gruyeresuisse

20/08/2013

Olivier Texier : trop près, trop loin ?

 

Cons.jpgOlivier Texier, « Cons-siderations », Editions Humus, Lausanne, 96 pages, 15 Euros.

 

Olivier Texier collaborateur du magazine de B.D. « Psikopat », a publié ses albums chez des éditeurs de la scène alternative (« Le dernier cri »,   « Humeurs »,  « Les Requins Marteaux »). Membre de la Fédération Internationale de Catch de Dessin à moustache (dont il occupe la fonction d'arbitre de touche), dans « Cons-sidérations » et en une centaine de dessins il aborde l'origine du monde en contrepèteries visuelles, jeux de mots et permutations de sens. Le triangle de toute les convoitises et son jardin secret (à la française ou hirsute) sont repris au moment où le premier retrouve son nom « propre » trop détourné de manière machiste de son sens initial.

 

L’artiste suggère sous divers registres la porte étroite et sa carte du tendre. Plus qu’un « regretio ad uterum » le dessin devient un seuil. Sa « voluptas » s’étend, se comprime. Parfois l’orgie suggérée semble moins catholique que romaine. Elle s’offre au songe  fricatif, tempétueux mais de manière toujours ironique. Les êtres peuvent y jouer Polyphème et Galatée uniquement sous un registre drolatique. Manière de prouver que le plaisir est ludique. Et donc qu’il ne tue pas - sinon d'une petite mort. L’effroi de l’intime est donc  remisé. Reste l’âme de la vulve qui comme celle des poètes chante encore lorsqu’elle a disparu.

 

Cons 2.jpgL’intimité féminine est saisie dans une visualité qui s’adresse non seulement à la curiosité ou au plaisir.  Elle est poussée par l’humour là où tout joue sur le rapport entre deux formes qui se contredisent et se compénètrent. La vulve s’y articule  insidieusement sous forme de fugue. Chaque dessin devient sa chambre de voyance et de révélation d’architectures improbables, de sillons complexes, de subtils volumes,  plans, et chromatismes. Certes le lieu demeure voué aux rêves, aux fantasmes et aux désirs. Mais tous sont moins diabolisés que fêtés en farces. Par pan et interstice, du grand ouvert et du clos surgit une affabulation  iconoclaste. Elle n’est ni le propre, ni le figuré mais reste le champ actif d’une imprévisible expérience toujours à recommencer. Tout rue, niche, roucoule. Avant que le corps soit secoué des spasmes d’un rire corrosif.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

19:28 Publié dans Humour, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (2)

18/08/2013

D’ombre et de vigne noire : François Debluë

 

Debluë.jpgFrançois Debluë, Peintures de Claire Nicole, « Un voeu de silence », Editions Empreintes, Chavannes près Renens, 32 pagas, 84 E, 120 FS., 2013.

 

Né près de Lausanne en 1950, François Debluë professeur, romancier, chroniqueur demeure avant tout un poète. Longtemps son écriture fut d’essence classique et parfois  trop marquée par une expression des sentiments amoureux. Peu à peu l’auteur a découvert une voix plus originale et libre. D’une part en s’orientant vers l’écoute de la nature et d’autre part en allant insensiblement – effet d’âge sans doute … – vers une sérénité resserrée  qu’on trouvait en germes dans ses  « Courts traités du dévouement » suites de « rêveries » descendantes de celles de Rousseau et de Robert Walser. Proche de ce dernier,  dans « Un vœu de silence »  le poète  vers un approfondissement des sensations qu’il inscrit de la manière la plus directe en « repons » aux peintures de Claire Nicole :

« Noir de vigne

Terres d’ombres

Reflets gris »

Le poète prouve que sombre et noir ne sont pas un même concept. Le sombre n’est jamais brillant, il ne peut refléter la lumière. Le noir à l’inverse peut briller et renvoyer la clarté. L’ombre est grise, elle est entre ce qui soustrait la vue et la rend visible. Le noir est une couleur : il gagne donc en intensité. C’est seulement en absence de lumière que le gris l’acquiert. Mais Debluë prouve aussi que les couleurs existent réellement près de l’obscur comme les mots ne parlent que près du silence.

D’où la maturité de cette suite originale. En émanent un regard et une émotion affinées là où juste

« un peu d’eau

Un peu d’encre

Ensemble

Les lient à la page ».

Debluë prouve que le poème possède - comme Agabem l’écrit -  « un être spécial ». Spécial quand son essence coïncide avec le spectacle qu’il donne à voir et à entendre et dont Claire Nicole prolonge l’écho et le magnifie par une ostentation réfléchie et discrète. Objet du monde physique dont elle est une « preuve » la peinture est ici bien plus qu’une représentation : elle participe à l’existence du poème et à la présence de son objet : le mutisme. Quant à l’auteur ces mots ne jouxtent pas le silence : ils sont présents afin de le mettre en exergue de la manière la plus ténue et simple et de le faire vibrer telle une lumière offusquée au sein d’une nuit d’encre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:29 Publié dans Lettres, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

14/08/2013

Effluves d'images : entretien avec Francine Mury

 

Mury 2.gifQu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Le petit déjeuner.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?   Ils se sont réalisés.

A quoi avez-vous renoncé ? Aux enfants.

D’où venez-vous ? Du lac Léman.

Quelle première image vous a touché  ? le Laocoon.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ? Harald Szeemann

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Rien.

Où et comment travaillez-vous ? Dans le silence.

Quel livre aimez-vous relire ? « Les voix du silence » de Malraux

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? moi-même.

De quels artistes vous sentez-vous proche ? Terry Winters

Mury 4.gifQue voudriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? un vidéo-projecteur.

Que défendez-vous ? la Beauté.

Que pensez-vous de la phrase de Lacan « L’amour c’est donné quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ? Honte à lui.

Et celle de W. Allen « La réponse est oui mais quel était la question ? »  un ami. 

Entretien réalisé et traduit de l'italien par Jean-Paul Gavard-Perret