gruyeresuisse

30/08/2014

Voyage autour de la chambre : Antoine Jaccoud & Isabelle Pralong

 

 

 

Pralong.pngAntoine Jaccoud & Isabelle Pralong, « Adelboden », Editions Humus, 2014, exposition des dessins Galerie Humus, Lausanne.

 

 

 

Antoine Jaccoud rappelle tout ce qui tourne autour du sexe faisant abstraction (ou presque) de l’acte lui-même. Plutôt de savoir comment se pétrissent les corps l’auteur et la dessinatrice montrent ce qui se cache derrière, dessous ou à côté. Ils mettent à nu la noblesse ou la médiocrité des adeptes du jeu de piston jusqu’à ce que tout soit très passé - sauf bien sûr l’envie de recommencer. Les fornicateurs sont donc montrés tels qu’ils (et elles). « Môcherons », loustics ou matrones sont excités comme un peuple en lutte par multiplication des mains et swings des valseurs. Tout cela fait de la bonne musique. D’autant que lorsque le cœur est mécanique les marteaux parlent de plus haut.  Gare aux oreilles. Mais il faut de la testostérone et du toupet à l’âme afin de  battre le « faire » pendant qu’il est chaud afin de  forger d’inoxydables plaisirs.

pralong 2.jpgLes deux créateurs prouvent que tout ange descend du singe et qu’il reste facilement trousseur sur banquette arrière de 4 L ou de Coccinelle VW. Et ce qu’importe l’heure et le jour (ou la nuit).  Ce qui tourne autour du sexe promet donc autant de joies, d’erreurs, de vertiges que de vampirismes ou de falbalas. Il suffit que la coupe soit pleine afin de prendre feu et l'eau à la fois. Reste à savoir qui boit la tasse en de merveilleux sous-bois entre des jarres de dentelles et des portes jarretelles. De jeunes cobras y firent naguère bien des pique-niques   Antoine Jaccoud le rappelle. Et Isabelle Pralong le montre. Et qu’importe si ses égéries  prennent du poids et de l'âge. Entre Babyliss et Lysanxia chacune reste prête à compter fleurettes dans des rutabagas. Leur comparse s’en empare sans gants et pincettes  parfois avant de prendre la  poudre d'escampette, parfois afin de peaufiner l’inachevable.  Preuve que le sexe se divise en deux parties.  L’une est pleine des vertus et fleurit au grand jour, l’autre se drape des bassesses. En  mélangeant les deux (ou si l’on préfère le haut et le bas, la sainteté et la souillure) il arrive que les seins deviennent pour la bouche  comme deux boules de glaces. A leur sommet trône une framboise à déguster. Certaines appellent cela  “ faire le crime ”. Tous  viennent pour l'homicide.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/08/2014

Joanna Ingarden-Mouly : la tentation du visible

 

 

 

Ingarden 2.jpgCapter une image c'est à la fois ne plus sortir de soi et ne plus y être En montrant comment cela se fomente, Johanna Ingarden-Mouly avance face à un « corps », une réalité qu'elle invente. Ce « réel » jusque là en déshérence devient celui de plaisir où se perdre. Les glissements de la représentation que fomente l’artiste ne détruisent pas la magie de l'art mais permettent de le retrouver. Une telle transgression ouvre peinture et photographie plus qu'elle ne lui offre un démenti. L’œuvre reste le lieu du mouvement, le lieu où les choses mutent. C'est un des enjeux forts de l’artiste. Elle se confronte à l'ébranlement et au dépassement brutal de ses limites plus par tentation de vie, attraction terrestre que spéculation métaphysique. Contre le sommeil de l'être englué dans les apparences  la Lausannoise réveille en révélant le rapport caché que les signes visuels entretiennent  avec le réel.

 

 

 

Ingarden.jpgSes images ne sont pas faites pour commémorer ni pour rapatrier vers un éden artistique même si la beauté demeure essentielle puisqu’elle ouvre le monde à une profondeur particulière. Joanna Ingarden-Mouly ne réduit jamais ses créations à de petits traités d’archéologie du fugace. Elle sait aussi écarter la tentation du raffiné pour le raffiné en préférant l'épure d'un langage où s’ébrouent les multiples avatars encore non mis à nu de nos désirs , de leur revers et la nostalgie qu’ils nourrissent.  De plus, l'artiste a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable celle qui nous fait face dans le réel comme dans l’illusoire. Elle ne craint jamais que la matière lui manque. La plasticienne fait paradoxalement de la terre  sa force de gravité. C'est sans doute pourquoi ses œuvres creusent par lambeaux et ruines. Ils permettent d’  « exploser » l’âme par les corps afin de rétablir à tous les sens du terme un charme et une harmonie.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

 

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26/08/2014

Fantômes et matrices de Serena Martinelli

 

 

 

Martinelli.jpgSerena Martinelli touche à quelque chose de l’origine des signes, au tramage de l’espace en créant des organisations discrètes mais étranges. Une  sensualité rêveuse naît des formes ambiguës. Elles deviennent un vaste et obsessionnel aménagement du détour, de l’écart qui « retournent » la notion même d’image.  Celle-ci est désaxée, fait penser parfois à un trou sans bords ou un bord sans trou. Mais le travail de l’artiste vient lui opposer un plein qui comble le vide de surgissements fantomatiques.  Les couleurs sont toujours passées plus que pastels d’où la qualité d’une douceur rétive à la mièvrerie. L’illusionnisme existe mais dans un jeu d’indéterminations entre souplesse et rigidité. Est abordée - loin de toute théorie - l’ambiguïté forme/fond. L’œuvre voile de sa peau diaphane pour dévoiler une vérité de surface  où tout se diffuse par effet de capillarité et semble prêt à s’effacer par solarisation.

 

 

 

Martinelli 2.jpgSerena Martinelli crée une imprégnation particulière : plus ou moins absorbée la couleur prend à revers l’opposition fond/forme citée plus haut comme l’opposition signe/surface. Le signe transforme la surface non en s’y posant mais en s’y diffusant jusqu’à ne rester quelque fois telle une empreinte qui sourd du blanc. La profondeur de vision surgit d’un fond qui fait surface, d’une surface qui fait fond grâce d’un formalisme pertinent et attirant. Les empreintes ne tombent pas du ciel. Pas plus qu’elles remontent de manière inspirée d’un fond d’archétypes. Il s’agit d’une sorte d’imposition irrésistible d’une présence que l’artiste retient à l’exclusion de toute autre. Une forme sans forme (si l’on veut), illisible comme forme de quelque chose et qui s’intitulerait plutôt  « marques ». Elles imprègnent le support. A la différence du tracé dit « abstrait » une telle empreinte n’est pas gestuelle ou expressive. Son dessin est précis : il s’agit du dessein de quelque chose dont la rationalité traverse l’irrationalité et l’inconscient. Elle frôle parfois le figuratif mais sans tomber dedans. Nous pouvons donc parler d’un liseré critique de la figuration et de ses limites.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret