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29/01/2017

Manuel Müller : incisions

 

Muller 3.jpgManuel Müller, "Exposition de sculptures et gravures", Galerie Schifferli, Genève du 31 janvier au 4 mars 2017

Par évidence la sculpture est un volume travaillé. Mais la gravure l’est tout autant. Mais de manière inverse : en creux. Une autre sensation tactile est à la base de la création en une « gymnastique d’accommodation et d’appréhension » comme l’écrit Manuel Müller Dans ce qu’il retire, il cherche à saisir l’inaccessible et une autre forme de sacralisation là où le surgissement passe par la « creux-ation ».

Muller 2.jpgManuel Müller la travaille afin d’inscrire un recueillement (à tous les sens du terme) de la condition humaine. Chaque incision devient comme l’écrit un autre graveur - Marc Pessin : « une tombe qui contient le monde » là où l’Imaginaire s’ouvre à une autre dimension. La gravure sur bois devient un ouvrage aussi noir que lumineux, une narration sans anecdote, une séquence poétique afin de porter l’image à un niveau supérieur de plénitude.

Muller 4.jpgUne vie de l’esprit est en gestation par une telle « écriture » visuelle. Elle jouxte à la fois le vide et le plein de ses pointes, de ses flèches dont l’intensité accapare, déborde. Une vive méditation en émane. Un tel travail permet de comprendre comment, dans les gravures, les lignes volent selon une précision extraordinaire. A ce titre la gravure reste l’inverse de la peinture : elle ne renvoie pas à une mystique évanescence mais à un savoir et une emprise qui conjuguent l’intellect, l’émotion et le tellurique.

Jean-Paul Gavard-Perret .

 

 

27/01/2017

Laurence Boissier : à la vitesse du mot et de l’instant



Boissier.jpgLaurence Boissier, « Inventaire des lieux édition revue et augmentée » , collection Re:Pacific, editions art&fiction, Lausanne, 2017.

L'écriture de Laurence Boissier ne brille jamais par effets ou excès. Néanmoins son livre devient pour son lecteur ce que disait Wilde de son journal intime : "Il faut toujours avoir quelque chose de sensationnel à lire dans le train". A partir de situations et lieux basiques (train bien sûr, couloir, baignoire, station-service, etc.) l'auteure crée la nomenclature d’un quotidien aussi simple qu’étrange où le héros (transformé en divers sujets interpelés en diverses personnes grammaticales) devient un Buster Keaton des temps postmodernes. Le dispositif est simple : sur la page de gauche, un mot, qui désigne un lieu. En face, ceux qu’il a inspirés.

Boissier 2.jpgLe réel rugueux se pare de la sorte d'un masque bergamasque. Tout autant, les récits qu'en propose Laurence Boissier représentent parfois des bords de lac éclairé de Watteau jusqu'à devenir des histoires d'O. Néanmoins la narratrice ne dépasse pas les bornes même si dans ses textes l'âme n'est que la prothèse du corps lorsqu'il est mal embarqué. Elle sait que dessous il y a la bête. Mais qui veut en écrire la queue ne raidit rien qui vaille et n'entoure en jambages que bandes de vieille peau.

Laurence Boissier a mieux à faire en traitant ses lopins de terre par la fantaisie. Elle devient elle-même le sujet souverainement expressif. Sa langue se transforme en crinière. Elle rend désuètes les proses aux cheveux de chauve oublieuses de l'essentiel : les petits riens qui sont tout. Bref l’ « Inventaire » apprend à vivre là où la plupart se contente d'exister.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/01/2017

Ivan Moscatelli : Dards et étants d’art

 

Moscatelli 2.jpgIvan Moscatelli, « Les Manifestants », Editions du Griffon, 45 CHF, 2017, Neuchâtel,

"Strass, paillettes, amours et calicots? Moscatelli se manifeste et manifeste", Galerie du Griffon du 10 février au 11 mars 2017. 

 

Celui qui aime à se nommer « communiste italien », dans la droite ligne d’un autre suisse Ben Vautier, joue de l’art du concept propre à Fluxus pour donner des coups de pieds dans la fourmilière romande et humaine. Ses « manifestants » poursuivent la logique de son travail. Il s’agit de secouer la passivité par la provocation et le goût des slogans comme des images fortes. Droits comme des i, ses phallus au garde à vous singent la prétention virile. Le premier degré est rehaussé vers un jeu à la fois plus drôle plus et sérieux. La comédie humaine est mise en tous ses états par les éjaculations programmatiques.

Moscatelli 6.jpgL’effet totem renvoie à une pluralité de catégories et revendications sociales, politiques ou de genres et de pratiques. Une homogénéisation à lieu au milieu de ce cortège mis sur orbite (si l’on peut dire). Les récriminations sont multiples, humoristiques, naturelles, caustiques. Elles décalent la « vulgarité » que certains pourraient regretter (à tord) dans l’incarnation de tels manifestants à dimension irénique et paradoxalement abstraite puisque, dans leur diversité, les manifestants sont plus ou moins les mêmes : on les oublie pour ne retenir que leurs messages et tablatures.

Moscatelli.png

 

 

En rien satyres ces clones célestes rappellent à l’homme le peu qu’il est. Une ( inavouable ?) communauté est proposée. Et si Moscatelli joue du membre dit viril c’est pour rendre la vie plus vive. Il ne s’agit pas d’admirer un dieu  mais de venir à bout de bien des certitudes admises.

Jean-Paul Gavard-Perret