gruyeresuisse

08/03/2021

Nicole Schweizer sur les traces d'Anne Rochat

Schweizer.jpgNicole Schweizer, "Anne Rochat - In Corpore", art&fction, Lausanne, mars 2021, 152 p.

 
Née en 1982 dans la Vallée de Joux, basée à Berlin, Anne Rochat vit et travaille le plus souvent en fonction des lieux de résidence déterminant sa pratique artistique et vice versa. Diplômée de l’École cantonale d’art de Lausanne (2004-2008), elle développe un travail essentiellement performatif  et vidéographique centré sur le corps, ses limites, ses possibilités physiques et psychiques.
 
Schweizer 3.jpgElle explore son propre rapport à l’espace et au temps par un néo-actionnisme radical. Elle a effectué des performances et participé à de nombreuses expositions en Suisse et à l’étranger. Et ce livre  offre  un panorama du travail pendant ces dix dernières années. Comme l'artiste l'écrit: «Mes lieux de résidence, éphémères depuis dix ans, ont toujours été l’essence et l’objet de mes travaux. Fondamentalement, ma pratique consiste à faire l’expérience sensible du déplacement, de l’inconfort, de l’exotique, du dérangeant ou de l’étonnant puis de chercher à en restituer la substance dans une forme incarnée dans un corps, généralement le mien.»
 
Scweizer 4.jpgLe livre - qui  paraît à l’occasion de l’exposition «Anne Rochat. In Corpore"  au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne (décembre 2020 - février 2021) insiste fort justement sur le travail performatif. Il fait se correspondre les images des éléments d’un récit. Il est complété par deux textes de Jean Rochat et d’Olivier Kaeser  ainsi que des photographies de Mathieu Gafsou. Cet ensemble permet de comprendre comment Anne Rochat détourne des objets de leur usage quotidien, dans une atmosphère entre le burlesque et l'inquiétant où le souffle de vie d’un corps plongé dans le contexte particulier d'expériences sensorielles est constant.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

 
Nicole Schweizer, "Anne Rochat - In Copore", art&fction, Lausanne, mars 2021, 152 p.
 
 

05/03/2021

Christian Gonzenbach, sans dessous dessus

Gonzenbach.jpgChristian Gonzenbach, “Boarish”, Galerie Laurence Bernard, Genève, mars 2021.

Manipulant objets et matériaux, gestes et concepts, depuis plus de vingt ans, Christian Gonzenbach reprend les sujets récurrents qui animent ses recherches : la nourriture, les animaux, les objets du quotidien, les structures (osseuses ou architecturales).
 
Gonzen.jpgCes thématiques sont traitées selon des "gestes" particuliers : inversion, retournement, passage du vide au plein. Céramique, aluminium, béton, plastique, bronze tout est bon pour accentuer les paradoxes que l'artiste cultive.
 
Il crée une vision dont les contours semblent a priori échapper à toute logique. De fait l’imaginaire repose ici sur le réel par modification de point de vue et de prise.  Les creux deviennent volumes et vice-versa. C’est par ce jeu qu’apparaissent une nouvelle plastique, une vision d’une inquiétante étrangeté.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

10:04 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

04/03/2021

L'art de l'instant et les "revenentes"  Philippe Lipcare

Lipcae 4.jpgPhilippe Lipcare, "Inframince et hyperlié", art&fiction, Lausanne, 2021, 14,80 CHF, 182 p.

 
Les textes de ce volume ont été écrits entre 2006 et 2009  pour un blog que l'auteur alimentait sous un nom d'emprunt par souci de liberté (pour pouvoir préserver ses articles au sujet d’amis peintres "du soupçon de complaisance") mais aussi parce qu'un tel choix  lui offrait "un notable supplément de plaisir du texte".
 
lipcare.jpgCette compilation analyse des peintures d’époques variables sous deux aspects :  les images dont Lipcare parle ont été déchiffrées par un auteur précédent. Le premier propose  une version alternative.  Ce qui l'intéresse n'est pas l’image en elle-même mais sous le rapport d’une lecture où l'auteur pressent un angle mort, un élément refoulé, un masque qui éveille l'attention de l'auteur. C'est ce qu'il propose par exemple avec les "Deux dames vénitiennes de Vittore Carpaccio" revisitées au prisme de la lecture d’Édouard Dorl et l'oeuvre de Valentin Carron, à partir d’un texte de Patrick Vincent.
 
lipcare 3.jpgMais par ailleurs il n’est question partout et dans diverses formes que de disparition. Dans les images dont parle l'auteur il existe toujours "un point aveugle, une absence. Et après avoir rendu à Georges Pérec  ce qu'il lui doit l'auteur analyse sur ce point et en plus des deux artistes cités des oeuvres de Francis Alÿs, Michael Rampa, Gerhard Richter, Stéphane Zaech, Charles Gleyre. Partout l'auteur souligne des invisibilisations, des occultations, des biais là ou néanmoins au sein de l'effacement de telles images restent des "revenentes".
 
lipcare2.jpgPreuve que l'art ne cesse non de continuer mais invente sa propre sur-vivance à travers diverses effets "désimageants" dans "la perte libre de la température constante de l’art de sang" pour atteindre une autre consistance. Et ce, en une "température de destruction d’intérieur" là où d'autres forces s'affrontent bien au-delà de la décoration ou de la représentation. Et le livre d'étendre son investigation en évoquant entre autres une sculpture qui fond pendant des semaines, la tête de Louis de Funès qui se dissipe dans la glace, un anneau invisible pour une vache absente. La disparition est donc un spectacle étrange, qu’on ne perçoit que lorsqu’il n’y a plus rien à voir mais donne accès à la sensation d’un temps inframince et hyperlié, suspendu et introuvable. Il définit ici l’art contemporain.
 
Jean-Paul Gavard-Perret