gruyeresuisse

12/04/2020

Manon Wertenbroek : miroir vous avez-dit miroir ?

Marion.pngManon Wertenbroek née en Hollande est devenue Vaudoise. Elle travaille à la limite de divers médiums : photographie, sculpture, vidéo et peinture. Sa forte identité visuelle révèle la fragilité de ses créations sculpturales. Ses photographies  jouent de la proximité et de la distance, de l’éphémère et de ce qui pourrait durer. Adepte des couleurs fortes dont le bleu qu'elle définit "comme une couleur mystérieuse dans laquelle on pourrait presque se perdre" elle exploite et explore la question de l'identité et comment celle-ci varie en fonction du contexte social.

Marion 2.jpgLe thème du reflet est souvent exploité par la créatrice. Elle le figure en différentes étapes d'élaboration pour créer de grands formats, parfois imprimés sur du papier métallisé, sur lesquels elle réfléchit des couleurs au moyen de son ordinateur, avant d’immortaliser le tout au moyen de la photographie. Elle crée ainsi du portrait dans le portrait là où le miroir prend le rôle de symbole. La photographie devient un murmure flottant, un chemin d’air. Il permet de prendre le reflet de la lune pour traverser le Léman . Avec le risque de s’y noyer ou pas. Le tout est de savoir bâtir une respiration. L'artiste le permet.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/04/2020

Zoé Menthonnex et la matière des songes

Ment.pngLa Vaudoise Zoé Menthonnex affectionne les images éthérées. Sa terre vaudoise lui permet néanmoins de ne pas perdre pieds. Toutefois Léman et forêts, vignobles et montagnes ont fait germé en elle une sorte de sensualité de la nature. L'artiste capte aussi celle des corps.Mais tout chez elle prend une dimension onirique.

 

 

Ment 2.jpgSi bien que l'ailleurs est dans l'ici-même comme l'absence dans la présence. La photo dérive, glisse vers une sorte d'abstraction en esquisse mystique. La nudité vaporeuse se fait chant imprégné de douceur en diverses dérives.

Ment 3.jpgLe geste de lumière efface l’obscur. Paysages et corps subissent ou plutôt jouissent d'une métamorphose en un envol multiple des sens. Entre le monde et elle-même Zoé Menthonnex crée un miroir qui ne reflète aucun des deux côtés mais devient chemin pour se couvrir d'images poétiques et pour lesquels le mot plaisir serait trop réducteur. Car il s’agit de chercher le flot de la vie et en découvrir de nouvelles courbures  et plasticité. Sans débordement mais pour la magie même si l'ensorcellement des corps reste toujours provisoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/04/2020

Les (belles) indifférentes de Fabien Queloz

Queloz 2.jpgLes nues de Fabien Queloz sont (forcément) loin de la nuée des foules. Mais les  corps ou plutôt leurs saisies se refusent à la sursaturation d'émotions charnelles ou divines. Les impeccables silhouettes restent comme sans projet, au fil des jours qui passent. De Neuchâtel, le créateur retient - des "passantes" baudelairienne qui deviennent ses patientes - instants de suspens, yeux ouverts, yeux fermés, montrées ou cachées (en partie). Elles demeurent sans véritable attente en pensant peut-être que tout est plus ou moins foutaise.

Queloz.jpgPour atteindre cette ambiance intime et distante, le photographe crée des moments sans pression au sein de la théâtralité picturale de ses mises en scène. Les modèles restent fermées voire parfois repliées sur elles-mêmes dans leur splendide indifférence en des lieux qui les tiennent à l'abri du monde. Nulle doctrine gouverne les prises sinon la beauté. Le regardeur peut être sensible plus à un déchirement qu'à un climat libidinal même si la sensualité est présente. Sans toutefois  que le créateur cultive l'ambiguïté  (sinon juste ce qu'il faut) au sein d'histoires qui ne se veulent pas des drames ou des comédies des sens. Elles sont créées afin de pousser la connaissance au-delà de certaines "convenances".

Queloz 3.jpgFabien Queloz sait mettre en scène l'eros et son hybris tout en retenant les possibles dérives. Il donne à l’écriture plastique les moyens de rendre simultanément le charnel et son surplomb réflexif. Le corps parle au corps par l'esprit, et l'âme à l'âme à travers le corps. Clôtures et ouvertures plus que des invitations sensorielles révèlent des profondeurs de la femme dégagée de l'hypocrisie du vêtement. Son corps devient un lieu aussi mental que sensoriel par lequel le regardeur peut se laisser vampiriser là où le nu paradoxalement peut désincarner.

Jean-Pau Gavard-Perret

www.fabienqueloz.com