gruyeresuisse

08/03/2019

Stéphane Kropf : l'art et l'oignon

Kropf bon.jpgStéphane Kropf, "All Over / A lover", Galerie Joy de Rouvre, Genève, du 15 mars au 27 avril 2019.

L'art est pour Stephane Kropf un système d'illusion et d'impression. Au caractère "cimenté" d'un aspect « classique » de représentation le Lausannois préfère d'autres trames  de contact et de lecture. S'impose l'idée de l'oignon (que Léonard de Vinci lui-même n'avait pas hésité à convoquer) afin d'illustrer l'investigation et la métamorphose que propose l'art sur la " trivialité " positive.

 

Kropf.jpgStéphane Kropf la transforme non sans poésie. Il fend le réel comme un oignon pour en distinguer le maximum des tuniques ou pelures qui forment ses cercles concentriques face à d'autres - moins visibles - que la société en sa grammaire a superposées. Le plasticien montre de la sorte que le monde - comme l'oignon - n'est pas une boîte. Ce qu'il contient est multiple en son paradoxe pelliculaire. Chacune de ses " écorces " devient un centre et une périphérie. L'art  n'est pas ce qui enveloppe mais ce qui décale en une narration moins absurde que drôle et surprenante.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/03/2019

Le monde de Camille Scherrer par Françoise Jaunin

FJaunin.jpgrançoise Jaunin, "Entre l'alpestre et le numérique - Conversations avec Camille Scherrer", art&fiction en coéditions avec le CHUV, Lausanne, 2019, 68 p..

Camille Scherrer née en 1984 à Morges a grandi à Château-d’Œx. Elle est devenue une designer suisse majeure et explore les intersections entre le réel, l’art et les nouvelles technologies. En 2008 elle obtient son diplôme de designer à l’ECAL à Lausanne. Elle est aussi professeur en master media design à la HEAD à Genève et ses travaux ont été exposés notamment au MoMA de New-York, à Tokyo, San Francisco, New Orleans, Beyrouth, Paris, Séoul, Istanbul. Ce livre permet de comprendre ses aspirations et ses ambitions.

Jaunin 4.pngS’inspirant des montagnes au pied desquelles elle a grandi elle a créé son propre univers peuplé d’animaux, de télécabines, de sapins et de cartes postales. Elle se consacre aujourd’hui essentiellement à son travail d’artiste designer et trouve son terrain de recherche préféré dans des installations et interventions artistiques pour l’espace public. Ouvertes à diverses techniques et approches ses images retiennent le temps et l'espace tout en proposant par effet de bande une réflexion - parfois avec drôlerie et parfois gravité - sur l’époque.

Jaunin 2.jpgEn ses (re)constructions l’espace est démultiplié. Une confrontation communicante à plusieurs entrées se décline au moyen de l'univers montagnard. Cherchant la sidération et la réflexion, comme le souligne Françoise Jaunin, elle transforme cet univers, le décale. Elle offre le paradoxe d'images "mangées" pour que d’autres images se développent. Un suspens demeure. Il permet de passer de l’illusion subie à l’illusion exaltée par l'art.

 

Jaunin 3.jpgLes créations ne sont pas de simples fenêtres ouvertes sur le monde. Leur découpe renvoie à une obscurité par la luminosité. La création devient même le lieu d’un rite de passage où tout s’inverse. Grace à François eJaunin elle explique comment ses images deviennent des fables de lieux anachroniques qui - repris - brisent notre façon de voir et de penser. Elles sont ni le propre ni le figuré mais une zone où l'émotion crée moins le songe que la méditation. Jaillit une poésie plastique forte en émulsions par sa puissance occulte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/02/2019

François Burland : rétrospectives dystopiques

Burland.jpgFrançois Burland, André Ourednik, "Atomik Submarine", art&fiction, Lausanne, 2019, 92 CHF.

Atomik Logbook est composé de 21 planches en risographie reproduisant les collages de François Burland crées pour Atomik Submarine qui font suite à son "Atomic Bazar". Il revisite l'imagerie communiste, ses armes, ses affiches, ses slogans en les détournant. Si bien qu’ils ne sont plus au service de la pseudo révolution bolchévique mais pour une remise en cause du système capitaliste tel qu'il devient désormais. Existe donc une reprise et un renversement

buurland bon.jpgLa gravure propose une esthétique originale dans ses détournements et transferts. L'apparent bricolage de certaines sculptures de l'artiste est transformé en de superbes collages. Ils offrent une dystopie paradoxale. L’anticipation joue de divers temps et François Burland "s'affiche" toujours comme un agitateur. Au jeu abstrait d’intrigues, de pouvoir et de manipulation il oppose ses farces et attrapes pour provoquer un trouble.

 

 

Burland bon 2.jpgCe qui se laisse voir n'est plus un pur reflet du réel. Une autre réalité se découvre grâce à une série de choix techniques et esthétiques spécifiques. La représentation devient l'effondrement de l’apparence d’hier comme d’aujourd’hui. Surtout d'aujourd'hui et de lendemains qui à l'inverse des fariboles marxistes ignorent le grand soir. Mais dans tous les cas les nuits restent noires.

 

Jean-Paul Gavard-Perret