gruyeresuisse

02/12/2017

Anne Voeffray : le mouvement qui déplace les lignes

Anne Voeffray.jpgAnne Voeffray, « Mouvements », Galerie Univers, 5, rue Centrale - Lausanne du 9 au 24 décembre 2017

Quittant le visage mais pas forcément la buée Anne Voeffray poursuit sa quête. Elle filtre la lumière et l’apparence par des lueurs et des présences diffractées afin d’approfondir les choses vues et le silence. La photographe refuse de forcer des seuils : le mouvement est toujours feutré.

Il s’agit d’attendre, encore attendre, aller plus avant dans la nudité qui ouvrira le passage. Mais en se retirant. Et retenir des traces en retirer à peine le bâillon face à l’insondable. Ce que la buée recouvre le temps le défera. L’objectif de la photographe est de retenir cet indicible de la vitre dont l’artiste fait pleurer le voile. Un regard y coule pour se mêler à la substance de ce qui irrémédiablement s’échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret

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01/12/2017

Abdul Katanani, Barbara Polla & all : de fer et d’os

Katanami 3.jpgBarbara Polla & all., « Hard Core », Editions Analix Forever, Genève, 2017.


Fidèle à une stratégie éditoriale qui lui est chère, Barbara Polla pour défendre et illustrer l’œuvre de l’artiste palestinien réfugié au Liban Abdul Katanani choisit une approche hybride : aux œuvres du créateur succèdent son interview et trois essais critiques de Christophe Donner, Paul Ardenne et (surtout) celui de la régisseuse d’un tel corpus. Elle prouve comment l’artiste reprend des données plastiques et politiques pour créer une beauté agissante grâce à une matière non noble (fils barbelés ou plaques découpées de fer) et lourde de sens afin de créer une médiation poétique.

Katanami 2.jpgReprenant à sa main le « Combien coute le fer ? » de Brecht, l’auteur passe de la représentation théâtrale à l’exposition. Tout passe par cette matière première dont l’éclat lumineux, les agencements et les prises font de chaque œuvre une light box propre à générer diverses zones d’émotions et de mémoires. La sublimation de la clarté travaille dans un dispositif interstitiel. Non « du» passage mais de son impossibilité au sein de conjonctions de trames en brisant les tabous du beau académique par une approche qui ignore voyeurisme ou provocation basique.

Katanami.jpgCe travail expressionniste secoue. Il présente - au-delà de sa contextualisation - un caractère plus général. De paradoxaux effets de réel sont inoculés dans le corps perceptif du spectateur au moment où les figurations éliminant la présence humaine crée une « disapparition » propre à la réflexion par rebond sur les marges de l’enferment. Barbara Polla explique comment se fouille les arcanes des cages de l’Histoire là où Katanani témoigne pour espérer la survivance de l’humanité. L’œuvre avance dans la noirceur en cherchant le soleil et la chaleur afin de récuser les tueurs qui fomentent l’impensable. Par ses charpentes de fer le créateur bâtit un futur. Mais ce futur est toujours pour plus tard car sur les barbelés le sang s’est étoilé et il s’étoile encore.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/11/2017

Guillaume Dénervaud : ébullescences

Denervaud.jpgGuillaume Dénervaud, « Star 20 », avec une nouvelle de Mark Von Schlegell, Colectif Rats, Editions Star, Vevey, 2017.

Denervaud3.jpgA 30 ans, Guillaume Dénervaud, a déjà une belle série d’expositions derrière lui. Notamment au « Hard Hat » de Genève, au « Circuit » de Lausanne et à la Galerie Nicolas Krupp de Bâle. Adepte des grands formats, il est tout aussi capable de créer des dessins plus petits : «Beaucoup de A4 ont vu le jour sur ma table de cuisine ou lors de mes déplacements en train.» Libéré des règles gabarit qu’il utilise comme guides il crée une somme de formes en les combinant d’autres préexistantes. Faisant suite à « Draisine Furtive » (Star 9) son nouveau livre créé avec le graphiste Julien Fischer réunit de nouvelles propositions ébullescentes, effervescentes.

Denervaud 2.pngDes traits noirs, appuyés, des ombres plus pâles créent des aplats et des profondeurs inédites et un foisonnement. Le dessin semble en perpétuel mouvement. Il ouvre des fenêtres sur un paysage, étrange végétale, cellulaire à la fois tortueux et drôle. L’artiste semble toujours rompre avec quelque chose - ne serait-ce que le silence. Dans ce qui paraît brouillon et bouillonnement tout est attirant et source d’élan. Un tel exercice ignore l’austérité au sein des formes proposées dans l’harmonie et le discontinu. L’œuvre nourrit le regard de manière intempestive mais délicate.

De tels intermezzos sont tout sauf des mascarades. La radicalité se mêle à la momerie. Et un vent neuf souffle, là où tout circule, s’assouplit, semble à l’aise. Demeure une agilité volubile, une existence dissolue et une « punch » particulier entre échappements et retours.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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