en hauteur idoine et en tours de passe-passe. Le monde est bâti fou : il batifole aussi incontrôlable qu’impassible. Un tel chantier ne craint pas la démolition. Tout s’emberlificote dans un mouvement qui déplace lignes. Surgit la jubilation d'un parcours initiatique. Il provoque un ravissement au sein d’une confusion organisée de pièces rapportées. Feinte d'incarnation « réaliste », la sculpture devient le lieu où le visible transfiguré est livré au vertige.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/08/2016

Hommage au fondateur et à l'actualité des Editions du Griffon

 


Griffon 4.jpgExposition "Pourquoi ne faîtes-vous pas un livre sur moi" 70 et + d'éditions d’art", du 15 août au 8 septembre 2016, Editions du Griffon, Neuchâtel.

 

 

 

 

 


Griffon 2.jpgDirecteur d’école à Bienne, Marcel Joray fonde les Editions du Griffon, en 1944. D’abord , et dans un souci de diffusion pédagogique, il publie des ouvrages scolaires et scientifiques. A l’étroit dans ce cadre il crée sa célèbre collection “Trésors de mon pays” consacrée au patrimoine romand et illustrée par des photographes locaux. Mais l’artiste est sensible à l’art international. Peu à peu sa maison prend un envol plus large. En 1963, Victor Vasarely soumet à Marcel Joray un projet d’ouvrage sur ses travaux. Techniquement ambitieux, l’éditeur profite de l’innovation des imprimeries suisses. En retour, le Hongrois confie à l’éditeur l’exclusivité pour l’ensemble de ses travaux d’impression dont de superbes jeux cinétiques. Les Editions du Griffon sont donc associées à Vasarely mais elles ont proposées aussi les premières monographies d’artistes aussi importants que Marino Marini, Brancusi et Soto. Traduit en plusieurs langues ces ouvrages donnent à la maison d’édition familiale une reconnaissance internationale.

Griffon 3.jpgMuettes pendant près de 20 ans après la mort de leur fondateur, les éditions neuchâteloises revivent grâce à Julien Gonzalez-Alonso, passionné et expert d’art contemporain, ancien directeur de la plus grande maison de ventes aux enchères parisienne. Non seulement le nouveau directeur veut revaloriser le patrimoine de la maison (avec un coffret « collector » sur Vasarely) mais fait perdurer son esprit par la défense et illustration de talents actuels : monographie d’Arthur Luiz Piza par exemple. Le directeur non seulement remet au jour le fonds mais tente ainsi une nouvelle aventure éditoriale. Griffon.pngL’exposition permet de rendre hommage à l’ensemble des ouvrages réalisés par Marcel Joray. Elle illustre aussi le projet de Julien Gonzalez-Alonso. Le tout à travers d’œuvres majeures sélectionnées pour illustrer les monographies d’hier et d’aujourd’hui. S’y retrouve des peintures et dessins d’artistes suisses (Wolf Barth, Odon Köch, Le Corbusier, André Ralseyer) et internationaux (Vasarely bien sûr mais aussi Brancusi, Hans Richter, Francasco Somaini, etc.) ainsi que des tirages originaux de photographies qui illustrèrent la collection « Trésors de mon pays ».

Jean-Paul Gavard-Perret

cf. : www.editionsdugriffon.com

10:12 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)