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30/01/2018

Noémie Doge la célestine

Doge bon.jpgNoémie Doge, "Méditations sur un cheval de bois",  Galerie Kissthedesign, Lausanne, du 1er décembre 2017 au 17 février 2018.

Noémie Doge a choisi pour présenter sa nouvelle série de grands dessins de paysages célestes un titre apparemment surprenant : « Méditations sur un cheval de bois ». Le titre est celui d’un article de philosophe de l’esthétique et historien d’art Ernst Gombrich. Il illustre - comme le précise la créatrice – « l’idée de substitution selon laquelle « un cheval de bois ne ressemble pas à un vrai cheval, il n’en est pas l’image, ni la reproduction (...) ce qui n’enlève rien à sa puissance hippique ». Il acquiert pour un enfant « une réalité telle qu’il se substitue à tout cheval ».

Doge 2.jpgLa plasticienne utilise les sphères célestes dans cette même perspective. Elle crée des dessins qui se veulent le « double » d’un paysage où il devient possible - pour peu que l’imagination ne soit pas « morte » - de rêver puisque le regard transforme le paysage en cieux. L’énergie déferle dans l’espace en dépassant le bout des doigts.

Doge.jpgLa création « poétique » remplace ou complète la philosophie de l'histoire de Gombrich. Les images remontent d’une certaine manière au rêve de l'origine. Le dessin en son amenuisement loin de principes théoriques ou rhétoriques permet de construire - de façon paradoxale et asymptotique un mouvement d’ascension.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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27/01/2018

L’ « Alphaville » de Thibault Brunet

Brunet.jpgGalerie Heinzer Reszler, Lausanne au salon Artgeneve, Stand D 35, du 1 au 4 février 2018 ;

 Thibault Brunet joue avec le réel dans des photographies qui oscillent entre la sphère du digital, la peinture, l’architecture, le reportage et la poésie. Dans ses séries « Vice City » (2007 - 2012) l’image devient un avatar où le réel se dissout au sein d’architectures d’immeubles solitaires, de villes fantômes et d’immenses paysages d’un monde virtuel comme celui du jeu électronique « Grand Theft Auto » (GTA).

Brunet 2.jpgCe monde est moins celui de gangsters qu’une sorte de vision extraterritoriale d’un « Alphaville » de Godard entre anticipation et disparition. L'image devient ce qu'était la peinture pour Diderot lorsqu'il écrivait : « l'image, dans mon imagination, n'est qu'une ombre passagère ». Sensible à l'étroite parenté qui relie son interrogation fondamentale à la réflexion sur l’image, Thibault Brunet illustre aussi combien elle fonctionne comme un piège à regard.

Brunet 3.jpgC’est pourquoi la représentation jouxte l'extinction de toute visibilité que souhaitait Schopenhauer au sujet des images : « la suppression et l'anéantissement du monde ». L’artiste fuit l'image solaire pour atteindre des visions « léthéennes» selon une esthétique qui dicte dans son essence une disparition ou sa proximité là où la négation n'exprime plus rien de négatif mais dégage simplement l'exprimable pur et donne forme à une sorte de chaos existentiel..

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Matières de rêve : David Gagnebin de Bons dans la maison des Dioscures.

Gagnebin.jpgDavid Gagnebin-de Bons, « L’incertitude qui vient des rêves », « Circuit », centre d’art contemporain, Lausanne, du 3 février au 17 mars 2018


Pour la matérialisation du souvenir et le récit d’un état où se formalise le rêve, les cyanotypes et les photographies de David Gagnebin de Bons font beaucoup. Ils ont pour sujets des rêves, des lieux rêvés et, pour certains, des rêves empruntés à des tierces personnes. Bref le songe bat la campagne : de la forêt originelle des premiers romans de Ballard (sans oublier Ramuz et ses montagnes) aux formes géométriques apparues dans le sommeil. Il existe moins de menus fretins de narrations factuelles à la Butor que des portraits de rêveurs et des autoportraits « perdus dans le bleu de l’inconscient ».

Gagnebin 3.jpgDavid Gagnebin-de Bons rentre en divagation dans une liberté des matières et des formes sans terminus et avec beaucoup d’ombres, d’humour (et de travail). L’inspiration littéraire n’est pas toujours la source mais l’essentiel est sauf. Il n’existe ni déclin; ni chute et encore moins de décadence puisque le rêve est la matière et la manière d’imaginer encore. La dépendance au réel est remplacée des images verticales. Telle est la leçon du Testament selon l’enchanteur qui désenclave les hiérarchies entre l’imaginaire et la réalité dans sa « basilica ». Elle n’a rien d’un marché (ouvert) ou d’un souk. Si bien qu’avec un tel créateur l’épicurisme livresque ne s’assombrit jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret

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