gruyeresuisse

24/02/2017

Transmutations de Robert Hofer

 

Hofer bon.jpg« Né à Sion sous le Verseau d'un 31 janvier 1956, avec un mètre de neige comme cadeau de bienvenue » Robert Hofer poursuit une route photographique qui se moque des panneaux indicateurs. Elle fut initiée « lors d'une rêverie pendant un cours de mathématiques » et se développe dans le noir et blanc. Il l’apprend auprès d’Oswald Ruppen puis l'Ecole de photographie de Vevey. De lui l’artiste dit peu et de préciser « je vous fais grâce de mes premières amours, mais sachez que j'aime les plantes vertes et les chats noirs ».

 

Hofer bon 2.jpgLe projet de la Grange a été initié par la curatrice du lieu. Elle a invité Robert Hofer (il appartient au groupe fondateur de la ferme) et Nicolas Crispini. Ils se connaissent depuis leurs études mais poursuivent des démarches photographiques bien différentes. Leur rencontre crée un dialogue impertinent. Chacun possède une manière particulière d’envisager et de dévisager le monde. Crispini dans le macro et Hofer dans le microcosmique (pour faire simple). Quant au titre « Profondeurs de champs », il n’est pas anodin : il s’agit d’ouvrir le réel selon différents champs en permettant de voir ce qui échappe au regard.

Hofer.jpgAvec ses Phytogrammes et leurs « duos » Hofer déplace la réalité par diverses techniques de transfigurations. Parfois des architectures végétales trouvent une précision qui déboîte les choses de leurs assises. La vision en négatif modifie le végétal : il devient un graphisme. Parfois la plante est scannée pour apparaître de manière ambitieuse comme toute une conception du monde par ce qu’elle est dans sa simplicité d’apparence.

Surgit dans toute l’œuvre une poésie mystique par sensualité. Le présent poétique forme des constellations toujours changeantes. Hofer 2.jpgElles actualisent des légendes (que Crispini reprend à son compte) selon des figures presque célestes mais tout autant afin de créer une réflexion sur l’existence au moment où l’obscurité distille ses pavots. La fantasmagorie fait merveille pour iriser le temps. Il échappe au morcellement sinistre de l’hiver qui vit naître l’artiste. Existe une sorte de gigantesque jeu de l’oie là où l’équilibre du monde semble des plus précaires…

Jean-Paul Gavard-Perret

Robert Hofer & Nicolas Crispini, « Profondeurs de Champs », La Grange, Sion, du 5 mars 2017 au 23 avril 2017

10:47 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

20/02/2017

Antoinette Rychner : de sa fenêtre

 

Rychner.jpgForte de la «Honte d’appartenir aussi fort au genre sédentaire», Antoinette Rychner n’a même pas l’envie de vagabonder tel un Xavier de Maistre autour de sa chambre. Elle y est restée assise un an, près de sa maison de Neuchâtel dans une roulette de chantier aménagée par son amoureux (poêle « Joutl 602 », panneaux solaires pour l’éclairage et le latop). L’auteure face aux écrans de sa fenêtre et celui de son ordinateur a donc écrit devant le second ce qui se passait à travers le premier. Expérience paradoxalement captivante puisque à priori il ne se passe pas grand chose voire rien. Se retrouve néanmoins une expérience qui rappelle celles de Sylvain Tesson (« Forêts de Sibérie »), Virginia Woolf (« Une Chambre à soi ») et bien sûr de Francis Ponge.

Rychner pt. Charlotte Rychner.jpgTout est statique, rien ne se passe mais finie la pose, haro le superflu. La gourmandise de l’écriture tient à des repas visuels parcimonieux avec peu de chair et encore moins de gras. Tout en nerfs, patience, humour le texte est émulsif.. Ses hoquets font monter le thermomètre jusqu’en plein hiver. Certes il sera demandé aux amateurs des grandes aventures de passer outre : les tigres sont de guère et les bécasses argentées ignorent la roulotte. Le texte lave le cerveau par sa langue et ses « abluminations » : gloire aux nuées et aux saisons. Nul besoin d’y faire sonner le cor des Alpes. Le corps d’Antoinette Rychner devient le métronome ludique du temps qui passe. Il y a bien sûr les choses vues : «Appuyée sur une branche, la lune est là», mais le monde et ses désastres demeurent plus qu’en filigrane. Le lecteur en oublie l’aspect bucolique du propos pour retenir l’émerveillement de l’écriture. Elle se déguste d’autant que l’auteure sait - lorsqu’il le faut - souquer ferme, ruer, écimer, merceriser et surtout épousseter les idées reçues.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Antoinette Rychner, « Devenir Pré », Editions d’Autre Part, 2017.

(photo de l'auteur par Charlotte Rychner).

19/02/2017

Pieter Hugo : dévisager l’évidence

Pieter Hugo 2.jpgLa question de l’être passe souvent par le visage. Il reste l’interface majeure entre soi et le monde. Néanmoins le portrait ne se réduit pas à l’addition de ses éléments « utilitaires ». Il dépend d’autres paramètres (dont le racisme abuse au besoin). Si bien que dans sa manifestation le portrait reste toujours énigmatique. C’est pourquoi il fascine les peintres et les photographes. Un visage peut sembler le plus fort il est le plus vulnérable. Le sens commun le sait d’ailleurs bien lorsqu’il parle de « perdre la face ». Ajoutons qu’il s’agit du seul endroit où en société le corps est nu.

Pieter Hugo.jpgPour autant cette nudité est un voile. Pieter Hugo le prouve. Ses photographies sont des “Dépêches périphériques” qui sortent des lieux hors-norme, inconfortables. Le photographe par le visage explore les marge où les normes s’écroulent mais où la vulnérabilité, la dignité, la beauté ne s’excluent pas mutuellement. Et ce en Afrique du Sud et au Rwanda, à San Francisco ou Pékin. Dans ses photographies un trait noir peut venir souligner des rondeurs ou approfondir des joues haves. Chaque prise est le creuset où un visage et un corps surgissent métamorphosés. Pieter Hugo ne tente pas de re-montrer une identité mais de la réinventer

Jean-Paul Gavard-Perret


Pieter Hugo, "Peripheral Dispatches", Du 11 février au 15 avril 2017, Galerie Priska Pasquer, Cologne.

 

12:09 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)