gruyeresuisse

21/07/2014

Magali Koenig l’image et son double

 

 

 

 

Koenig Magali.jpgIl y a du Jim Jarmusch dans la manière dont Magali Koenig saisit le réel en noir et blanc ou en couleurs et parfois dans une mise en abîme de l’image où un poste de télévision allumé troue le paysage telle une page incongrue sur une réalité qu’elle « exploite ». Bloquant par ses prises  l’image télévisuelle (qui par essence n'est faite que pour passer dans son royaume éphémère) l’artiste situe la photographie en un geste particulier. Cette présence propose du spectacle dans les paysages.  L'usine à rêves interfère au sein de la machine à rapporter du réel qu’est la photographie. La présence télévisuelle brouille donc les limites du monde visible.

 

 

 

Koenig magali 2.jpgCertes Magali Koenig n’est pas la première à interroger le statut de « fenêtre » de l’image. Mais grâce à elle, elle devient grille visuelle entre néoréalisme et onirisme de manière poétique par la structure même des oeuvres de la Vaudoise. Il existe là une coupure de l'espace dans le sens de la longueur. Il instruit toute une manipulation de l'espace entre horizontalité et verticalité là où le réel échappe au réel, l’image à l’image dans une déconstruction simple mais efficace. Celle-ci pousse à déchire des voiles par de multiples « accrocs ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Virginie Jacquier flibustière du Léman

 

 

Jacquier.jpgVirginie Jacquier est une iconoclaste drôle. Du moins fait-elle semblant de ne pas se prendre au sérieux. Quel meilleur prétexte pour afficher une plume rose dans le croupion d’une poule prête à cuire ou de présenter une série de champignon phalloïde ou simplement phallique ? Ailleurs l’artiste semble scruter nos intérieurs. Par les méandres proposés on y plonge le bec dans l’eau ou les pattes en l’air au sein de remake de films encore jamais tournés ! Les Blériot que nous aimerions être finissent en blaireaux du Canton de Vaud, de celui de Genève voire  de la Haute Savoie. Pire encore : nous serons désormais des Popeye en manque d’épinards. Mais comment bouder notre plaisir ? L’artiste met à mal nos assurances existentielles (La Vaudoise ou la Wintherthur dans un tel cas revient au même.  Les catholiques peuvent soupçonner les réformés et les seconds les premiers la native de Vevey n’en à cure (et pas seulement celle de son brave curé). Dieu n’existe pas pour une telle drôlesse et c’est pourquoi nous n’avons d’yeux que pour elle. Pour ses plumes et ses ailes, pour ses adjuvants iconoclastes et ironiques. Ils possèdent une pertinence qui n’a rien de surgelée.

Jacqier 2.jpg

Débarrassés de toutes odeurs désagréables ou de sainteté nos miasmes et nos fantasmes trouvent là un passage (à tabac). Il n’y a plus qu’à attendre que l’artiste continue ses frasques, colle à la super glu des bras de poilus de la Grand Guerre à la Vénus de Mille Eaux ou qu’elle attache un fil à la patte des Grominets en mal de luttes de classes. Au-delà des normes l’artiste crée l’  « Héneaurme » de la manière la plus discrète qui soit. Pichenettes par ci, sornettes par là, Virginie Jacquier n’est jamais politiquement correcte ou carpette. Lorsqu’elle a fini elle joue à la crapette en se fendant de quelques verres d’un tel vin blanc  avant de reprendre, un peu pompette, ses détournements de frontières, ses désossements des jours et des joues. Les nôtre rougissent déjà de plaisir.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

19/07/2014

Cathia Rocha énigme et ouverture

 

 

 

Rocha Catia.jpgLe dessin emporte sa créatrice : devant lui elle semble sans but déterminé et juste avec cette donnée obscure : à savoir que le dessin se crée en avançant, se soustrait dès qu’il s’offre, se promet à la dérobade jusque au moment où s’accomplissent à la fois son lieu et son non-lieu. L’artiste s’y accroche tenant toujours dans son geste quelque chose en réserve. Il ne faut pas voir là une quelconque prudence mais une forme d’attente où dans un dernier trait surgit le désir mélancolique appelé à préserver de toute nostalgie.

 

 

 

Soudain le regardeur quitte la pensée, tente désespérément l’interprétation du mystère. Mais le dessin reste absolument revêche à la prise. Il demeure autre et aguicheur dans l’énigme qu’il recèle faisant de ses tours et détours la tentation même. Nous entrons dans l’apesanteur de l’incertitude. Tout pourtant semble complet dans un avènement « rond » que nulle formulation ne pourrait enfermer. Oubli et souvenir semblent aller de pair. L’oubli n’efface plus la possibilité d’oublier tout en refusant l’absence. La présence devient à ce titre un évènement sans réponse, elle demeure cachée à l’abri de notre souvenir « reconnaissant ».

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:43 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)