gruyeresuisse

11/01/2015

Thomas Hauri : biffures, sutures et actualité

 

Hauri.jpgThomas Hauri, Galerie Forma, Lausanne à parir du 15 janvier 2015.

 

L’œuvre de Thomas Hauri possède le mérite entier de retourner le texte contre l’image et l’image contre le texte. S’inscrit un jeu « d’écriture » dans le théâtre renversé de tous les systèmes de représentation et de lecture. Leur pouvoir est remis en cause par le plaisir et l’outrage accomplis et répétés par l’artiste. Le caviardage régente ironiquement une nouvelle évidence en des éléments d’architecture de l’image. Ils deviennent des prélèvements reconstitués sous forme de bondage et  les constituants fondamentaux qui font prendre conscience à la fois des limites de tout discours et de la richesse de l’image. Les caviardages du créateur créent la lumière par leurs  ombres portées selon des architectures moins austères et « vides » qu’il n’y paraît. Thomas Hauri prouve une fois de plus que l’image vaut des milliers de mots. Actualité aidant, ceux qui sont morts pour elle le rappellent aussi.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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09/01/2015

Les cérémonies blanches de Patricia Glave

 

 

 

 

 

Glave 2.jpgPatricia Glave offre une série d’images christiques. Elles renvoient toutefois  plus aux images de la mère qu’à celles des pères créateurs. C’est dans les formes rondes que se cercle l’humanité sans pour autant que la figuration humaine préside à la destinée de son travail. La bâloise installée à Lausanne n’a pas pour l’homme les yeux de Chimène. Et dans une certaine froideur le désastre du monde reste évoqué loin de tout pathos. Souvent par la blancheur de ses images l’artiste tente de le laver à grande eau en jouant sur la finesse allusive. L’œuvre est subtile, de son mouvement à la fois étouffant et léger surgit un culte particulier. Il porte sur la nuit (supposée) de la féminité une étrange lumière froide mais pénétrante  qui donne  à chaque image sa vibration. Patricia Glave atteint une intensité de création qui précéderait l'aurore du langage, comme si le rond (même chargé d’épines)  pouvait enfin échapper à la prise. Ne jouant jamais  l'enchanteresse en sa  théâtralité de sortilèges infimes la créatrice installe un univers neuf en revisitant des symboles. Celui-là finit par imposer en son horizon mystérieux et sidère. Il fait basculer les hagiographies votives en brisant les ascensions surfaites par une simplicité magnétique et un profond amour de la vie mais qui rappellent ce qui vient la tuer. Apparaissent aussi une intimité touchante  et  la raillerie profonde d'un monde que l’artiste traite à coup de "vanitatum vanitatis" dont elle multiplie les échos. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

05/01/2015

Les pistes multiples de Rudy Decelière

Decelière 2.jpgRudy Decelière par ses films, sons, installations et création d’images fixes en petits formats ou grands pans crée une confrontation avec l’espace. Il faut du temps pour appréhender de telles propositions. Elles imposent une confrontation communicante à longue haleine.  Ceux qui trouvent de mauvaises raisons de ne pas s’arrêter ratent des séries de variations. Chaque œuvre tient le regard en respect et le fait avancer par l’invention d’une « visualité »  ou d’une « choséité » qui ne s’adresse pas seulement à la curiosité du visible,  mais convoque tous les sens. Des petites pièces surgissent un rut enfantin, un égrainement horizontal de figurines et une onction de salves où la mer semble avancer. Des pans de murs provoquent d’autres embarquements dont la destination pourrait être Cythère. S’y distinguent des seins  qui éblouissent de leurs lumignons dont ils sont bâtis. Les formes dansent comme diluées dans l’espace mais au même moment elles provoquent une compacité. Elle peut donner au spectateur l’impression d’être soumis à une sorte d’immanence d’un état de rêve éveillé.


Decelière.jpgLa matière à voir se transforme, passe de l’abstraction au figural selon divers types d’évidences lumineuses mais décalées. Si bien que chaque « pièce » semble un objet jamais atteint et qui échappe comme dotée de la puissance des choses insues. Rudy Decelière  renvoie à une luminosité et une obscurité essentielle. Elle est  le lieu d’un rite de passage où tout s’inverse et dans lequel le son n’est pas oublié. Il vibre à des cadences légèrement  décalées comme si ses visages  étaient d’aléatoires questions de fréquences et  débits.  Le regard tombe pour se dissoudre comme dans un brouillard de vif argent.  L’art devient une figure du monde dans la partie qu’il  joue avec lui.  Il est aussi la fable du lieu où nous rêvons peut-être de glisser afin de briser notre façon de voir, d’entendre et de penser. Chaque regardeur peut éprouver de nouvelles  sensations : marcher, regarder, sentir le corps séparé du reste du monde comme un adolescent qui « conjugue » un étrange bonheur sans justification.

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

 

 

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