gruyeresuisse

05/02/2017

Marie-Luce Ruffieux l’impertinente

 

Ruffieux.jpgMarie-Luce Ruffieux, Les Jurons, Le Tripode, 120 p., 20 E.

 

L’artiste Lausannoise Marie-Luce Ruffieux pour son premier roman sait savonner les planches de la fiction dans un savant puzzle en apportant un ailleurs et ouvrant les frontières du réel pour aller vers l’imaginaire. Les choses bougent sur leurs jolies jambes telles des dames dissipées. Dès lors dans le feu de la parole la dévoration prend place là où l’héroïne ne l’avait pas prévu. Les ombres en sont retournées selon une assomption inversée. Ruffieux2.pngCe qui se trame va bien au-delà de la simple imagerie par la folle innocence de l’écriture en ses gruaux magiques. Pour une fois la fiction n’est pas niée sous effet de formol. La performeuse crée une porosité entre le réel et la fiction. La créatrice multiplie espaces et temps asymétriques jusqu’à les plonger de vertiges en abîmes. Si bien que l’écriture garde à la fois une force de mystère impressionniste mais tout autant une radicalité expressionniste. Le réel n’est plus un décor. Il devient les cercles d’un monde qui s’enfonce dans l’attraction de dérives et de chutes. L’approche qui tente de ré-enchanter ce qui ne le peut plus. C’est tout à son honneur, sa fantaisie et sa lucidité.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/02/2017

L’Op et le Pop arts de Tinguely

 

Tinguely.jpgJean Tinguely, “Si c'est noir, je m'appelle Jean”, Istituto Svizzero, Milan, du 17 février au 22 mars 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

Tinguely 3.jpgL’exposition milanaise de l’Instituto Svizzero reprend le titre d’une des oeuvres de Jean Tinguely (1925-1991) pour célébrer les 25 ans de la mort du sculpteur suisse. Il allait autodétruire pour le régénérer son art comme il détruisit entre autre sa sculpture “Hommage à New York” prouvant que les rêves édénique étaient déjà dernière nous. Dans le même esprit et à Milan le mouvement s’installa et organisa afin de célébrer les 10 ans d’existence du Nouveau Réalisme avec feu d’artifices aussi scandaleux (vu la forme phallique de sa structure ) qu’exhubérant sur la Place du Dome. Il y avait là au côté de Tingely, Pierre Restany théoricien de fait du mouvement et des artistes tels que Arman, François Dufrêne, Raymond Hains, Yves Klein, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Niki de Saint Phalle. Face à la foule et dans la capitale lombarde Tinguely fit exploser sa grande sculpture “La Vittoria” aux formes explicites et masculines.

Tinguely 2.pngL’exposition de l’Instituto Svizzero propose les documents et films relatifs à cet évènement. Elle revient aussi sur le rôle et le caractère extrêment populaire de l’homme et de l’oeuvre. Tinguely reste une référence majeure de l’art international et plusieurs générations de sculpteurs ne cessent de rappeler ce qu’il doive à l’iconoclaste machiniste et poète. L’art cinétique prit avec lui un nouveau départ. L’exposition explore comment l’oeuvre est entrée dans la mémoire collective par la remise en cause des symboles d’une société de consommation ivre alors de ses certitudes mais que dans son op et pop arts particuliers Tinguely remettait en question en ne se contentant pas d’un simple acte à la Duchamp.

Jean-Paul Gavard-Perret

16:21 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Anne Wiazemsky de Godard à goDeau


Wiazemsky.jpgPour « la pauvre petite fille riche » que chantait Claude François les périodes se suivent mais ne se ressemblent pas. Celle qui a longtemps cherché dans ses amours un père eu égard aux repères que son géniteur ne put lui offrir et après avoir pensé les trouver auprès de Godard (« Jeune fille », Gallimard) change de cap. Le père revient un religieux qui, car nul n’est parfait, fut son professeur de français en institution privée. Elle le retrouve par incidence après son épisode helvétique. Entre eux se lie une relation intellectuelle propre à recadrer la sauvageonne.

Wiazemsky 2.pngDans une époque plus ancienne, quittant le désordre, elle aurait pu rentrer dans les ordres. Néanmoins elle n’ira pas si loin même si l’autofiction, en cultivant un parfum d’encens plus religieux que psychédélique, penche vers l’édification. Il ravira amateurs et mateuses de livres à la sagesse mâtinée aux ressorts d’une époque historiquement marquée. L’auteure y fait ses classes du côté du féminisme et vers une construction mentale jusque là bringuebalante.

Wiazemsky 3.pngReprenant la problématique beckettienne du "je qui ça » Anne Wiazemsky met un nom dessus dans un langage aux nomenclatures codées. La mémoire suit son cours sans éviter le piège de la banalité. Le roman se tricote dans sa veine bourgeoise classique. Exit les escapades intempestives, éros se fait plus calme. Loin de l'insouciance joyeuse il s'agit pour Anne Wiazemsky de rassembler le moi en vrac et d’estimer son parcours par voie Deau (puisqu’il s’agit du nom du « Saint homme »).

Anne Wiazemsky, "Un saint homme", Gallimard, 2017