gruyeresuisse

12/07/2017

Céleste Boursier-Mougenot : avec le temps


boursier 1.jpgCéleste Boursier-Mougenot, « Temps suspendu », CACY Yverdon, 15 juillet - 24 septembre 2017

Céleste Boursier-Mougenot présente à la fois une intervention extra muros au village de Vercorin dans les alpes valaisannes, et intra muros, à Yverdon-les-Bains. L’artiste y poursuit l’exploration - à la fois muséale comme en action et in situ - de sa recherche sur le mouvement et couleur. Au moyen de filtres de couleurs sur les vitres des cabines, il prouve qu’un téléphérique ou un télécabine est non seulement un véhicule mais « belvédère en mouvement » propre à la rêverie.

L’artiste s’interroge sur les conditions de connaissance et les types de regards qui peuvent se porter sur la montagne d’aujourd’hui et au moment où elle est devenue un territoire marqué par une forte colonisation architecturale et technologique. Mais il a le mérite d’échapper au format documentaire classique. Il modifie la perception du paysage par son parti-pris formel ambitieux. Et ce avant une autre « exposition organique » dont nous parlerons plus tard.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:12 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

09/07/2017

Josh Smith : les palmiers du Léman

Josh Smith .jpg

Josh Smith, Dubner Moderne, Lausanne, été 2017

Habituellement Josh Smith prend un malin plaisir à embourber le spectateur dans un flot de signes, signaux et informations visuelles. Animé comme Picasso d’une pulsion créatrice - et ce n’est pas là le seul lien qu’on peut trouver avec son prestigieux aîné- il poursuit son expressionnisme figuratif - même s’il faudrait nuancer une telle définition.

Maître d’une rhétorique ironique il crée toujours une émotion particulière en faisant de chaque image un moment de pulsion. C’est sa manière d’enchanter le monde. Ici les palmiers qu’il installe sur le lac Léman ne sont en rien traités par volonté « cosmétique ». L’imaginaire renvoie la réalité à une fin de non-recevoir. Le basculement dans « l’irréel » contredit la pression du labeur sous lequel les faiseurs ploient. Josh Smith le retourne comme un gant. Ses signes acquièrent une propriété réversible dans les extensions infinies que l’art propose.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:53 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

25/06/2017

Matthias Bruggmann : sans concessions.

 

Brugman 3.jpgMatthias Bruggmann vient d’obtenir le prix de la deuxième édition du Prix Elysée le prix du Musée de l’Elysée de Lausanne pour son projet « A haunted world that never shows » sur les conflits de Proche-Orient créé à la suite de son travail commencé en 2012 sur le conflit syrien. Le « simple » reportage - qui est déjà un exploit vu le nombres de photographes tombés au combat - se double d’un angle d’observation particulier. L’artiste effaçant tout présupposé de parti pris a étendu son périmètre d’investigation pour implicitement « décrire » la complexité du problème en ouvrant un malaise qui n’est plus seulement d’ordre moral (les bons d’un côté, les mauvais de l’autre).

Brugman 2.jpgLa violence devient ainsi multimodale et le photographe élimine les points de vue partisans afin de donner à ses prises une homogénéisation d’ensemble. Si bien qu’une telle approche demeure résolument ouverte et le conflit est saisi de manière radicale loin des codes d’interprétation. Ce télescopage devient un journal extime de ce qui se passe à la fois par une imprégnation au plus près du terrain mais aussi une forme de décontexualisation de l’analyse idéologique. L’envers et l’endroit du conflit se rencontrent et font apparaître de nouvelles interfaces.

Baumann bon oui.jpgL’information est donc transfigurée pour un nouveau message ou « dialogue » au sein d’éléments hybrides qui se répondent. Ils se « lisent » de diverses manières hors récit préconçu. Une telle expérimentation permet à l’artiste d’exprimer ses angoisses face à la gravité du conflit et la violence qui ignore les idéologies en présence. Le système est imparable : le trouble personnel que suscitent des catastrophes montre aussi comment l’histoire et l’actualité rencontrent l’expérience intérieure du créateur. La violence s’inscrit ainsi au cœur du monde à travers ses constats et interrogations. Une telle re-présentation se veut un partage particulier hors grilles ou clés. Tout demeure comme la résolution du conflit et la nature guerrière du monde : en suspens.

Jean-Paul Gavard-Perret