gruyeresuisse

19/07/2017

Philippe Dudouit et le désert

Dudouit.jpgPartant de photographies classiques le Lausannois les retouche au besoin à la palette graphique. Spécialiste de la zone Sahelo-saharienne et à la frontière de la photo documentaire et journalistique le créateur est un réel artiste créateur de formes autant que l’homme du désert fasciné par la résilience des communautés locales Philippe Dudouit offre une étude photographique implicitement sociopolitique. Il illustre plus qu’il ne documente les relations nouvelles que les nomades autochtone du désert ont forgées dans ce territoire qui s’est transformé sous leurs yeux même s’il apparaît a priori inamovible et éternel.

Dudouit 3.jpgLe Sahara est montré à la fin d’un cycle : celui où le paradis touristique tourne au rouge sang. Des hommes de milices libyennes y jouent par exemple du baby-foot à la levée du soleil. Et l’artiste saisit de tels moments inattendus. La complexité de ce monde, l’artiste ne s’en veut pas l’analyste mais le témoin. Fidèle à l’humain il ne se veut pas forcément humaniste ou politique. Il plonge dans le chaos du Sahel au gré des commandes. Dans cet espace immense l’artiste montre implicitement l’esprit de locaux qui ayant dépassé la surprise sont à la recherche de solutions.


Dudouit 2.jpgDans des décors délabrés de lieux en abandon ou en ruine, dans l’immensité du désert tout est métamorphosée par la présence d’êtres soumis à la dureté lumineuse des territoires. Dudouit retrace sans le moindre pathos la tension entre, la vie et la mort. Surgit la revendication à la survie. Le photographe cherche à provoquer la rage de la vie même à travers des protagonistes parfois abîmés physiquement par la guerre. L’artiste explore cet univers inexorable avec pudeur. Il reste l’observateur d’un monde énigmatique et précaire. Des « chiens » rodent hors champs : leur présence est latente.

Jean-Paul Gavard-Perret


Philippe Dudouit, « The dynamic of dust », Les rencontres d’Arles 2017, « L’atelier dynamique ».

11:11 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

16/07/2017

Mathias Kiss au MUDAC : le baiser au lépreux

Kiss.jpgMiroir / Miroir. Exposition collective au Mudac à Lausanne du 31 mai au 1er octobre 2017.

 

 

 

 

Kiss 2.pngLe hispter Mathias Kiss avait pour but premier de secouer les « arts décoratifs du XXIe siècle ». Il a dérivé de son objectif pour faire beaucoup mieux. Reprenant à sa main le design, l’artisanat et la scénographie il en a déconstruit et remodeler les codes et divers types de figurations ou d’objets (dont ses célèbres miroirs son œuvre à ce jour la plus célèbre).

Son passage dans la restauration des monuments historiques lui a été des plus formateurs : tout ce qu’il avait appris lui a suffi de le détourner les règles selon des farces à grande échelle. Dans tout ce qu’il invente l’artiste crée des odes à l’absence.

Kiss 3.pngMathias Kiss sait en effet qu’il existe trop d’art pour tant de monde. Il prouve que le sien est là pour créer un rapprochement qui augmente la séparation. Dans ce but l’artiste cultive l’acuité de coupures et d’infiltration à la fois hors langue plastique et par elle.

Créer devient l’envers de l’image et son dépassement. C’est un renversement de l’espace en une sorte de paysage en parallèle. Kiss fait se perdre le regardeur dans son erre et dans sa vue refabriquée. Il fait glisser entre les images pour leur élargissement de ce qui ne leur appartient pas mais qui est néanmoins de leur ressort. Cette impossible maîtrise s’appelle l’art. Ses règles n’existent pas ou mieux : elles doivent être rompues à tout instant.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:53 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

13/07/2017

Les particules «élémentaires » de Céline Zufferey

Zufferey.jpgAvec son écriture sarcastique la Lausannoise Céline Zufferey est une ethnologue de l’occident, de ses clichés, ses postures et impostures. Personne (ou presque) n’est sauvable dans ce premier livre bien fait tant il se plaît à brouiller les pistes (il est vrai que l'auteure a derrière elle un nombre conséquent de nouvelles).

Dans ce livre lorsque les chiens aboient (ou remuent la queue) la caravane avance uniquement lorsque cela lui est utile à ses avanies. La romancière sait que le diable est dans les détails. Mais les diablesses - ou les ingénues - demeurent les victimes. Chacun s’arrange pour que leur histoire soit mineure. Une gamine enfant n’est qu’on objet corvéable et remplaçable à merci : pour l’heure vêtue en nuisette on lui fait jouer les Lolita pour des histoires d’étagères.

Zufferey 2.jpgLe roman crée un effet d’étrangeté mais il propose toutefois une élucidation comique à valeur générale. Cependant l’auteure fait plus : elle transforme la langue en « carte » qui segmente ou plutôt souligne certains territoires mouvants. Ceux d’un univers de consommation de masse et d’un utilitarisme où la libido de certains et l’intérêt d’autres créent un immense quiproquo que Céline Zufferey organise. Elle donne à certaines « particules élémentaires » des ingrédients qui laissent songeurs les naïfs que nous sommes. Si bien que les « Kitkats » prennent ici un goût amer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Céline Zufferey, « Sauver les meubles », Roman, Gallimard, Paris 2017, 240 p..