gruyeresuisse

06/02/2017

Cendres Lavy avocate et témoin

 


Lavy.jpgChez Cendres Lavy les traits du sexe ne s’effacent pas au profit de traits « esthétiques ». Ils sont existentiels. Derrière les figures se profilent des personnages qui relèvent de la sphère sexuelle revendiquée comme telle. Le sujet percevant y est souvent le sujet perçu. D’où cette évidence : la perception esthétique n’est pas neutre ou désintéressée. Elle témoigne en « faveur » de l’objet corps sexué comme sujet. Percevoir et créer est donc le contraire d’un « perdre voir » : il ne s’agit  pas simplement d’appréhender la nudité mais de témoigner ou attester de la valeur de ses attributs.

Lavy 4.jpgCendres Lavy témoigne : lui incombe la responsabilité de faire voir ce qu’elle a eu le privilège de voir (et d’oser voir). De sujet percevant elle devient sujet créateur et montreur. Mais derrière le témoin, se profile un autre personnage : celui de l’avocate. Elle fait comparaître le sexe comme témoin et la création devient un plaidoyer en faveur des existences. L’artiste donne de l’ampleur à ce qu’elle a contemplé dans son miroir en s’accroupissant dessus. Elle assoit sa légitimité, fait exister le sexe non seulement comme idée mais substance en un cogito particulier. Et qu’importe pour elle les objections ou le mépris qui accompagnent encore aujourd’hui une telle instauration. Cendres Lavy devient la praticienne et la philosophe de l’art tout entier au service du droit afin de rendre « plus » réelles l’existence vaginale ou phallique et lui donner une assise ou un éclat particulier.

Lavy 3.jpgS’accroupir, se fendre pour contempler son sexe revient à poser la question qui creuse souterrainement la réalité : De quel droit prétendez-vous exister ? Qu’est-ce qui légitime votre « position » d’existence ? La monstration des organes en devient la preuve irréfutable. L’existence reçoit son sens, sa vérité et sa réalité loin d’un fondement supérieur. La femme quitte la terre mouvante, le sable et la nuit accrochée aux mythologies du féminin pour trouver le roc, l’argile et le soleil. Elle existe pleinement et foule une terre ferme. Plus besoin d’attendre d’un tiers et à chaque instant une nouvelle confirmation de son existence. Voir et montrer permet tout empêchement à la contestation de son existence.

Lavy 2.jpgCendres Lavy retrouve les ressources de la nature inaliénable de la femme. Elle la relégitime, rend sa vie plus réelle. Elle lui donne son passage, la pose, la consolide. Mais elle pratique de la même manière avec les hommes et les transgenres. Ses images de couples rappellent aussi que l’on n’existe pas que par soi. Un être ne peut pas conquérir le droit d’exister sans le secours d’un autre, qu’il et qui le fait exister. D’où le rôle de l’avocate Cendres Lavy. Il s’agit d’intensifier la réalité des existences et de lutter en faveur de nouveaux droits des femmes. Car c’est bien une question de droit. Mais cela reste plus que jamais la question de l’art : par quels « gestes » instaurateurs les existences parviennent-elles à se « poser » légitimement ?

Jean-Paul Gavard-Perret

05/02/2017

Marie-Luce Ruffieux l’impertinente

 

Ruffieux.jpgMarie-Luce Ruffieux, Les Jurons, Le Tripode, 120 p., 20 E.

 

L’artiste Lausannoise Marie-Luce Ruffieux pour son premier roman sait savonner les planches de la fiction dans un savant puzzle en apportant un ailleurs et ouvrant les frontières du réel pour aller vers l’imaginaire. Les choses bougent sur leurs jolies jambes telles des dames dissipées. Dès lors dans le feu de la parole la dévoration prend place là où l’héroïne ne l’avait pas prévu. Les ombres en sont retournées selon une assomption inversée. Ruffieux2.pngCe qui se trame va bien au-delà de la simple imagerie par la folle innocence de l’écriture en ses gruaux magiques. Pour une fois la fiction n’est pas niée sous effet de formol. La performeuse crée une porosité entre le réel et la fiction. La créatrice multiplie espaces et temps asymétriques jusqu’à les plonger de vertiges en abîmes. Si bien que l’écriture garde à la fois une force de mystère impressionniste mais tout autant une radicalité expressionniste. Le réel n’est plus un décor. Il devient les cercles d’un monde qui s’enfonce dans l’attraction de dérives et de chutes. L’approche qui tente de ré-enchanter ce qui ne le peut plus. C’est tout à son honneur, sa fantaisie et sa lucidité.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/02/2017

L’Op et le Pop arts de Tinguely

 

Tinguely.jpgJean Tinguely, “Si c'est noir, je m'appelle Jean”, Istituto Svizzero, Milan, du 17 février au 22 mars 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

Tinguely 3.jpgL’exposition milanaise de l’Instituto Svizzero reprend le titre d’une des oeuvres de Jean Tinguely (1925-1991) pour célébrer les 25 ans de la mort du sculpteur suisse. Il allait autodétruire pour le régénérer son art comme il détruisit entre autre sa sculpture “Hommage à New York” prouvant que les rêves édénique étaient déjà dernière nous. Dans le même esprit et à Milan le mouvement s’installa et organisa afin de célébrer les 10 ans d’existence du Nouveau Réalisme avec feu d’artifices aussi scandaleux (vu la forme phallique de sa structure ) qu’exhubérant sur la Place du Dome. Il y avait là au côté de Tingely, Pierre Restany théoricien de fait du mouvement et des artistes tels que Arman, François Dufrêne, Raymond Hains, Yves Klein, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Niki de Saint Phalle. Face à la foule et dans la capitale lombarde Tinguely fit exploser sa grande sculpture “La Vittoria” aux formes explicites et masculines.

Tinguely 2.pngL’exposition de l’Instituto Svizzero propose les documents et films relatifs à cet évènement. Elle revient aussi sur le rôle et le caractère extrêment populaire de l’homme et de l’oeuvre. Tinguely reste une référence majeure de l’art international et plusieurs générations de sculpteurs ne cessent de rappeler ce qu’il doive à l’iconoclaste machiniste et poète. L’art cinétique prit avec lui un nouveau départ. L’exposition explore comment l’oeuvre est entrée dans la mémoire collective par la remise en cause des symboles d’une société de consommation ivre alors de ses certitudes mais que dans son op et pop arts particuliers Tinguely remettait en question en ne se contentant pas d’un simple acte à la Duchamp.

Jean-Paul Gavard-Perret

16:21 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)