gruyeresuisse

10/07/2014

Marie-Luce Ruffieux : traversée des miroirs

 

 

 

 

Ruffieux.jpgLa Lausannoise Marie-Luce Ruffieux est écrivain et artiste plasticienne. Avec ses vidéos, ses installations et ses textes elle offre une matérialité particulière aux images comme à la langue en s’intéressant aux liens et aux interactions qui unissent les divers médiums entre eux ainsi que le réel à l’imaginaire. Son livre « Beige » (éditions Héros-Limite) ressemble à un écran froid sur lequel une suite de films transparents et épais illustre à la fois la proximité et le lointain du quotidien. Par son langage attentif au moindre détail l’œuvre attire et séduit par une esthétique du clin d’œil et d’une (fausse) nonchalance expressive. Avec l'artiste les vocables deviennent ce que Beckett en espérait  "des mots aux mots sans mots". Et les images des images sans image. 

 

Ruffieux 2.jpgA la dynamique du continuum s'impose la vérité du discontinu, de la charpie. Demeure une simplicité non insignifiante mais mal signifiante qui est le propre même de la subversion dans l'art.  L'image - telle qu'on l'a conçoit - disparaît au profit de ses vides. Elle cerne un informe à qui elle donne surface et profondeur et prouve que le vide est autant dans les mots qu'entre eux. L'artiste devient à ce titre un  "ôteur" où  le « tout », en étant,  n'est pas ou n'est plus. Autour du vide créé louvoie  une volupté particulière. Il faut en accepter le silence entre pénétration et épuisement, faille et présence, compression et détente de la pure émergence contre le chêne à forme humaine et le bruit des hannetons. Du moins les rares qui restent. 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

09/07/2014

Delphine Schacher la belle enquiquineuse des évidences

 

 

 

 

 

Schacher1.jpgDelphine Schacher fait éclater le réel en feignant de ne rien bousculer. Dans « Petite robe de fête » il est question de regards d’attente de jeunes filles en fleurs. Réalisés en Transylvanie ces portraits se mélangent aux images d’un univers qui pour une occidental peut sembler mélancolique et suranné. Ramuz n’est pas loin. Preuve que la Roumanie d’aujourd’hui ramène à une poésie d’un passé qu’il est assez étonnant de retrouver chez une jeune artiste capable de saisir des instants sublimés par le goût de la vie et sa fragilité.

 

Schacher portrait.jpgPeu sensible à la religion du progrès la photographe enveloppe ses prises d’un pollen de lumière et d’un cristal argenté. Se cache là une idée de derrière la lune. La blondeur des femmes les rend pétillantes comme du champagne même si plutôt que la légèreté une certaine gravité est au rendez-vous. La convulsion charnelle reste esquissée dans une photographie de sensibilité pure qui scintille d’un érotisme larvé. Dance cet ensorcellement entre visible et invisible le parfum de femme caresse le regard afin qu’il largue les amarres en un été roumain.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/07/2014

Swiss’ Delirium de Maya Rochat la néo-grunge

 

 

 

 

 

Rochat  3.jpgMaya Rochat aime compliquer les ombres pour rendre encore plus dangereuse la contreculture dont son œuvre est la complice. Loin des jeunes filles en fleurs qui dans leurs appartements  que le soleil safrane plissent des papiers de soie, Maya Rochat les déchirent pour communiquer avec les espaces sidéraux par de telles étranges lucarnes improvisées. Pire : refusant le bronzage sur des plages encombrées de férus d’essaimages l’artiste parachève de sa main ses prises du réel pour les faire mousser de miaulements optiques très particuliers et drôles.

 

 

 

Rochat 2.jpgLes photographies séduisent par leur pelage gris sales avec des mouchetures plus sombres. Cela fait penser à la brume de quelque château gothique, à une boissellerie couverte d’étranges paillettes qui ne cherchent pas forcément le captieux mais se plaisent à montrer les êtres et les choses plus vieux que leur âge. Maugréeuse à l’occasion, sourde comme des soubassements, laissant radoter pour eux tout seuls des oiseaux punks (car à aigrettes) l’œuvre prouve que qui dit poules ne dit pas forcément plumes. Agrémentés de bandages herniaires les photographies ne cherchent jamais la couleur locale mais le bizarre. Il s’agit de remonter des horloges de sable ou des clepsydres pisseuses d’eau afin de permettre aux amateurs voyeurs de jouir d’une liberté de vue au sein d’un swiss’ delirium parfois en miettes sur carrelage jonché des déchets. L’impertinente Mélusine y secoue ses poupons polychromes. Ils sentent l’abricot, le chocolat refroidi et l’acide phénique. L’artiste y apparaît parfois telle une femme au déshabillé compliqué de tractions filiformes, une écorcheuse de nerfs ou telle une minette qui amidonne les cols marins de futurs tueurs de mouettes et de geais d’eau (mais uniquement à Genève).

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Maya Rochat, "Crystal Clear", Editions Patrick Frey, 2014