gruyeresuisse

03/02/2018

Les attentes : Sarah Hildebrand

Hildebrand 3.pngSarah Hildebrand,« Retour à l'image amoureuse », Berlin, « Hope » (chapitre premier), Galerie Focale, Nyon, 11 mars - 2 » avril 2018.

Sarah Hildebrand poursuit son retournement des lois de l’espace. Elle quitte un temps le paysage pour le corps. En s’appropriant le sujet manifeste, l’artiste affirme avant tout sa virtuosité technique et son invention d’effets de rapprochement. Elle s'en démarque en élimant les solutions trop faciles du pittoresque de la représentation. L’artiste met en scène à la fois son idée des mystères de la sexualité et sa conception de l’originalité de la photographie. Shooter ne revient pas à faire un geste pour le charme dans le but de persévérer un illusionnisme.

Hildebrand.jpgCette forme de ruse technique permet la création d’une nouvelle rhétorique de l’image visant  à l’équivoque de la ressemblance en différents types de syncopes. L’artiste préfère le retour à l’image sensorielle selon une iconologie matérielle et allusive. Elle cherche moins à souligner le rêve qui ne cesse de hanter les expressions et les œuvres des artistes de toujours que d’affirmer le principe même du devenir et de la transformation de « l’idée » même du corps et du visuel qui n’est plus considéré - à l’image de la femme dans l’art - comme passif, maîtrisable, malléable.

Hildebrand2.pngPour autant - ou en conséquence - l’artiste refuse une vision mythique ou mystique du corps. Sara Hildebrand fait frémir et basculer ses lisières. Le sujet est hanté presque physiquement par une présence impalpable, qui manque chaque fois d’apparaître comme tel et qui pourtant le saisit par-derrière et par une abolition de toute ligne de séparation entre matières et substances. Man Ray n’est pas loin lorsqu’il présentait le nu féminin ondulatoire comme une chronophotographie des effluves du désir mais tout autant comme une identité désindividualisée. Le corps semble reclus et en attente, entre liberté et nécessité voire comme l’écrit Breton, « résolu de peur d’être mal étreint, à ne se laisser jamais embrasser».

Jean-Paul Gavard-Perret

02/02/2018

Guillaume Pilet : la vie reste une fête

Pilet 1.jpgGuillaume Pilet, « My Life as a Parade », Centre Culturel Suisse de Paris, du 24 février au 25 mars 2018.


Dans My Life as a Parade, le Lausannois Guillaume Pilet propose une quarantaine de dessins autobiographiques réalisés au crayon, à l’encre et à l’aquarelle. Il « romance » sa vie comme une histoire pour enfants sous forme de « parade » : ses éléments futiles ou graves prennent une saveur ludique. La vie de l’artiste est donc moins la matière d’une perdition que le fantôme d'une histoire dégagée des ombres appesanties.

Pilet 3.jpgGuillaume Pilet transforme la solitude en prouvant qu’elle n’est pas complète, qu’il peut toujours rester un interstice par où passer. D’autant que la brièveté éparse des dessins permet l'oscillation d’un marteau sans maître qui répond ainsi aux questions : Que faire ? Que dire ? Mais sans se prendre la tête et effacer tout pathos. Chaque dessin devient un moment d’“ ébriété ”en une entente tacite avec l’existence.

Pilet 2.jpgAu besoin des fantasmes jubilent mais sans ostentation. Chaque vignette devient une invitation à ne jamais renoncer. Il ne s’agit pas de finir dans le décor, mais de caresser la dérision comme un chat qui tourne en rond. Bref l’artiste remonte son histoire comme une ombre portée moins sur la splendeur du jour que pour effacer la nuit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ben et la Suisse « Esto Memor»

Ben Vautier bon.pngBen Vautier dit ne plus savoir que faire. Il continue néanmoins de nager en plein océan même si - dit-il - «il n’y a pas de rivage ». Bref il travaille. Il fabrique, écrit en « Nissart », vadrouille. Il n’aime pas les accrochages car il y a « trop d’avant garde » mais il n’en rate pas beaucoup. Il ne fait ni sport, ni yoga, ni bicyclette, affirme ne plus honorer les femmes mais aime dormir avec la sienne et manger des pâtes tout en continuant à faire des listes de listes et pas seulement de courses et estimant que « l’espèce humaine est malade » - ce qui n’est pas faux. Mais il ne se contente pas de ce seul constat et tente de répondre à la demande de Pult qui lui réclame des tableaux pour la Suisse à propos de ce pays - celui de ses origines.

 

Vautier.jpgDès lors et forcément l’artiste se souvient de Lausanne et du collège où les autres enfants se moquaient de son accent. Il habitait avec sa mère dans une mansarde. Et cette mère écrivait à sa famille pour obtenir de l’argent. Il se souvient de la mort de son père (« je n’ai jamais su s’il s’était suicidé ou pas) et il se remémore Pully « où la propriétaire ne faisait que dire putsi putsi ». Mais pour lui la Suisse est le pays fier de ses trains : les vrais ou en modèle réduit. C’est en conséquence le pays du magasin de jouets « Jelmolin » mais tout autant du lac de Zurich et de la maison de la mère de son père à Küssnacht et des framboises de son jardin. Il se souvient aussi de la bêtise d’une mère qui en parlant des Suisses disait « Ben on n’appartient pas à ce monde là » sous prétexte que les Helvètes ne connaitraient pas Beethoven, Rembrandt, Einstein…

Ben 3.pngFace à ce flot de souvenirs et ce projet une nouvelle fois l’artiste se demande « que faire ? ».Gageons qu’il trouvera la solution et saluera son pays d’origine comme il se doit. D’autant que Ben n’est pas du genre à renoncer. Pour lui faire c’est à la fois « lire, comprendre, penser, réfuter, repenser » au nom de l’existence qui demeure l’arme fatale. D’autant que de Suisse et de son éditeur lui est venu un accord : publier un livre sur sa vision géo politique du monde et son foutoir.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07:49 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)