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29/07/2017

René Groebli roi de Provence

Groebli 2.jpgLe « Festival des Nuits Photographiques de Pierrevert » - village des Alpes-de-Haute-Provence avec ses douze expositions dans lieux publics, chapelles et caves viticoles - a pour parrain cette année René Groebli. Manière de redonner au photographe suisse toute son importance.

Mêlant l’éphémère, l’intime, le sensuel l’intemporel, René Groebli reste un créateur original qui a su créer un formalisme éloigné de l’école documentariste américaine. Sa poésie est bien différente.

 

groebli 3.jpgEn dépit du caractère intimiste de son travail il reste moins le photographe des êtres que celui de leur perception. Avec un regard de peintre, par effet de surface il sait isoler les détails qui permettent de voir ce qui se cache derrière les apparences avec précision et évanescence.

Ses photographies se dégagent du décor pour créer un dialogue entre le sujet et celui qui le capte. Mais le regardeur se sent plus témoin que voyeur. La cristallisation de l’émotion passe du côté des murs à celui des êtres. Ils ne sont pas idéalisés mais trouve une vérité consubstantielle au créateur lui-même.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/07/2017

Re-pères de Laurence Boissier

Boissier.jpgLaurence Boissier, « Rentrée des classes », coll. ShushLarry, art&fiction éditions, Lausanne, 200 p., 17,80 CHF, 2017. Publication : le 18 septembre 2017.

Laurence Boissier poursuit son « inventaire de lieux ». Mais pas n’importe lesquels. Ici ce sont des lieux intimes et désormais vides à la suite de la disparition du père de l’héroïne. Lorsqu’arrive la nouvelle entrée des classes, sa mère « se perd dans le grand lit conjugal et son frère se retrouve dans le costume trop grand du chef de famille ». Mais les vies doivent se reconstruire lorsque le froid automnale tombe sur Genève.

Boissier 2.pngPeu à peu de nouveaux rapports, de nouvelles rencontrent se tissent. Si bien que au-delà de la place vide, un remplissage a lieu de l’école des Pâquis à l’immeuble de la rue du Mont-Blanc, des bords de lac et jusqu’à un musée étrange. Tout cela ne se fait pas sans heurts mais les territoires se déplacent afin que la vie aille vers de nouvelles « noces » (pour reprendre un titre de l’auteure).

Ecrire revient à signifier des ailleurs et des ici recouverts bientôt de neige presque bleue. Les feuilles de platanes courent sur les trottoirs, un peu de la pensée les brasse. Le temps se couche sur les intermittences du mystère. Tout cela tremble, chuinte d’inassouvi et rêve de vie après une mort qui parut trop vaste.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/07/2017

Philippe Dudouit et le désert

Dudouit.jpgPartant de photographies classiques le Lausannois les retouche au besoin à la palette graphique. Spécialiste de la zone Sahelo-saharienne et à la frontière de la photo documentaire et journalistique le créateur est un réel artiste créateur de formes autant que l’homme du désert fasciné par la résilience des communautés locales Philippe Dudouit offre une étude photographique implicitement sociopolitique. Il illustre plus qu’il ne documente les relations nouvelles que les nomades autochtone du désert ont forgées dans ce territoire qui s’est transformé sous leurs yeux même s’il apparaît a priori inamovible et éternel.

Dudouit 3.jpgLe Sahara est montré à la fin d’un cycle : celui où le paradis touristique tourne au rouge sang. Des hommes de milices libyennes y jouent par exemple du baby-foot à la levée du soleil. Et l’artiste saisit de tels moments inattendus. La complexité de ce monde, l’artiste ne s’en veut pas l’analyste mais le témoin. Fidèle à l’humain il ne se veut pas forcément humaniste ou politique. Il plonge dans le chaos du Sahel au gré des commandes. Dans cet espace immense l’artiste montre implicitement l’esprit de locaux qui ayant dépassé la surprise sont à la recherche de solutions.


Dudouit 2.jpgDans des décors délabrés de lieux en abandon ou en ruine, dans l’immensité du désert tout est métamorphosée par la présence d’êtres soumis à la dureté lumineuse des territoires. Dudouit retrace sans le moindre pathos la tension entre, la vie et la mort. Surgit la revendication à la survie. Le photographe cherche à provoquer la rage de la vie même à travers des protagonistes parfois abîmés physiquement par la guerre. L’artiste explore cet univers inexorable avec pudeur. Il reste l’observateur d’un monde énigmatique et précaire. Des « chiens » rodent hors champs : leur présence est latente.

Jean-Paul Gavard-Perret


Philippe Dudouit, « The dynamic of dust », Les rencontres d’Arles 2017, « L’atelier dynamique ».

11:11 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)