gruyeresuisse

03/12/2013

Jérôme Meizoz et Zivo : d'entre les mots

 

Zivo 3.jpg Zivo et Jérôme Meizoz, « Pénurie », coll. RE-PACIFIC, Editions art&fiction, Lausanne, 220 pages, 2013, 45 chf, 30 €.

 

 

 

Pour leur deuxième ouvrage à quatre mains le peintre Zivo installé à Lausanne a repris un texte sous forme de lettre que lui a envoyé Jérôme Meizoz auteur entre autre de « Père et passe » et de « Séismes ». L’artiste a retranscrit à la plume le texte en le  rehaussant de dessins à l’encre. La transcription ose les ratures et une totale liberté de mise en page. Tout cela donne au texte une force encore plus intense. Les paysages évoqués deviennent un entretien infini entre l’artiste et l’auteur unis dans un souci de la protection de la vie au sein d’une rêverie. L’image complète et transgresse le texte afin de lui donner une seconde existence. Surgit de cette confrontation agissante une parabole  plastique. Elle mêle ordre et envie de donner de l'espoir si bien que le livre emmène le spectateur vers un questionnement  esthétique même si l’œuvre reste aussi une manifestation de l'état de désenchantement du monde tel qu’il est.

 

Ni Zivo ni Meizoz ne cherchent cependant à choquer. Ils savent qu'une telle attitude reviendrait à accumuler les clichés. Leur but est bien différent : il s'agit de questionner différents angles du quotidien  Et si les deux créateurs expriment leur "vécu" ils le transcendent en une œuvre « politique » dans la mesure où la politique passe d'abord par la culture. Leur « correspondance » déploie des visions violentes mais surtout subtiles et émouvantes liées à une quête des valeurs ancestrales. Celles qui creusent l'identité et mettent à nue l'aliénation culturelle.  Zivo est donc bien plus qu’un simple entremetteur entre le texte et son lecteur. Il s'en fait le messager, le passeur en proposant un caractère concret et une visibilité accrue à l'attention à l'être que Jérôme Meizoz fait jaillir de la masse obscure du fond de la conscience. Cette confrontation communiquante offre une continuité et une transparence. Elle transforme une certaine manière d’être en flux d’existence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/11/2013

Les confrontations de Flynn Maria Bergmann et Delphine Sandoz

 

Flynn 3.jpg

Flying.jpgDelphine Sandoz et Flynn Marie Bergman, « Sans titre », E.S.F ART+DESIGN, Lausanne, du 4 au 20 décembre 2013.

 

Flynn Marie Bergmann, « Fiasco FM », coll.Re-Pacific, editions art &fiction, Lausanne, 128 pages, 21 €.

 



Delphine Sandoz et Flynn Maria Bergmann vivent et travaillent à Lausanne. Tous deux passent du collage à la peinture, du dessin au transfert sur les pages des livres qu’ils vénèrent. Pour l’exposition à l’E.S.F. Art + Design  ils proposent une toile immense. Elle situe  leurs expériences en une approche « gestuelle » dans laquelle deux expériences se confrontent et s’appellent en un dialogue créatif. En ce « Delflynn » se dessine à tout les sens du terme une poussée artistique double jusqu’à l’élaboration d’une œuvre où tout est permis.

 

 

 

La Lausanoise Delphine Sandoz trouve  chez Flynn Maria Bergmann un alter ego. L’Américain qui s’est encanaillé dans les des bouges américains avant d’enseigner dans une école de dessins fut formés aux arts visuels et influencé par les créateurs de la Beat Generation . Il est devenu le poète capable de mêler choses vues, blasons érotiques et graffitis. Son « Fiasco FM » envoie 112 poèmes en proses superbe, simple, douloureux. C’est pour l’auteur un moyen de se faire du mal et de se sauver par morceaux.  Chaque texte tente de réinventer l’amour et d’organiser son désordre. Même si comme Sœur Anne, Flynn Maria Bergmann ne vit jamais rien venir avant de rencontrer Delphine Sandoz.

 

 

 

A deux ils réalisent ce poème optique où ovulent des corps mais en  un univers physique et mental  « chaosmique ».  Entre Delphine Sandoz et Flynn Maria Bergmann se produit  l’éclosion  d’un monde. Il s’éparpille entre le ludique  et le sérieux. La peinture dans ses méandres remonte le fleuve du réel, va jusqu’aux affluents du songe. Le monde perd son visage pour mieux le retrouver. Certes le couple aussi ironiquement démoniaque que mélancolique  ne caresse aucune illusion sur les misérables miracles de l’art, de la poésie et de l’amour. Néanmoins dans leur étrange bastringue ils créent de merveilleux tropismes et des voyages suspendus dans des transits qui tentent de sauver le monde des naufrages.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:18 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

23/11/2013

Magali Koenig : intériorité de la photographie

 

 Koenig 2.jpg

La Lausannoise Magali Koenig donne au noir et blanc une intensité particulière. Non seulement par ses choix techniques d’ouverture de focale mais aussi par les jeux de lignes qu’induisent ses prises géométriques dictées par son regard de créatrice. Il n’existe pas de sentimentalité dans son goût pour le noir et il ne faut pas le considérer de manière psychologique en ramenant l’artiste à une « humeur sombre ». Grace à ce choix elle invente non seulement une couleur du temps mais une vibration particulière. Par la qualité ce noir et blanc qu’elle assombrit surgit la lumière du sombre. Elle ramène à une certaine intériorité. Mais il s’agit avant tout de l’intériorité de la photographie. A travers elle Magali Koenig laisse venir ce qui en elle comme en nous appartient au plus profond, au plus secret.

 

La densité, la frontalité sont souvent présentes dans ses œuvres. Elles donnent l’impression d’une puissance permanente de la nature et de l’architecture. Les deux accordent aux êtres leur tendre indifférence. Mais ce qui touche est la charge d’émotion portée par ces prises savamment cadrées et éclairées. Aux lieux sans âme l’artiste accorde une présence. Mais ces lieux témoignent aussi de la présence de la créatrice de son désir d’appartenir à son espace. Un espace réinvesti et revisité. Preuve que la photographie n’est pas une question de réalité mais d’imaginaire.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

10:29 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)