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01/09/2017

Marie-Claude Gardel et Suzanne Kasser : des mille-feuilles remplis d'air

Kasser 2.png« L’Athanor » : Suzanne Kasser, « dessins », Marie-Claude Gardel, « Estampes », Galerie Impasse du Phoenix, Lausanne, du 8 au 24 septembre 2017.

 

 

 

 

 

Gardel.jpgAprès l’exposition « Support papier » (et son succès) au début de l’été, la Galerie Impasse du Phoenix renouvelle et élargit ce projet avec Suzanne Kasser et Marie-Claude Gardel. Les œuvres sur papier s’enrichissent d’objets et d’éléments sources d’inspiration des deux créatrices. Suzanne Kasser poursuit ses interrogations sur les conditions d’existence de l’art sans le mouler dans le canon des références. Ses créations sont des gestes poétiques tout comme ceux de Marie-Claude Gardel. Le noir dans les deux cas offre divers types d’incendies des formes. La gravure et l’estampe, jouant au besoin de l’accident des tirages, devient un lieu de recherche, d’investigation et de paramétrage où se rompt volontairement une certaine perfection pour créer un élargissement de la perception face à l’inconnu.

 

Kasser.jpegL’univers s’ouvre en taches et lignes selon de nouvelles associations là où des « coutures » craquent. Si bien que le regard est devant une beauté non truquée où – légères - les formes ressemblent parfois à des mille feuilles remplis d’air là où le noir n’est jamais froid ou compact. Sans goût pour un fixatif absolu, le graphite et l’encre se répandent loin de l’ombre et selon des destinations précises et imprécises à la fois entre goudron et neige là où l’art se dégage de ses frusques de bure, pour que la vie ne se ratatine pas mais opte pour respiration plus libre.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

12:30 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

30/08/2017

Marion Tampon-Lajarriette : l’incontenable

Tampon.jpgMarion Tampon-Jajarriette, « Terrain Fertile », Lancy et Plan-Les-Ouates, du 3 septembre au 31 octobre 2017. « Drawing Room 017 », La Panacée, Montpellier. Solo show, Galerie Laurence Bernard du 13 au 17 septembre 2017.


Tampon 2.jpgLes vidéos de Marion Tampon-Lajarriette travaillent l’image en la « mixant » avec le numérique afin de décomposer puis recomposer le monde en ce qui devient, écrit la créatrice, «l’image-matériau». Le tout en divers jeux de déperdition ou de saturation sous l’effet de la plus grande netteté de l’image ou de son floutage et de son flocage. Adepte des transferts d’informations sur divers supports l’artiste travaille sur la texture visuelle : le numérique – mais pas seulement - permet un tramage pour l’épaississement ou son contraire.

Tampon 3.jpgLa déréalisation n’est néanmoins pas l’objectif de la plasticienne. Elle préfère des compressions, des reprises, des incrustations pour donner aux images un flux particulier S’éloignant des opérations classiques du montage, elle opte pour un territoire mystérieux capable de produire des zones de communication secrètes. Celles-ci renvoient sans doute le regardeur à son inconscient par couplages et reconstructions dans le flot que l’artiste déploie suivant différents plans, échelles et émulsions. Elle propose une nouvelle dialectique du regardeur et de l’objet visuel. Celui-ci ne se veut pas salut mais pointe. Elle introduit dans le regard ce qu’il ignore. Et Marion Tampon-Lajarriette ne cesse de tourner autour de cette problématique pour combler des trous que la production vidéographique habituelle laisse béante. La « projection » trouve là un nouveau sens.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/08/2017

Anthony Bannwart : "relire" Stendhal


Bannwart.jpgAnthony Bannwart, "Conversation avec Stendhal", Editions du Griffon, Neuchâtel. Edition de luxe des Chroniques Italiennes de Stendhal de 1847. Double intervention de l’artiste, à la fois picturale sur une double page, et conceptuelle avec un ouvre- lettres en bronze réalisé par l’artiste afin de détacher les pages. 400 €


Bannwart 2.jpgAnthony Bannwart né à La Chaux de Fonds a vécu à Londres, où il a étudié les Beaux-Arts (film, vidéo) après avoir été formé chez un maître en bijouterie et design à Frankfort. Multidisciplinaire l'artiste réalise des projets en symbiose avec ses œuvres, ses écrits ou ceux d'autres comme par exemple "Les Chroniques Italiennes" de Stendhal à travers interventions plastiques et un ouvre lettre en bronze. L'auteur utilise cette matière mais aussi l'aluminium, le granit, le cuir. En tant qu’artiste et curateur il a créé « A ses parents – variations autour de Le Corbusier » pour traiter le don, le contre don et l'exil volontaire. Il travailla pour ce projet avec Louise Bourgeois et Felice Varini, aux côtés de scientifiques, de musiciens, et d’un cycle cinématographique conçu avec George Clark de la Tate Modern. Cette œuvre donna lieu à un livre éponyme puis d'autres projets tels que «Vision of the host» et «Resilience» autour de la capacité à vivre, réussir, se développer en dépit de traumatismes exprimés par une corde sans âme renforcée, construisant de par ces lignes figées dans l’espace de nouvelles perspectives.

Bannwart 3.jpgDepuis il poursuit son « conceptual and evolutive video project » sur l’image en mouvement en une collection de séquences muettes. Son projet «Poïesis» est créé à partir de ses propres textes courts d'Anthony Bannwart : les mots sont appliqués sur la peau à l'aide des petites sculptures de bronze en forme de tampon. Capturés ensuite par la photographie, ses textes nourrissent une collection qui s’ouvre aux collaborations extérieures pour diffuser sa pensée par des canaux très diversifiés. Avec les "Chroniques Italiennes" d'une certaine manière le propos s'inverse. L'artiste tente de voir au-delà des mots. Ses interventions et l’objet inséré « percent » le logos pour créer des espaces adjacents, comme emboutis les uns dans les autres. Ils dressent une visibilité particulière afin de lire Stendhal autrement. Le corps du texte trouve un caractère particulier. La figuration prend des tours et détours et se démarque de la narration qui se condense dans les images. Elles deviennent un paysage particulier, déclenchent un récit dans le récit ou plutôt de puzzle permanent où se faufile un roman de la vue, un dérobé, une trame en une série d’interférences qui rejettent l’accessoire pour retenir l’essentiel en des espaces où parfois caresse et parfois frictionne ce qui nous échappe où s’évanouit d’avoir été jusque là si mal lu ou perçu.

Jean-Paul Gavard-Perret