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03/12/2016

Agnès Giard : poupées de circonstances


Love Doll.jpgAgnès Giard, "Un désir d'humain, les love doll au Japon", Éditions Les Belles Lettres, Prix Sade 2016. L’auteur présente son livre le samedi 10 décembre à la Librairie HumuS, Lausanne.

Spécialiste des marges de la culture nippone, Agnès Giard s’intéresse dans son dernier livre aux « love doll » présentées par leurs fabricants et selon une « belle » tartufferie non comme objets (de luxe) sexuels mais « filles à marier ». De fait elles deviennent, et si l’on peut dire, le cache sexe de la misère sexuelle et de la solitude. Visage absent, corps édulcoré cette poupée-ustensile de grandeur nature fluidifie le manque par approximation. Elle propose la vision d’une « pin-up » idéale, fétichisée, espérée peut-être.

 

 

 

Love Doll 2.pngLa carburation du fantasme peut y avoir livre cours selon une économie libidinale au rabais. Intrinsèquement de telles « produits » posent les problèmes fondamentaux du voir et de la possession d’une femme en un déplacement « jouet-sif ». Un tel objet-sujet renvoie son propriétaire à une image narcissique au moment où de fait la poupée entretient par procuration la convention collective des pactes sociaux forgés par les hommes et pour eux. Cette femme devient la fausse note qui permet au chœur masculin d’assouvir un brame érotique sans sortir de sa tour « d’y voir ».

Jean-Paul Gavard-Perret
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01/12/2016

Romain Loser : le vide et le plein

 

Loser 2.jpgRomain Löser, "Under a single commodity code", Galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 3 décembre au 17 janvier 2017.

Toute l’œuvre de Romain Loser tourne autour de l’histoire des signalétiques et des emblèmes en tant qu’objets qui prétendent embrasser le monde. Drapeaux, logotypes ou ce qui en reste créent une étrange figuration ainsi que des montages particuliers. L’exigence de l’art à avoir un « corps » prend ici des formes particulières en se fondant sur le clair et l’indistinct, la ruine et la disparition, le « rêve » (parfois démiurgique) et la réalité. Les œuvres sont toujours hallucinatoires et poétiques, faites de catalepsie, d’évanouissement mais aussi d’étourdissement, de surprise voire d’humour. Surgissent des perceptions profondes qui déséquilibrent notre perception.

Loser.jpgLe monde est saisi en sourdine et de biais là où l’immense est réduit au petit et où l’infra-mince voir l’absence est érigé en présence. Et si l'absence est aussi difficile à nier qu'à affirmer l’art reste la tentative d’en proposer l'incarnation moins religieuse que sensorielle. Romain Löser entretient avec l'art une relation de « croyance ». Elle ne se fonde pas dans l'oubli de ce qui l'érige mais dans - on osera le néologisme - une remembrence. En n'effaçant pas tout à fait l'acception archéologique ou théologique, en intronisant l'incarnation en une sorte de fonction-pivot, l'artiste remet l’art en perspective par rapport au réel. L’anodin et le jeu créent un travail d’extinction de l’apparence standard, ils s’imposent en diverses scénographies et narrations pour ramener à la recherche d’un sens global qui selon Winnicot se trouve « dans les images qu’on ignore ” et dont l’artiste offre des segments. Un tel travail possède la grâce particulière de contenir une sorte d’extase matérielle et parfois la fascination de l’enfance.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07:40 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

28/11/2016

Andreas Hochuli et Tristan Lavoyer : l’amour absolu ment ?

 

Hochuli.jpgAndreas Hochuli et Tristan Lavoyer, « Et Maman m’a dit », Circuit, Lausanne, 3 décembre 2016 au 28 janvier 2017.

Existe-t-il d'autres passages que le texte et ses images afin que l’éros glisse de l’individuel au collectif, du plaisir au politique ? La mélancolie du monde s’en trouve modifiée voire effacée. Le texte joue, sur ou contre les images (tout contre). L’éros fait merveille quoique puisse affirmer les mamans. Elles-mêmes y ont succombé afin que notre présence soit.

Hochuli 2.jpgHochuli et Lavoyer leur entament le pas tout en élargissant le propos, les messages. Un flot élémentaire emporte pour rétablir une unité. Qu'importe alors si le centre de l’amour ne coïncide pas toujours avec celui de la vie. Quand le coeur de l’être cherche asile il ne se réfugie plus en lui mais en son double. Il devient nu, purement matériel. Et dans le cas contraire la fiction et l’image comblent les vides du côté de l’insaisissable.

Hochuli 4.jpgLa sexualité est donc et à la fois faite d’ombres et de leur contraire. Son évanescence se désagrège parfois dans l'hypothèse du réel comme une promesse non tenue. Mais Hochuli et Lavoyer prouvent que tout jaillit d’une même « pierre » ou mère - philosophale ou non. Chaude, elle parvient à modérer le froid de la glaciation du monde sur l’île perdue du corps avant qu'il se change en poussière. Il devient alors « re-père ».

 

 

 

Hochuli 3.jpgLa critique du réel ne résiste pas (totalement du moins) au plaisir. Lui seul répond à sa violence comme à sa désexualisation programmée sous des apparences trompeuses. La seule certitude de l’art reste de changer le monde et que l’âme du corps social (du moins ce qui en reste) sombre dans la vie des corps. Il faut qu’ils retrouvent leur usage.. L’art désire le tu de l’amour absolu, organique pour faire abdiquer la violence organisée du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret