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29/11/2014

Mathias Forbach : aliquids visuels

 

 

 

Vevey Forbach.jpgMathias Forbach, « Suite », (Rats n° 8), Collectif RATS et éditions Tsar, Vevey, 28 pages.

 

 

 

Adepte du dessin et de l’interrogation sur le sens des images Mathias Forbach surprend par ses stratégies plastiques. A un peu plus de trente ans il apparaît déjà comme un talent sûr. Rares sont en effet les jeunes artistes capables à la fois d’une réflexion  sur l’image et d’un sens aigu de l’humour le plus insidieux. Ses célébrations plastiques iconoclastes donnent le jour à des accrochages dont les rictuss des rituels sont éclatés en poétiques qui ne cessent de prendre à revers la représentation du monde et la perception du spectateur ( c’est d’ailleurs souvent le cas autour du colectif « Rats »).  Mais plus que tout autre Mathias Forbach déclassifie les normes par le dynamisme de sa création et son fonctionnement ludique, hors jeux et règles.


 

 

Fiorbach.jpgOn peut appeler cela la métaphysique du réalisme ou le réalisme de l’illusion. Genres, familles s’écroulent afin de faire jaillir des structures sous jacentes mais sans que le créateur ne cherche à les théoriser. Le dessin improvise du provisoire par sauts et gambades contre tous préjugés. D’où une spéléologie du réel, de ses apparences « décimentées » et décimées dans l’espace. Le socle de la réalité disparaît à coup d’intuitions et de démentis. L’extravagance suit son cours dans une expérimentation qui se passe de justifications, de critère causal ou d’existence. L’œuvre devient un essentialisme du réel non par substance mais structure. Au statisme fait place la fluidité pour pervertir les habitudes de voir. Il y a là ce que les philosophes nomment un « aliquid » dynamique selon différents réseaux. Ils retournent les apparences et les nébuleuses classiques des pouvoir de la représentation. L’œuvre de Forbach est à suivre. Absolument.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 


 

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25/11/2014

La Discrète: entretien avec l’artiste lausannoise Sylvie Mermoud

 

 

 

mermoud 3.jpgSylvie Mermoud reste à la recherche d’images rémanentes et obsessionnelles qui rappellent la robe de la mélancolie de Dürer, ses plis dans ses jeux de dévoilement. L’artiste entre complexité et légèreté  fonde une traversée. Arrimée à ses propres ombres et ses lumières elle renverse le jeu classique de la représentation. Toujours aussi discrète elle pénètre l’intime moins par effet de nudité que de voile. Chacune de ses œuvres instaure une communion à la fois lyrique et austère avec son sujet. La canicule des émotions demeure calfeutrée au sein de nimbes  et par la pudeur de ses narrations.

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? La lumière, parfois  le besoin de sortir d’un cauchemar et surtout l’envie que la journée à venir soit belle.

 

 

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Certains se sont réalisés, être artiste : arriver à me plonger dans mon monde intérieur et toujours avoir envie d’exprimer des émotions, à matérialiser un processus de vie. 

 

 

 

A quoi avez-vous renoncé ? A vivre de mon art, à une certaine notoriété.

 

 

 

D’où venez-vous ? D’un village situé dans le bassin lémanique, de parents pour qui l’art est quelque chose d’inutile et de superficiel, au mieux un passe-temps.

 

 

 

Qu'avez-vous reçu en dot ? Une envie de me battre, de la persévérance.

 

 Mermoud.jpg

 

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Une disponibilité pour ma famille.

 

 

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Un repas partagé.

 

 

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Peut-être un  besoin de faire supérieur au besoin de montrer.

 

 

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Une gravure de Rembrandt.

 

 

 

Et votre première lecture ? « Ainsi parla Zarathoustra » de F. Nietsche.

 

 

 

Quelles musiques écoutez-vous ? Schubert, Mahler, Arvo Pärt, Pergolèse, et aussi du jazz, puis  Radiohead, Anthony and the Jonhson, Sophie Hunger etc..

 

 

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? « Crime et châtiment » de Dostoïevski.

 

 

 

Quel film vous fait pleurer ? Il y a très longtemps, je me souviens que « Love Story » m’avait fait pleurer. ( Un grand cliché…)

 

 

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une personne en évolution, en devenir, portant les marques du temps et espérant toujours progresser.

 

 

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? J’écris très peu et n’ai pas cette frustration.

 

 

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Dublin.

 

 

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Rembrandt, Turner, Anish Kapoor, Louise Bourgeois.

 

 

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une année sabbatique.

 

 Mermoud 2.jpg

 

Que défendez-vous ? L’unicité et la richesse de chaque vie, l’universalité et le lien entre différents  mondes.

 

 

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Une générosité ultime, un surpassement de soi désintéressé.

 

 

 

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" C’est une incitation à se dévoiler,

 

 

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Etes-vous cohérente par rapport à vous-même?

 

 

 

Interview réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret le 24 nnovembre 2014.

 

 

 

 

 

 

 

24/11/2014

Raynald Métraux routier de la création

 

 

 

 

Métraux Peverelli.jpgRaynald Métraux, « Plateforme(s) » , 29 novembre 2014 - 1er février 2015, Centre d’Art Contemporain, Yverdon.

 

 

 

 

« Platerforme(s) » met en évidence le travail de Raynald Métraux. Plus qu’un artisan, celui qui est à la fois imprimeur, éditeur et galeriste reste un agent majeur de l’art en Suisse. Emergents ou confirmés les créateurs trouvent auprès de l’homme de l’art celui qui est susceptible de rehausser leur travail. Tel un chef d’orchestre Reynald Métraux met à la disposition de ses « compositeurs » de quoi valoriser leurs dessins et leur destin d’artiste.  Anne Peverelli - à titre d’exemple -  a découvert dans l’atelier un vecteur irremplaçable : quelque soit la qualité du support choisi par la créatrice, l’imprimeur en rehausse le champ et le grain. Le dessin s’anime, réagit parfois en légères ondulations quelles que soient les techniques hétéroclites (crayon, huile, laque, tippex, acrylique, gouache, aquarelle) utilisées par celle qui privilégie la mono-couleur. Metraux.jpgPoints, lignes, plages, réseaux, coulures échappent à la rigueur géométrique et optent pour le chaos organisé selon des déambulations sensuelles. Ce qui est vrai pour l’apport aux œuvres de Claire Peverelli l’est autant pour tous les artistes que le « metteur en scène » invite. Divers mondes s’agitent si bien qu’avec Maïer en Suisse et Maeght en France  Raynald Métraux reste un des rares imprimeurs capables de comprendre les gestes et désirs des artistes. Se tenant à la source de leurs travaux il ne se contente pas de les « reproduire » : il accompagne  l’aventure de leur imaginaire. Il invite par son travail  à suivre du regard leurs divagations les plus folles comme leurs rigueurs précieuses.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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