gruyeresuisse

15/06/2014

Isabelle Ménéan et les oiseaux de sang

 

 

Menean.jpgIsabelle Ménéan Galerie FORMA, Lausanne.

 

Entre les oiseaux et le cœur ulcéré il n'y a qu'un pas. Isabelle Menéan parfois le franchit. Ses tendres volatiles ont quitté les clochers, les poteaux électriques et les branches. Ils témoignent de la vie et de sa douleur dans leur rouge sombre dont témoigne leur chair vivant. Elle devient cri - plus que chant - de présences innocentes mais presque calcinées. Une certaine brûlure reste sous-jacente là où les oiseaux semblent à la fois dans et hors du temps.

 

Chaque aquarelle est une sentinelle vive, immobile, égarée ou en fuite. Symboles de l'intimité déchirée ses oiseaux deviennent des cœurs bafoués aux larmes retenues et métamorphosées au sein de paysages incertains et à peine esquissés. Tout bascule ou monte là où les volatiles - par delà  ce qui grésillent en eux de noir et de rouge  - attendent une résurrection ou  que la vie résiste au temps  - malgré eux ?


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Ils permettent à la créatrice de toucher aux racines de l'être et à son existence dévastée, reconstruite entre l'extase et l'anéantissement, entre l'ici et l'ailleurs. Il ne faut chercher de salut, un dernier refuge mais le savoir ultime. L’aquarelle sombre devient le tourment charnel qui désosse ou déplume mais ne se dérobe jamais.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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11/06/2014

Les bouquets piégés de Florence Aellen

 

 

 

Aellen 2.jpgFlorence Aellen, Galerie Forma, Lausanne

 

 

 

L’œuvre de Florence Aellen pourrait sembler un art apollinien de la discrétion si ne surgissait pas ce qui demeure sinon caché du moins enveloppé dans le gracile de symétries. L’évidence aérienne et florale ne cesse d’être contrariée de présences intempestives et macabres. Si l’œuvre se couture de motifs poétiques sa créatrice les habille d’autres réalités qui viennent les troubler et les éloigner de l’effet premier et attendu. La créatrice déjoue les simulacres. Sous leur dépouillement  classique d’une peinture de genre « à l’anglaise » elle bouleverse la beauté du motif tout en lui conservent sa séduction. Elle oblige la rigidité du motif à se plier vers de nouvelles perspectives. Le regardeur pense s’émerveiller là où le réel et le rêve pourraient s’accorder dans un face à face ou plutôt un accord. Mais l’artiste provoque une mise à jour sous un angle sensoriel inédit : thanatos se rappelle à l’existence en se faisant presque ellipse et vanité. Il s’ancre en morceau de squelette comme symbole et résonnance d’un ailleurs qui s’insurge contre les sources perdues de la mémoire et du rêve.


Aellen portrait.jpgExiste soudain une terrible évidence du dessin. Derrière la constellation d’éléments en attente mais sereins l’instant semblait possédé par son propre désir. Mais les éléments osseux le renvoient à l’abîme. Les diamants sertis des fleurs et insectes en ordre parfait face aux laideurs du monde ne sont plus éternels : ils deviennent le fard des illusions prêtes à trahir au moindre courant d’air. Sans y toucher la poésie florale de Florence Aellen est donc le plus subtil et pertinent exercice de lucidité devant l’hémorragie existentielle. Ronsard lui-même peut aller se rhabiller.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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10/06/2014

Isabelle Schiper : états (incertains) du monde

 

Schiper.jpgIsabelle Schiper, « restons groupés », du 13 juin au 16 septembre, galerie Kissthedesign, Lausanne.

 

La galerie Kissthedesign expose l’œuvre d’Isabelle Schiper pour la troisième fois. « Restons groupés » regroupe ses derniers dessins inédits ainsi qu’une sélection de ceux publiés dans « The Drawer vol. 6 » aux Presses du réel (2014). Les œuvres puisent dans le quotidien mais le supasse de manière critique par la richesse d’un imaginaire qui s’éloigne du calque pour en retenir ce qu’il a de diffus, précaire, fuyant, insaisissable. S’y retrouvent les thématiques chères à l’artiste qui  vit et travaille à Lausanne et à Vevey où elle enseigne les arts visuels à l’école supérieure des arts appliqués. Le regardeur découvre ce qui ailleurs demeure secret. Montagnes en lévitation, fumées, pièces industrielles, flots, implosions, chevelures créent des narrations intempestives morcelées faussement inachevées et conjuguées entre  rigueur et un certain délire. Il sort de la réalité ambiante pour mieux y revenir par des traits plus nus de n’être pas des sentences mais des avancées dont le résultat reste en suspens.

 

Isabelle-Schiper.jpgLe dessin s’empare des indices du monde tel qu’il est pour le prendre en traître plutôt que le flatter. Il sort de ses remparts et devient un théâtre d’élection comme de déjection en une mythologie faite de lumière claire ou souillée. Les traits et leurs écumes créent des ouvertures si bien que le réel semble essoré, dépecé et errant. Ses carapaces qui nous écrasent se retrouvent en suspension selon diverses incidences. Exempt de tout procédé le dessin avance avec une prudence ironique, un ménagement envers la réalité qu’Isabelle Schiper secoue en faiseuses de miracles (austères juste ce qu’il faut) ? Demeure un mélange de caresse et de violence qui ne va pas sans connivence et parfois tendre complicité là où surgissent quelques arpents de couleurs. Tout balance entre figuration et abstraction, ordre et chaos, paradis et enfer. Présence humaine et force de la nature se retrouvent en conflagration par floculations. « L’inachevé » appelle une totalité soit redoutable, soit à reconquérir avec des limites à garder entre l’ardeur des canicules et le vent froid des hivers rigoureux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

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