gruyeresuisse

19/07/2014

Cathia Rocha énigme et ouverture

 

 

 

Rocha Catia.jpgLe dessin emporte sa créatrice : devant lui elle semble sans but déterminé et juste avec cette donnée obscure : à savoir que le dessin se crée en avançant, se soustrait dès qu’il s’offre, se promet à la dérobade jusque au moment où s’accomplissent à la fois son lieu et son non-lieu. L’artiste s’y accroche tenant toujours dans son geste quelque chose en réserve. Il ne faut pas voir là une quelconque prudence mais une forme d’attente où dans un dernier trait surgit le désir mélancolique appelé à préserver de toute nostalgie.

 

 

 

Soudain le regardeur quitte la pensée, tente désespérément l’interprétation du mystère. Mais le dessin reste absolument revêche à la prise. Il demeure autre et aguicheur dans l’énigme qu’il recèle faisant de ses tours et détours la tentation même. Nous entrons dans l’apesanteur de l’incertitude. Tout pourtant semble complet dans un avènement « rond » que nulle formulation ne pourrait enfermer. Oubli et souvenir semblent aller de pair. L’oubli n’efface plus la possibilité d’oublier tout en refusant l’absence. La présence devient à ce titre un évènement sans réponse, elle demeure cachée à l’abri de notre souvenir « reconnaissant ».

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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17/07/2014

Claudia Fellmer ce que le réel ne dit pas

 

 

 

Fellmer 2.jpgCe que le réel ne montre pas en son si long présent et  son insistant et paradoxal avenir Claudia Fellmer le déplie, l’arrache.  Quoi de mieux en effet que l’art repris et reconfiguré pour mettre en scène ce que les apparences cachent ? Dans les blancs des territoires, dans la jungle végétale loin de tout folklore l’artiste perfore  les trous de silence du paysage parce qu’elle a souvent  l’impression de vivre à découvert sur le néant en complice du destin qui s’impose à elle come aux autres. Elle sait tirer de la nappe d’un champ de graminées sous l'entonnoir de la lune une onde visuelle. La photographie devient l'espace poétique qui s'étend en soi-même comme sans le monde. Le tout sans le besoin de la hauteur d'horizons lointains. Le monde se transfigure tout en évitant la traîtrise de la métaphore. C’est donc parfois blanc sur blanc que l’image devient  comme chez Malevitch l’image de l’image,  le silence du silence.

 

Fellmer sa photo.jpgChaque œuvre instaure un acte de naissance avec un peu de mythe en lui. L’artiste en reste la mère en relevant des états dans la profondeur du temps. Celui-ci n’est pas (comme chez Duras) l’absolu passé de la mélancolie puisque Claudia Fellmer sublime l’impossibilité du mot en désertant son désert et en le faisant exister dans le hors, le trou d'attente et d'atteinte. En conséquence même si comme dans une chanson (dont la Vaudoise doit sans doute renier avec raison l'emphase)  "Avec le temps va tout s'en va ", demeure la puissance d’images qui parfois hésitent mais se redressent « avec ratures et béances ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16/07/2014

La mécanique identitaire selon Nicole Murmann

 

 

 

murmann.jpgDans un premier temps de son approche la Lausannoise Nicole Murmann se consacra à des lectures hybrides (ouvrages de philosophie, d’anthropologie, de sociologie, de théories artistiques et littéraires)  du genre, romans, poésie....)  puis choisissant un médium adéquat au projet artistique retenu grâce à ses lecture, le corps (celui de l’artiste ou de tiers)  devenait partie intégrante de ses œuvres (dessins,  performances). Désormais elle élargit son registre et explore d’autres techniques dont l‘écriture. Construisant divers types de « puzzles » en mêlant identité et langage elle y insère des faits violents tout en proscrivant l’obscénité naturaliste. Ces imbrications hybrides tentent de créer une unité afin de donner à chaque problématique abordée une réponse loin de toute affectivité de bazar.

 

murmann 2.jpgLes thèmes sont engendrés sur des figures humaines assez souvent féminines pour atteindre une fluidité extrême dans un monde imaginé et imaginaire. L'artiste propose  des « lieux » pour perdre l'espace et d'une certaine manière le réfuter, en renverser toutes les coordonnées usuelles. Nicole Murmann fait le forcing afin de remonter à l'origine du trauma existentiel qui signe le sacrifice à l'identité. Surgissent de nouvelles voies afin que le passé renaisse débarrassé de ses miasmes. Dans une ère du soupçon l'artiste propose donc que  la réalité chavire mais elle s'engage tout autant à sa reconstruction. Elle l’opère sur le mode de la transposition dans une discontinuité de rêves, d'apparitions, de visions qui échappent de plus en plus au diktat de l'anthropomorphisme réaliste. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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