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29/05/2018

Anaëlle Clot et Simon de Castro : parade amoureuse

Castro.jpgAnaëlle Clot et Simon de Castro, Espace Eeeeh! La Grenette, Place du Marché 2, Nyon. Du 8 au 23 juin 2018.

Pour dire les mots de l’amour en « repons » et afin d’éviter les contresens Anaëlle Clot et Simon de Castro (qui collaborent depuis des années sur des projets parallèles dont la revue « Aristide » qu’ils ont créée) ont usé du langage plastique en conservant leur propre thématique. Les sept mots choisis par chacun (Collision, effort, métamorphose, rencontre, rythme, souvenirs, camouflage, songe, solitude, structure, apparaître-disparaître, danse, repos, effervescence) sont devenus la base de ce travail.

Castro 2.jpgAnaëlle Clot dessine toujours une nature dense, Simon de Castro un univers moins souple, plus rigoureux. Mais cette opposition offre une complémentarité agissante. Là où soudain les deux amoureux créent incidemment une sorte d’abstraction qui les rapproche : preuve que l’amour permet une confrontation agissante. L’éros de la double psyché se dissipe pour atteindre d’autres voies comme s’il passait par deux fenêtres qui se font face.

 

 

 

Castro 3.jpgDifférentes formes d’espaliers se construisent. L’exposition devient donc un lieu d’expérience. Les visiteurs ont l’occasion de « vivre » une histoire d’amour selon un cadre qui préserve son vécu de manière indirecte là où les émotions et les sensations sans devenir cosa mentale sont finalisées par les images. Entre activité et passivité, séduction et retrait, une conquête et une quête se poursuivent : chacun dans ce duo répond à l’autre par son propre chant des lignes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/05/2018

Ahn Hyun-Ju : l’abstraction et après

Hyun 3.pngAhn Hyun-Ju, « Irrational Symmetry », L’Espace Nicolas Schilling et Galerie, Neuchâtel, du 2 juin au 15 juillet 2018.

Ce n’est pas un hasard si Ahn Hyun-Ju a trouvé en Suisse – patrie d’une forme d’abstraction picturale – une terre d’élection. Née en 1969 en Corée du Sud, elle étudia la sculpture à la Ewha Womans University de Séoul. En Allemagne elle commence à la Kunstakademie de Düsseldorf un travail autour de l’abstraction en peignant directement sur des supports tridimensionnels en aluminium. Fidèle à ce support « neutre et stable » elle poursuit une recherche expérimentale en 2 et 3 dimensions très typiques.

Hyun bon.jpgL’artiste mixe peinture acrylique et pigments afin de toucher différents niveaux d’opacité ou de transparence au sein d’aplats monochromes aux contours géométriques avec des coulures de peinture qui se superposent. Incisés, coupés et montés les plans restent parfaitement soignés. Ils sont « bien sous tout rapport » pourrions-nous ajouter dans tout un jeu de traces, d’échos, de variations lumineuses et la complexité de formes aussi séduisantes, acérées que parfois drôles

Hyun.jpgAdepte d’une forme d’art pour l’art abstrait elle refuse tout symbolisme. L’œuvre reste un ensemble de problèmes de lignes de composition afin d’atteindre une sorte d’absolu esthétique au sein de couleurs vives et contrastées. Existe une puissance évidente où des tensions jouent entre violence et douceur au sein d’une forme de liberté ouverte par une contention pointue et superbement travaillée.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/05/2018

Jef Gianadda : les formes et leurs contraires

Gianadda 1.jpgJef Gianadda, « Peintures et sculptures », Espace 52, Saint Sulpice (Lausanne), du 24 mai au 7 juin 2018.

Au sein même de ce qui peut ressembler à une sorte de ruine il n’existe plus d’abîme. Jef Gianadda les redresse, y insère des tractions et poussées. Vagues fixes et ramifications proliférantes fascinent par la manière dont l’artiste les « stylise ». Surgit une matière de jouissance, une émotion intense, emmêlement de convergences.

 

 

Gianadda 3.jpgLe partage ne se fait plus entre l’ombre et la lumière ni entre le dehors et le dedans mais entre des éléments qui se rapprochent sans se fondre même si leur place n’est pas la « bonne ». La fixité est trompeuse dans un tel mariage là où le terme de matrice reprend tout son sens. L’artiste croit à la spontanéité du geste mais aussi au travail afin de montrer l’indicible qui se cache derrière les "choses".

Gianadda 4.jpgEt Gianadda oeuvre beaucoup. Il détruit sa facilité avec brutalité afin d’atteindre l’intensité. Ne subsiste que l’essentiel. Il fait la marque de fabrique d’une œuvre dont le formalisme est un piège subtil. Une intimité naît à la faveur des recoupements. Les courbes, les arêtes, les ravins, les promontoires créent des intimités où existent toujours des secrets à connaître, à découvrir. Le regardeur peut y perdre pied comme certains le perdent dans l’amour. L’ordinaire devient extraordinaire par transposition et élection d’un étrange tropisme.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

15:45 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)