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25/11/2017

Guillaume Dénervaud : ébullescences

Denervaud.jpgGuillaume Dénervaud, « Star 20 », avec une nouvelle de Mark Von Schlegell, Colectif Rats, Editions Star, Vevey, 2017.

Denervaud3.jpgA 30 ans, Guillaume Dénervaud, a déjà une belle série d’expositions derrière lui. Notamment au « Hard Hat » de Genève, au « Circuit » de Lausanne et à la Galerie Nicolas Krupp de Bâle. Adepte des grands formats, il est tout aussi capable de créer des dessins plus petits : «Beaucoup de A4 ont vu le jour sur ma table de cuisine ou lors de mes déplacements en train.» Libéré des règles gabarit qu’il utilise comme guides il crée une somme de formes en les combinant d’autres préexistantes. Faisant suite à « Draisine Furtive » (Star 9) son nouveau livre créé avec le graphiste Julien Fischer réunit de nouvelles propositions ébullescentes, effervescentes.

Denervaud 2.pngDes traits noirs, appuyés, des ombres plus pâles créent des aplats et des profondeurs inédites et un foisonnement. Le dessin semble en perpétuel mouvement. Il ouvre des fenêtres sur un paysage, étrange végétale, cellulaire à la fois tortueux et drôle. L’artiste semble toujours rompre avec quelque chose - ne serait-ce que le silence. Dans ce qui paraît brouillon et bouillonnement tout est attirant et source d’élan. Un tel exercice ignore l’austérité au sein des formes proposées dans l’harmonie et le discontinu. L’œuvre nourrit le regard de manière intempestive mais délicate.

De tels intermezzos sont tout sauf des mascarades. La radicalité se mêle à la momerie. Et un vent neuf souffle, là où tout circule, s’assouplit, semble à l’aise. Demeure une agilité volubile, une existence dissolue et une « punch » particulier entre échappements et retours.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:02 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

18/11/2017

Philippe Fretz : échanges, va-et vient, inversions

Fretz bon 3.jpgPhilippe Fretz, « Double-porte II », In Media Res n° 9, art&fiction, Lausanne, novembre 2017.

Philippe Fretz poursuit sa double quête à la fois warburguienne et créatrice. La thématique (ici de la double-porte) passe par plusieurs entrées et par plusieurs étage de l’histoire de l’art comme de l’histoire tout court avec en point de départ deux œuvres de Duchamp reprise selon des mises en scène. La peinture tient lieu de remède en divers jeux d’associations et de reprises - de Memling jusqu’au grille-pain. Qu’il s’agisse d’appréhender appréhender ou d’appréhender d’appréhender les deux acceptions deviennent génératrices l’une de l’autre. Elles entretiennent des liens de connivences propres à une thématique d où les éléments finissent moins par se confondre ou se faire face que de s’harmoniser.

Fretz Bon 2.jpgDe rhétoriqueurs anciens de l’art jusqu’à Philippe Fretz, des pouvoirs occultes de la peinture sont ouverts par delà un memento mori. Même lorsque les scènes semblent désertées de présences « active », elles occupent en leur paysage tout l’espace. En un tel monde et une telle quête, les notions sont là pour élire un sujet/objet selon une sorte de classification plurielle. Au caractère volontairement neutre ou plutôt naïf ou giottesque des rectangles allongés ou droits la peinture de l’artiste se mixent en une suite de petits carrés des référencements. L’ensemble devient une table multicolore non sans gaîté et savoir en une traversée du temps. L’œuvre la plus récente (celle de Fretz) en feignant une « copie » rameute du passé. Elle le revisite et l’empiète.

Fretz Bon.jpgAux œuvres innombrables convoquées et qui inspirent l’étendue de celles de Fretz, celui-ci prouve la capacité d’un sens que seul ce Lucifer moderne permet de fortifier. D’où finalement et en répons aux « Etant donnés » de Duchamp la présence de sortes de jardins d’Eden mais dont les clés de la double porte d’entré sont sans doute perdues. Cette fausse ouverture paradisiaque parasitée contredit l’esprit et le corps d’autres âges de la peinture. Ils semblent avoir besoin de sa présence de Fretz pour se réincarner en divers va-et-vient là où l’art est autant un état qu’une qualité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les équivoques de Gus Van Sant au musée de l’Elysée

Sant Bon.jpgGus Van Sant, « exposition », Musée de l’Elysée, Lausanne, du 25 octobre 2017 - 7 janvier 2018


Gus van Sant ne cesse de créer un monde particulier en rapprochant d’identités qui annulent l’originelle quel que fût son genre. Films, photos, dessins soutiennent une dynamique de l’équivoque et parfois une temporalité implacable. L’image déployée comme un voile ne peut être la source d’un abri ou d’une fuite mais de l’interrogation sur le genre, la morale, le physique au moment où la chute semble la plus « belle » figure jamais inventée.

Sant bon 2.jpgChaque œuvre devient une réflexion sur la difficulté d’exister jusque dans des moments paroxysmiques d’écroulement de diverses entreprises dont la raison demeurera sans réponse. Aux motifs et aux écoles de pensées Van Sant préfère l’instant, l’éphémère sans jamais insister sur le pathos, l’éclaircissement d’actes de semblables malveillants ou paumés. Ne demeure qu’une vision libérée de toute offuscation ou encore le tissu d’une urgence qui rejette dans les limbes tout jugement au sein des carrés des victimes et des suicidés.

Sant bon 3.jpgPerdure une forme d’abandon à la simple observation même si bien sûr Van Sant choisit ce qui doit d’être vu dans une clarté sans ombre (« Elephant ») ou une ombre sans clarté (« Last Days »). Il en va de même quant à la nature de l’identité précise et circonstanciée. Elle se creuse en ne pouvant se scruter ou ranger en deux dimensions distinctes et opposées. Les genres relatifs et ductiles « s’ensemblent » loin de toute neutralité. Mais au regardeur de faire la part du feu.

Jean-Paul Gavard-Perret