gruyeresuisse

21/02/2015

Aperti 2015 : Allegra Biava : la matière et l’ineffable

 

Allegra Biava.jpgAllegra Biava & all. Aperti 9ème édition, 21-22 mars 2O15.

 

 

 

Partant de matériaux basiques qui se modulent ou se délitent, Allegra Biava  commença à créer des objets pour apprendre un poème… Avec de la cire des fromages Babybel, des plumes de pigeons, et des objets de son passé elle réalise des assemblages nommés ironiquement « indigestible portions » en hommage sans doute à la marque au fromage rouge. Elle s’est aussi inspirée  d’un essai de Frances Yates sur l’Art et a planifié des images sur les lignes du « Ash Wednesday » de Elliot. Pour son installation White Light Folded (Lumière blanche pliée) elle a créé un millier de grues en papier : sur chacune fut inscrite une pensée secrète sous cachet. L’artiste travaille désormais sur des créations inspirées par la découverte des grottes Néandertaliennes qu’elle intitule « Intentional Scratching » (grattages prémédités). Puis elle reprend un autre White Light Folded (Einstellung) :  les grues sont pliées mais ensuite dépliées car selon (dit-elle)  une légende : celui qui plie et déplie mille grues en papier verra son vœu exaucé.


 

 

 

 

 

 

 

aperti.jpgL’artiste joue autant sur le voile, le pli, le clair-obscur, bref sur le caché, que sur  le déballage. Ce dernier n’est pas pour autant pour elle une panacée. Allegra Biava assigne à son travail d’autres ambitions.  En amont existe  un long ouvrage de préparation.  Puis tout commence - même si la gestation déjà suivait son cours. D’abord de manière brute, « à l’instinct » puis selon un travail d’équilibre jusqu'à ce que l’œuvre tienne dans son outrance concertée, affinée. Une outrance qui ne se laisse pas saisir d’emblée. Chaque oeuvre de l’artiste se mérite. Il faut apprendre à y entrer. L’œil d’abord rebondit avant de pouvoir la pénétrer.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

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19/02/2015

L’Année Gfeller : exil de l’exil

 Gfeller.pngCatherine Gfeller, Zentrum Paul Klee,  Berne, Février 2015 - Janvier 2016.

 

 

 

Le Zentrum Paul Klee à Bern invite Catherine Gfeller pendant toute l'année 2015. Elle réalisera une douzaine d'interventions en un dialogue avec l’art de Paul Klee - mais pas seulement - et dans des  endroits  plus ou moins invraisemblables. Elle passera de l'installation à la performance, de la photographie, la vidéo et la poésie. Se succèderont : « Ville de rêves » (photographie dans le cadre de « Klee à Berne », puis Ville en fugues » (vidéo), « Secret du sac à main » (autre vidéo mais ici dans l’antre de l’âme), « une filmeuse au ZPK » (installation dans des toilettes…), « Anfang eines gedichtes » (sets de table), « Make a movie with the artist », « le festival des post-it » (installation participative), « artiste en plein travail » (performance), « Voyage au pays de la meilleure connaissance ». Par la diversité de ses approches l’artiste va poursuivre  une œuvre unique qui reste aussi un projet de vie (un peu à la manière d’une Sophie Calle ou d’une Orlan, mais selon d’autres stratégies). L’artiste permet d’éprouver et de vivre tout lieu de manière intempestive. Elle les découpe en  "multipartitas" : l’œil du spectateur s’y égare plus qu’il ne s’en empare.

 

Gfeller 2.pngDans chaque projet une structure « architecturale » porte le réel à des résonances  imprévues. Fixité et univocité y sont  remises en cause. Catherine Gfeller donne au réel une beauté « hors cadres », « hors lieux » qui n’a jamais  rien de trivial. Elle accorde une âme aux êtres et aux lieux qui semblent l’avoir perdue et le tout avec une constante ironie. Pris en défaut de toute certitude, chaque projet explore le réel dans un écart vital et fragile, une présence complexe au sein de  montages qui le sont tout autant. La vie se réinvente en chaque lieu ou projet. La vie se « réimage » en histoires ou destins loin de tout lyrisme mais avec âpreté qui invite toutefois à la rêverie dans une grammaire topo-graphique où les échelles de mesure, les unités métriques sont distanciées dans divers « rapports de position » miniaturisés ou agrandis qui arrache à l’art toute puissance de langage totalitaire par sa fonction de relation. Exil de l’exil de telles œuvres apprennent que les os sont le squelette de l’air, les mots sa chair. Si bien que la question se pose : de quel air sommes-nous faits ?

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16/02/2015

Carol Bailly : Légendes et présences

 

 

 

 

Bailly 2.jpgEn bonne fée la Lausannoise Carol Bailly propose le plaisir de songes agréables.  Ses princesses ont besoin de bruissements. Mais l’’horizon ne leur est plus nécessaire. A coups de graffiti, de croquis et de structures chers à l’artiste surgissent leurs trajets et  contre trajets, l’histoire de leurs histoires plus ou moins tordues. Existent l’immense et l’intime, le ferme et le fluctuant, le furtif et évident. Couleurs acidulées, fins tracés et faufilés de cousette, architecture de déliés, espaces interposées : tout devient frontière fragile. Se créent un maillage et un charivari où les personnages sont des sentinelles immobiles mais égarées. 

 

 

 

Bailly.jpgTout retient et grésille.  Un monde est réincarné de façon qu’on puisse le voir et l’aimer. S’y absorbe sa fugacité cyprine, dessus, dessous, sur les côtés soufflés d’une mouvance contagieuse.  Carol Bailly sonorise l’air et les éléments qu’elle déconstruit. Les femmes montent subrepticement selon une énergie légère. Restent entre d'étranges meurtrières (douces) bien des châteaux en Espagne - même lorsqu'ils sont valaisans. Personne d’autres que de tels personnages pour innocenter les songes. Minuit dépassé ils déroulent les draps de leurs Princesses, passent sur leur nuque, les emportent dans le chas et le tourbillon de leur rêve où chaque pensée est brûlure.  Et soudain au milieu de leurs propres songes elles dérivent sur le Léman. Une voix d’enfance se rappelle à elles tandis que sur leur table de chevet veille encore la lampe du soir.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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