gruyeresuisse

29/07/2014

Selon Emile Barret un lent pion n’est pas une lumière

 

 

 

Barret.jpgAncien élève de l’ECAL Emile Barret flirte avec les formes mais ne les épouse jamais. Il propose une œuvre protéiforme aussi macabre que drôle. Le kitsch y fait prospère en yop la ! et en boum ! Parfois il est poétique et enfantin. Parfois radicalement gore. C’est un ravissement pour l’esprit et pour l’œil pour peu que le premier ne soit pas bégueule et  le second coincé. Barret nous amuse mais il va bien au-delà. Il laisse derrière lui la trop simple et franche rigolade. Certes difficile de ne pas voir en ces repas de famille (sous couvert de Sagrada Familia) des territoires de bandes dessinées plus ou moins apocalyptiques où il n’est pas question d’effeuiller la Marguerite (Duras ou Yourcenar). Chez lui l’épique nique la mère veilleuse et fait d’un assassin en herbe un chat  foin.

 

Barret 2.jpgCe Tintin devient donc tonton flingueur. Il se plait à tisser du mauvais coton de toutes les couleurs. Pour river le clou au bon goût, il propose un érotisme partouzard mais seulement avec des mannequins de cire. Néanmoins nulle mousson ne peut l’arrêter. Entre flaque et ciel de lit de vin, armé d’un sexe temps pour marin d’eau douce il peaufine la saucée de klaxons optiques et de canards laquées toxiques sous d’étranges factures. Chez lui mains et jambes ne sont jamais cadenassées. Pire même : elles tombent d’elles-mêmes et ressemblent à des nouilles géantes. Mas contre vans et marais l’œuvre avance entre les bras du Rhône et ceux de Morphée. Elles fomentent rêves et cauchemars dans des mises en scènes minimalistes ou rococos. Des pétroleuses y fonctionnent à l’huile de ricains. Pour les rejoindre chacun joue des coudes avec calme dans la cohue de divers codes mixées de bric et de broc au milieu de paons d’or et de pères oxydés. Mais on en a cure : grâce à l’artiste le juste ment et le roman tique.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/07/2014

Manon Bellet la pyronaute

 

 

 


 

1_main-copie.jpgManon Bellet est une pyromane d’un genre particulier : parfois le soleil travaille pour elle sur des papiers thermiques, parfois elle stimule le feu pour  que subsiste ce « presque rien » de matière qui par la cendre travaillée jusque par l’air rappelle à l’être le peu qu’il est mais auquel l’art restitue malgré tout de « beaux restes ». Ils sont scénarisées par l’artiste dans un imaginaire particulier : celui de la soustraction, de l’effacement et de la quintessence dans lequel la matière aussi simple que sophistiquée contraint l’artiste à travailler avec un hasard dirigé. Entre énergies dissipées et agrégations ou révélations (en partie aléatoires) les différents dispositifs de la Baloise proposent des processus de « combustion » qui associent les obsessions classiques et les facteurs antinomiquesde vie et de mort dont les forces et les conséquences de leurs dynamiques respectives président à des créations sources d’un monde particulier qui ne sont donc pas seulement les faits de la reine Manon. L’ « action burning » du soleil et de l’artiste forme des épiphanies par un élargissement de la présence au moment même où elle se replie, noircit, se tord sous l’effet de la chaleur. Restent des volutes sourdes et mouvantes néanmoins gouvernées selon des modulations précises.

 

 

 

Manon.jpgDu noyau générateur d’énergie et de lumière du feu, aux nœuds et entrelacs de la matière qu’il tord une entropie a lieu  par alchimie volcanique. Dégradations, délitements, attaques - bref tous les stigmates de l’usure et de la disparition - prennent un autre sens.. Outil de pensée et outil de travail - l’ignition exhibe, dévoile les états successifs et fulgurants. Les brûlis et expositions sur papier thermiques (principes actifs) tissent entrelacs et trames. La perspective offerte devient un ensemble proche à la fois de l’éphémère et de la puissance. Traces sur papiers ou éléments « éclatés » libres de tout châssis  trouvent une puissance qui s’échappe autant du décor que du symbolique dans un chemin de lumière et de « suie ». La force créatrice du feu et sa poussière noire garde la même germination que la semence ou le pollen des fleurs. Mais elle possède aussi une valeur de finitude : Dès lors et sous forme de synthèse, la suie cendrée et les éclats de combustion deviennent les « materiae primae » qui absorbent la lumière sans la restituer vraiment. Manon Bellet évoque par cette stratégie de création l'obscurité des origines, la grande nuit abyssale. Mais elle incarne tout autant la terre fertile et le réceptacle immaculé qui contient les germes de la vie.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Manon Bellet : Galerie Maubert, septembre 2014, Collecting. Umgang mit Sammlungen, Kunsthaus Bâle du 7 aout - 7 septembre 2014, ,Bex & Arts Triennale, EMERGENCES 1er juin - 5 octobre 2014, Art Basel 2014 ( Gallery Gisèle Linder) Musée Jenisch L'onde d'une ombre, Soloshow, ( Part 2), Musée Jenisch Vevey, mars-juin 2014. Risography édition tirée de la série Imageries du hasard, créée spécialement pour l’exposition L'ombre d'une onde au Musée Jenisch  de Vevey par  Erik Kiesewetter, Constance, Nouvelle-Orléans:

 

 


24/07/2014

Catherine Liechti : vertiges des images

 

 

 

Liechti.jpgDans l’œuvre du Catherine Liechti s’émettent la volonté d'un achèvement impossible et la puissance de contrecarrer la disparition d’une existence profonde.  Générée par une peinture au lyrisme discret qui à la fois détruit les apparences (par l’aquarelle) et offre un certain effet miroir expressionniste par le sous verre une germination prolifère par l’accumulation d’images sourdes. Peu importe que l'artiste donne ou non à ces objets le sens d'une liaison, d'une assise. Il s’agit  surtout de créer par l’anodin un paradoxal changement de décor entre le cristal et la fumée, l'ordre et le désordre.

 

 

 

Liechti portrait.jpgLe mot “ risque ” se glisse discrètement en de telles images. Elles deviennent le lieu naturel d’exploration du silence, de l’émotion, du recueillement. Chaque élément ou chaque ensemble propose une muraille d’énigmes volontairement soustraits au monde tel qu’il est. L’intime s’infuse sans le moindre voyeurisme ou exhibition. Contre la confusion des apparences l'artiste offre des structures  selon des approches qui  illustrent  la sensation d'étrangeté et d'approximation d’un certain vide bouddhiste. L’œuvre devient l'injonction esthétique la plus éloignée des arpèges de crooners plastiques qui  bradent et soldent la peinture. L'artiste en balaie la poussière par ses ellipses et laps. Son univers devient un partout et un nulle part. Peu à peu la vie exulte  au milieu des impossibles et au sein d'une sorte de vertige.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret