gruyeresuisse

18/11/2013

Marcel Miracle : vues du pont

 

Miracle-DanseCrayon.jpgMarcel Miracle, "Danse Crayon, Sainte Croix Vallée-Française (Lozère) - le pont", Keymouse, 150 E.

 

Le plaisir du texte et de l’image hante certaines formes de nostalgie. N’en serait-il pas le centre ? C’est ce que Marcel Miracle affirme et nie à la fois à travers les vieilles cartes postales rehaussées de ses collages et de ses textes. Le Lausannois y propose un travail d’expérimentation poétique dont il a le secret. Il répond de la sorte aux exigences des éditions Keymouse.  Faisant suite aux  éditions Smallnoise elles offrent un espace original de création de l’imprimé selon toutes formes et supports.

 

Les collages astucieux et intempestifs deviennent des sortes de grosses « mouches » qui inoculent au vécu suranné une nouvelle jeunesse. Sur le contour sépia du lieu figé du village Marcel Miracle impose son rouge vif au détriment du coloris fané. Le sombre rose se coiffe de sombreros.  Et si le créateur semble affirmer : « Ne vous fiez pas à ce que je montre et j’écris » il ne faut pas le croire. Ses interventions recèlent une splendeur tranchante. Leur stylet scinde  les vieilles images pour les tatouer de ses chicanes.

 

A la disposition plus ou moins chagrine du pont de Sainte Croix Marcel Miracle offre une traversée incongrue. Tout bascule vers le haut dans une alchimie et un vertige. La cendre vaguement brune trouve sa mutation. Elle arrache de l’emprise morose des temps révolus. Il n’est pas jusqu’aux ondes des eaux en contrebas du pont  de  déborder de puissances latentes. L’artiste-poète en fait jaillir la vie folle et libre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

28/10/2013

La reine Blurb et le réalisme époustouflant d’ « art&fiction » à Lausanne

Soirée "art&fiction", La Datcha, Lausanne, 13 novembre 2013, 18 heures.

 

Fretz.jpgPour saluer et fêter la parution des cinq nouveaux titres de sa collection « Re:Pacific » art&fiction n’a pas fait les choses à moitié. Stéphane Fretz et sa bande ont invité une monarque, clone de Belinda Blurb. Le personnage fut inventé en 1907 par un auteur américain afin de faire entrer le « blurb »  (brève phrase ou slogan figurant sur la couverture ou le bandeau - rouge le plus souvent - d’un livre pour le promouvoir) en littérature.

 

A La Datcha de Lausanne Belinda Blurb (sous les traits de Céline Masson) sera la reine de la soirée et trônera sur un siège souverain créé par Flynn Maria Bergmann un des cinq nouveaux auteurs de la collection « Re:Pacific », poète érotique (mais pas seulement) et graffiteur. Pour l’accompagner tous les membres de la maison d’édition seront là ainsi que le croutsillant groupe Cap'n Crunch et sa fanfare d’acufunkture.

 

Il faudra bien cet onguent de royalisme vaudois pour saluer comme il se doit les drôles d’oiseaux que Stéphane Fretz (Monsieur Loyal) et Marie-Claire Grossen (bibliothécaire) présenteront dans - et en guise de cage -  un ancien Bibliobus de la bibliothèque de Lausanne. Manuel Perrin, Zivo & Jérôme Meizoz, joueront les rois de Thulé qui n’ont jamais capitulé, Marisa Cornejo sera, en Médée, la magicienne qui se plait à faire des siennes et Flynn Maria Bergmann en Ken rilkéen dont l'écriture titille et trouble le puritain.

 

fretz 2.jpgLa soirée s’annonce donc sur les meilleurs hospices. Rouge aux lèvres et noirs aux cils seront de rigueur même si pour les imbéciles cela rend les filles étrangement faciles. Mais pour rentrer dans le théâtre élisabéthain que propose Stéphane Fretz et les siens rien n’est inutile. Ce sera donc là une manière exquise de saluer des livres qui seront un jour des prodiges. La cuvée 2012 l’avait déjà prouvé celle d’aujourd’hui se marie parfaitement avec son aînée. On attend donc les enfants de Plotin qui viendront bénir d’eau de rosse cette marée terrestre de littérature et d’art remplie de talent et d’évasion pour les condamnés que nous sommes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

19/10/2013

Embarquement pour Cythère, géographie nippone de l’Eros

 

invitation Olivier Christinat.jpgOlivier Christinat, « Nouveaux souvenirs, album japonais », EPFL, Rolex Learning Center, Lausanne, du 42 octobre au 24 novembre 2013.

 

Le japon et le génie de son lieu offre à Christinat un cheminement amoureux. Il découvre de nouvelles perfections par différents types de suggestion dont la femme reste souvent l’instigatrice. Que son âme soit tendre ou prosaïque n’est pas le propos. Quoique non allégorique le Japon devient un royaume imaginaire représentant les diverses circonstances d'une intrigue amoureuse. Il devient non la carte mais le pays du tendre. Tendre sur Reconnaissance, Tendre sur Estime, Tendre sur Inclination pour reprendre le schéma de Scudéry.

Loin d’une géographie codifiée Christinat - en nouvel Herminius -  fait des japonaises des Clélie. Il crée la synthèse entre l'amour et la géographie.  Même lorsqu’il est " paysagiste " le photographe cherche  le réseau de relations qui permettent de métamorphoser un paysage en un corps féminin à la  géographie sensuelle très discrète. Mêlant femmes et paysages, la sorcellerie évocatoire des images  de cet « album japonais »  ne peut-être que le pré-texte à la fantasmagorie du lieu. Au monde réel se substitue sa correction.

Surgit un miracle ou un mirage d'un tourisme amoureux. Le Japon devient l'île de Cythère. Les Aphrodite de Tokyo  en a font la réputation puisque, après être nées de l'onde elles en ont émergé. Demeure, comme par avance, la mélancolie du voyage, la précarité de l'amour (l'une servant de miroir à l'autre). L'embarquement pour le Japon n’est pas pour autant une  destination illusoire. Les doux secrets et des fêtes du cœur y semblent possibles par la forte emprise que le pays provoque sur l'imaginaire. Dans une  telle île on rêve de se perdre ou de se retrouver. Il est jouissif d'y abandonner le monde et de troquer l'histoire pour l'Utopie.

 

Jean-Paul Gavard-Perret