gruyeresuisse

13/08/2014

Les espaces soufflés de Chloé Fehlmann ou les architectures du chaos

 

 

 

Fehlmann.pngChloé Fehlmann ne duplique jamais du semblable. Elle n’offre pas plus un rituel de la ruine mais une manière de  revisiter l'espace. Dans un imaginaire aérien, blocs, voûtes plus ou moins effondrées, cryptes et galeries souterraines, corridors creusent et développent les volumes aériens par une expression plastique où le vide comme le plein  est corrigé sans le combler de ses habituelles bourres et repères cartographiques. Toute une scénographie traverse le support. Il reconvertit l'espace selon des édifices aux propositions  puissantes mais non violentes.

 

 

 

Fehlamann 2.pngIls  traversent le temps, les cartes et leurs territoires. Le regard y oublie ses repères habituels. Il est absorbé ou attiré par des suites de meurtrières qui sortent par les yeux les racines de nos conduites forcées. Des veines noires jaillissent et segmentent l'espace. Elles deviennent les intermédiaires de la lumière et du souffle. Celui-ci gonfle l’écart entre l'être et le monde. La broderie des formes ressemble à des vols d’oiseaux. Ils traversent le vide et dévorent l’air. Ces envolées en de multiples sens échappent à la terre et offrent un racket figuratif. Il  permet d'échapper au réel comme au néant.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

11/08/2014

Les folles sagesses d’Isabelle Guisan

 

 

 

 

 

 

Guisan.jpgEn attendant - comme chacun - son exécution capitale Isabelle Guisan poursuit une œuvre ouverte sur les autres et le monde en toute discrétion. Libre, aux Pater austères elle préfère les Ave Maria  qui « sonnent » en textes intimes et drôles et en collages des plus fascinants. Ses travaux demeurent l'inverse de la bamboche masculine. Ils permettent d’affronter nos cauchemars et nos fantasmes. Images et textes forgent le vrai  pour exalter l'artifice et garantir des moments parfaitement inutiles où l’œuvre  préserve un sens du concret que la Lausannoise ne confond pas avec celui de la réalité. D’où ces rendez-vous figuraux qui ne sont en rien de vagues aspirations à la rêverie et à l’érotisme. Aux fragrances d’alcôve est préféré le parfum de l’humour par le jeu du collage. Sous ce mode ravageur la créatrice remet en question les narrations sentimentales. Elles brouillent les cartes du tendre loin des salamalecs libidinaux et par différents glissements astucieux et prégnants. Images et textes deviennent les icônes d’un anti-conte de fée. Il fait place à un compte de faits d’un passé révisé hors de l’illusion comme du dédain. Les hommes ne sont plus des avortons planeurs qui s’installent dans la carlingue d’un corps féminin comme des bouddhas sur leur lotus. Ils échouent en off des images au profit de sylphides plus ou moins négligentes de leur destin. Loin d’idéaux à efficacité mécanique, l’art d’Isabelle Guisan  prouve que celui peut  combattre l’indigence  de l’existence et du temps qui passe. Chatouillant sous les branches les saules pleureurs elle les tord de rire en développant des narrations subtiles où la force de gravité fait salon.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

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A travers les miroirs ou les vues de l’esprit – Viginie Otth

 

 

 

 Otth.jpgVirginie Otth, « Blind Shadow »Espace De Andrés-Missirlian, Romainmôtier, 6 juillet - 31 août 2014.

 

 

 

L’œuvre de  Virginie Otth mixte la photographie, l’installation et le film selon divers dispositifs techniques, lumineux scéniques au servive de ce qu’elle nomme  « une métaphysique photographique » où le dehors permet d’atteindre l'intime à travers - par  exemple - des projections photographiques cadrées dans des vitrines aveugles de l’espace d’exposition. Dès lors ce dernier se donne à voir depuis l’extérieur. Le dispositif fascinant et médusant  se limite pourtant à d’étranges « natures mortes » composés d’uns sphères et de plaques de verre. Tout fonctionne sur les jeux de variations lumineuses où à travers une tonalité grise giclent parfois des taches lumineuses. Elles éblouissent ou aveuglent partiellement le regardeur selon divers procédés optiques que l’artiste « fédère » subtilement.

 

otth 3.pngContre tout  pourrissement ou dépérissement par effet de réalisme Virginie Otth ne cherche ni à « romanticiser », ni à déliter le réel. Elle le pousse au-delà du paysage pour le mentaliser en faisant jouer les sensations optiques. Est proposé le saut d’un centre supposé - de l’être, du monde -  vers sa périphérie où se distingue combien les deux sont livrés en dépit de leur volonté à des effets de représentation. Ceux que l'oeuvre engendre cultivent gains et pertes  en divers types de passages et  de « réfléchisssements ». Ils sortent de la pseudo-préservation de la réalité. Il ne s’agit plus de mettre le Mont Fuji sur ses éventails. L’artiste  émonde le décoratif, le dilue vers des seuils de spéculations pour  la levée d’autres horizons. La phosphorescence mystérieuse redessine une architecture mouvante nourrie de clarté  et d’ombre et de « vues de l’esprit ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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