gruyeresuisse

19/09/2014

Les stripteases de David Curchod

 

 

 

 

 

Curchod.jpgDavid Curchod,  "Derrière ce masque", 19 septembre -

6 décembre, Kissthedesign, Lausanne

 

 

 

David Curchod réinvente une technique ou un genre typiquement suisse (et qui attend un historien) : le papier découpé. Tout y est précis, raffiné, drôle (parfois voire souvent) et poétique mais pourtant violent. Le créateur ne fait pas dans le mièvre, le tendre ou la décoration. Il alimente l’histoire de l’art par effet de plis et coupures Tout sent le souffre mais de manière subtile. Et non sans une beauté. Celle qui fait qu’un porte-jarretelle est plus excitant qu’une culotte mercerisée (même sous la bure d’un moine  diront les iconoclastes).

 

 

 

C.jpgCurchod en n’est pas un : il fait mieux. Loin de toute idéologie - ce shampooing désodorisant pour intellectuels -  il élève la matière papier au rang de langue. Les feuilles ne sont plus sagement rangées ou empilées. Elles ne sont plus des supports. Par leurs tailles douces ou dures, effets de surfaces et reliefs créent des ombres et des lumières. Certes parfois l’artiste couvre ces incisions de mots : mais ceux-là ne distraient jamais d’une connaissance qui les dépasse. Une disponibilité entière saisit. Les coupures font que tout est en place mais rien ne semble habiter pleinement l’espace. Il existe une pente invisible et douce, un glissement qui entraîne à reculons dans la matière. Tout prend relief. L’image « classique » semble quitter ses vêtements, elle propose  un strip-tease trouble, fécond. Pour une fois le voyeur découvre non ce qu’il attend mais  une poétique où la matière elle-même devient chair.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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18/09/2014

Tamara de Wehr et les fables du réel

 

 

Weir bon.jpgAu moment où tant d’artistes font de l’art un Disneyland pour vieux Tamara de Wehr le transforme. Elle introduit le doute dans notre rapport à la réalité en multipliant les techniques. Sans l’esprit de remettre toute représentation en question chacune d’elles développe une narration intempestive. Le dadaïsme y retrouve belle allure comme dans ses tombeaux de guitares héros où l’instrument se réduit à une pelle. De manière ludique le monde et ses mythes en prennent pour leur grade. Réaliste (sous forme de maquette) ou épurée (en plans d’architecture où les masses se décomposent) chaque création de Tamara de Weir devient une trace d’aurore ou de crépuscule à la recherche livrée une forme errance.

 

 

Weir.jpgJamais répétitives les œuvres sont créées afin d’offrir de nouveaux angles de vision autant avec humour que par précision minutieuse. Un mal de gorge peut finir en pendaison. L'illusion est assumée, elle fait son chemin. Contre l'entêtement du réel répond celui de l’art et son mouvement panique là où pourtant rien ne semble bouger. Le monde tient hors contexte dans les dessins mais non comme pur spectacle. Figures, objets, paysages urbains, éléments géométriques sont isolés de tout décor et gardent leur autonomie afin de provoquer une réflexion sur le réel : reste son sillage et non sa barque. Peut-être a-t-elle sombré.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:54 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

15/09/2014

Jean Scheurer : quand l'abstraction crée la lumière

 

 

 

 

 

Scheurer.jpgJean Scheurer, « Peinture, peintures », Musée Jurassien des Arts, Moutier, du 20 septembre au 30 novembre 2014.

 

 

 

 

 

Jean Scheurer construit un espace bouleversant : ses œuvres récentes (toiles et œuvres sur papier) illustrent comment et combien les teintes (grises et orangées en alternances et selon divers types de rythmes) convulsent ou creusent  la surface plate du support dans des séries de variations subtiles. Celui qui dès les années 60 fut un maître de l’abstraction (et qui membre fondateur d’  « Impact » ouvrit Lausanne à l’art le plus contemporain) lui donne une  subjectivité particulière. Si le « sujet » de la peinture reste abstrait dans ses formes géométriques il raconte néanmoins une histoire. Celle de formes et donc celle de la peinture elle-même. Plutôt que de pencher vers le "conceptuel" l’abstraction provoque le réveil de la perception et soulève la peinture. Scheurer impose une confrontation  à la toile et à la matière qui la recouvre. D'où l'intensité de sa peinture. Ni d'idées (propagande pour faire simple) ni que d'idée (par défaut d'imaginaire) l’œuvre reste la recherche et l’élaboration d'une nouvelle forme d'expression  et d’une nouvelle modalité de vision face à la manière souvent confortable et simpliste d'évacuer la question centrale de la Cosa Mentale picturale. C’est pourquoi l’œuvre contraste avec bien des mièvreries postmodernes. A  ceux dont l'objectif demeure l'interdiction à la peinture de s'accomplir, l'artiste offre le plus cinglant démenti.  

 

 

 

Scheurer 2.pngLa forme "collante" de la peinture joue  de relâchements, de rétentions et de tensions. Scheurer reste un grand technicien mais pas un mécanicien de l'art : lignes et couleurs  servent à jouer contre l'excès, à accepter de ne pas l'outrepasser. Car dans l'excès il y a plus que de l'excessif : de l'excédent. Il ne sert à rien sinon à saturer. Par la triple contrainte : celle de la toile elle-même (qui impose par chacun de ses formats une trame particulière), celle de la matière et de ses pigments et enfin celle d'une nécessité " interne " de l'artiste, Scheurer reste un croyant à la peinture. Elle vit sa propre existence par le sensible des formes et des couleurs  dans une zone de mystère où l’obscur crée le jeu de la lumière. La fluidité invente des passages du plus clair au plus foncé. Par effet de monochromie ou de bichromie alternée une recomposition du monde surgit en  des nuits lisses et brillantes comme des ardoises.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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