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24/07/2014

Catherine Liechti : vertiges des images

 

 

 

Liechti.jpgDans l’œuvre du Catherine Liechti s’émettent la volonté d'un achèvement impossible et la puissance de contrecarrer la disparition d’une existence profonde.  Générée par une peinture au lyrisme discret qui à la fois détruit les apparences (par l’aquarelle) et offre un certain effet miroir expressionniste par le sous verre une germination prolifère par l’accumulation d’images sourdes. Peu importe que l'artiste donne ou non à ces objets le sens d'une liaison, d'une assise. Il s’agit  surtout de créer par l’anodin un paradoxal changement de décor entre le cristal et la fumée, l'ordre et le désordre.

 

 

 

Liechti portrait.jpgLe mot “ risque ” se glisse discrètement en de telles images. Elles deviennent le lieu naturel d’exploration du silence, de l’émotion, du recueillement. Chaque élément ou chaque ensemble propose une muraille d’énigmes volontairement soustraits au monde tel qu’il est. L’intime s’infuse sans le moindre voyeurisme ou exhibition. Contre la confusion des apparences l'artiste offre des structures  selon des approches qui  illustrent  la sensation d'étrangeté et d'approximation d’un certain vide bouddhiste. L’œuvre devient l'injonction esthétique la plus éloignée des arpèges de crooners plastiques qui  bradent et soldent la peinture. L'artiste en balaie la poussière par ses ellipses et laps. Son univers devient un partout et un nulle part. Peu à peu la vie exulte  au milieu des impossibles et au sein d'une sorte de vertige.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

23/07/2014

Celle qui aime Buvette et Verveine : interview de Myriam Ziehli

 

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Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Une chanson de Rihanna.

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Je vais vendre des fleurs au marché en automne. 

 

A quoi avez-vous renoncé ? Rien, au fric peut être.

 

D’où venez-vous ? Ma mère est allemande mon père suisse et je suis née à Morges. 

 

Qu'avez-vous reçu en dot ? de la part de qui ?

 

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Une carrière chez Nespresso.

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? En ce moment, un thé vert japonais, maojian impérial.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Aucun artiste ne se ressemble vraiment.

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Vers 11 ans, à l'école on a du recopié des tableaux pour une exposition il y avait les tournesols de Van Gogh et un portrait de Jawlensky. Ça a été une de mes premières expériences esthétiques. 

 

Et votre première lecture ? Je crois que c'était « Le médecin malgré lui » de Molière. 

 

Comment pourriez-vous définir votre travail sur le noir et ses lumières ? J'avais plusieurs idées en tête en même temps: d'abord cette histoire de fin du monde en décembre 2012. Et je me sentais très oppressée par toutes ces informations, le fait que l'on sache tout et rien en même temps. J'aime beaucoup l'idée de Brecht sur l'image et les hiéroglyphes (les images sont comme des hiéroglyphes, si l'on n’a pas le code, il est difficile de le lire.) Et finalement, je tente toujours d'expérimenter avec le papier ou le dispositif photographique. 

 

Donc toutes ces idées ensemble ont donné ce travail. L'effet concave, c'est pour donner envie de se rapprocher et pour tenter d'amplifier les réflexions de la lumière sur l'image. Il y a un effet presque de cendre, finalement une image de presse c'est comme une cendre.

 

 

 

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Quelles musiques écoutez-vous ? Il y a deux artistes solo de la Riviera que j'aime beaucoup: Buvette et Verveine. 

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? Je n'ai jamais relu un livre, je ne suis pas une grande lectrice.

 

Quel film vous fait pleurer ? Dernièrement un film qui s'appelle « La Pirogue » de Moussa Toure.

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Moi-même.

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Bruno Latour

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Andermatt 

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Difficile à dire, je me rends compte à quel point on est obligé de tout le temps se référencer et en ce moment j'ai envie de l'exact opposé. J'ai plein d'artistes dont j'admire le travail mais j'ai de la peine à dire que je me sens proche d'eux. Ces temps, je suis en admiration devant le livre « Phénotype » de Jochen Lempert, un photographe allemand.

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Un cochon d'inde. 

 

Que défendez-vous ? La solidarité

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Je préfère Woody Allen. 

 

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Je suis une inconditionnelle, je crois que j'ai regardé tous ses films.

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? ça va ?

 

 

 

Réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, juillet 2014.

 

 

 

 

 

Nathalie Delhaye tueuse d'égo et d'évidences

 

 

 

 

Delhaye.jpgNathalie Delhaye répond parfaitement et par antithèse à la définition d’un certain art actuel selon Jim Harrison dans "Nageur de rivière" : « Historiquement l’art n’a pas besoin d’inclure les maniques au point de croix ou les pots en macramé. La thérapie du hobby prend vite la poussière. Essayer d’enseigner la créativité est la principale arnaque de notre époque avec la guerre en Irak et la chirurgie esthétique » (p 63). Loin d’une telle escroquerie la sculptrice  extrait de la matière une chair idéale, presque "pure" en ses formes. Elle va de l'avant et échappe à la simple analogie ou correspondance à un référent réel. Nathalie Delhaye nie l'illusion du réel ou du concept par coupes franches là ou l'Idée rejoint le concret.  La présence devient un point de vertige. Il dégage le regard de l'étau physique. Au sein de formes minimalistes et abstraites l’œuvre de la sculptrice dépend d’abord d’un chemin intérieur. C’est comme si des parcours virtuels se superposaient à celui du réel. "L’enveloppe" implique une intériorité qui métamorphose le monde en rendant sensible une présence et une nudité  qui se projettent sur le futur.

 

 

 

Delhaye 2.jpgLes formes parfois apaisent dans leurs cercles parfois elles se dressent vers l'inconnu. Un récit se défait  pour séparer l'être du réel au profit d'extases nues. Face à une culture du néant la Vaudoise arrache l'art de son  côté déceptif. Au cœur des interrogations du temps elle atteint une part de désir où la béance de l'indicible garde tout son sens en tuant tout égo. Surgissent l’effervescente beauté et l'intensité de formes recherchées pour leurs forces particulières créatrices d’éveil. La sculpture sort de l'état de  simple gaine,  fourreau ou étui, elle redevient un signe qui échappe à la seule fonction  de communication et de référence afin d’atteindre une fonction supérieure : ouvrir l’imaginaire en latence par celui que Nathalie Delahaye remet en jeu.

 


 

Jean-Paul Gavard-Perret.