gruyeresuisse

01/01/2017

Quand souffle la lueur : Véronique Sablery


Sablery bon 2.jpgLes photos de Véronique Sablery avancent toujours sans tapage et avec divers plans de transparence, de diffraction et de dédoublements. Chaque série séduit par son « grain », sa lumière et ce que la photographe arrache au réel. Dans les séparations qu’elle impose apparaît désormais la griffure à la Cy Twombly pour intensifier la bosse de certaines « neiges ».

Sablery 4.jpgAux glissières rubicondes du monde l’artiste oppose ses chemins d’ivoire. La photographe élimine toute surcharge en accordant à l’image une verticalité qui la sort de l’amorphisme. Sablery.jpgIl s’agit d’introduire dans ces sortes de « colonnes » creuses aux pâleurs de nacre la conquête de la poésie sur le monde tel qu’il est.

Tout est sensitif mais comme distancié en des casemates corallines et des entrelacs. D’où le charme d’une porcelaine qui ouvre le regard à diverses saillies ou errances. Reste la fragilité quasi sonore de la proximité des trésors de grottes ou cœurs profonds aux translucidités sereines de saphir blanc ou rose. Sablery bon.jpg

 

Le geste de bienvenue reste néanmoins contredit par la tension de la biffure. Si bien que lorsque le regard semble «prendre pied » il est renvoyé vers le large.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

30/12/2016

Anne Volanthen La free-bourgeoise


Vonlanthen.jpgAnne Volanthen, « Sculpture », Galerie J-J Hofstetter, Fribourg, 20 janvier au 25 février 2017.

 

Anne Volanthen ose vaquer au-delà des lieux où ses pairs en sculpture jouent les zouaves sacerdotaux. Ses travaux ne servent pas d’otages aux images admises. Une évasion a lieu grâce aux culbutes de la créatrice « free-bourgeoise ». Sortant l’art du matériau noble elle réussit des ricochets stellaires sur les ailes d’un insecte anatomiquement curieux.

volanthen 2.jpg

 

 

 

L’artiste à sa façon le glorifie avec humour et tendresse. A l’aide de boules de laine elle reconstruit sa forme jusque là immuable. Raboteuse et pleine d’aspérité soyeuse elle devient parfaite et fait de la sculptrice la Gorgone à la Méduse ailée qui n’a rien de timide. Elle amuse les petits et étonne les grands - s’ils ne sont pas trop confits de certitudes. Une telle bestiole ne pompe plus le sang des coquins, elles l’éponge. Et c’est un fameux service. Elle tranquillise ce qui nous tourmente.

Le burlesque est poétique. Nul besoin de piqûre : chaque œuvre est le porte-empreinte ironique de ce qui est attelé à l’homme sans qu’il l’estime.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

29/12/2016

Les pesons à ressort de Marcel Miracle.

 


Miracle bon.JPGMarcel Miracle, « dessins, collages », Garerie J-J Hofstetter, Fribourg, 20 janvier au 25 février 2017.

Marcel Miracle feint de souiller le réel par ses ouvertures. De fait il le fouille en digne docteur Faustroll d’une ère dite nouvelle. Non réfractaire à l’idée de progrès il prouve que ce concept est notoirement discontinu. Notre bon prince Mandragore a conscience de l’infériorité de ce principe par rapport à ce que souvent il prétend remplacer. Les prolégomènes « à Marcel » (comme on dit lorsqu’on parle Romand ou Savoyard) interrompent ceux que la science algide revendique. Par la prolixité de signes jaillissent ici la salive et les dents de l’eau. Et l’ultra sexagénaire prophétise la force de certaines pierres pour un futur à la dimension ininterrompue.

Miracle 3.jpgExiste dans ses dessins et collages un ébranlement par une suite de mouvements physiques et d’impulsions paradoxales pour compenser notre pauvre durée terrestre. Tout tient du projectile et de l’orgasmique. Et le créateur devient l’explorateur des mouvements diurnes, des espaces forains et magnétiques. L’ensemble solide, élastique s’éloigne de l’éther aristotélique. Chaque œuvre est un peson à ressort aussi mystique que tellurique. Miracle 4.jpgC’est aussi un gyrostat propre à faire tourner le monde dans des sens inverses que ceux des coucous suisses ( ils conjuguent pourtant un mouvement circulaire et l’autre de l’avant vers l’arrière). Ici tout rebondit selon des abscisses et ordonnées sauf dans le repère des géants des montagnes aux murailles immobiles. Ils ont des bras raccourcis pour mieux grimper aux rochers mais un crâne de néant. Bref ils sont les parfaits contraires de Miracle, rex imperator aux minutes de pierres immémoriales.

Jean-Paul Gavard-Perret