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07/05/2015

Jean-Luc Godard sur les grèves du Léman : du zéro à l’infini

 

 

 

Godard.jpg« Jean-Luc Godard l’entretien hirsute », revue Sofilm, n° 30, 2015.

 

Les lecteurs de ce blog connaissent le goût de son auteur  pour Jean-Luc Godard. Ce dernier reste non seulement celui qui a révolutionné le cinéma, a créé une avant-garde selon diverses phases - dont certaines ne sont pas encore assimilées -   mais il a transformé le « filmique » en domaine des enchanteurs par la beauté presque instinctive de ses images. Passant en revue toutes les formes d’art et de littérature du surréalisme au situationnisme, de l’abstraction ou pop-art  il a assimilé une pléthore d’influences pour créer un « art magique » en prise directe sur le réel jusqu’à ses dernières oeuvres tournées à Rolle où les journalistes de Sofilm sont venus l’interviewer.Ses réponses sont passionnantes : passant en revue les problème du moment (Charlie, les extrémismes radicaux de  divers obédiences, etc.)  le créateur fait preuve d’un pessimisme raisonné qui le met toujours en soif d’errer avec une indépendance par rapport à ce qui arrive. Il existe de manière sourde  toujours  une révolte créatrice du lumière là où comme il le dit « le zéro peut reprendre vie ».

 

Héritier autant de Debord, d’Arthur Cravan que de Lautréamont ou Artaud celui qui vit désormais en a-parte au bord du Léman demeure un homme touchant, singulier. Enfermé dans un certain silence il recèle en lui images et pensées et reste un homme libre dont on n’a pas shunté les œuvres majeures des deux dernières décennies. Sortir à son sujet les scènes mythiques du « Mépris » fait trop facilement oublier les audaces esthétiques qui ont suivi. L’oeuvre est marquée de continuelles prises de risques sans jamais chercher à provoquer ou « faire spectaculaire ». C’est elle-même qu’elle cherche. Au sein du théâtre du monde et sa mise en abîme. Dans une véritable passion pour la réalisation et l’écriture filmique. En taillant sa route à coup de haches pour ouvrir des portes inconnues sur le réel et le cinéma afin que jusque sur une grève déserte du Léman en hiver une « invisible folie imprime son pied dans le sable humide » (Benjamin Péret).

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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06/05/2015

Nicole Hassler du concept au vernis : les surfaces apaisantes

 

 

 

 

 

 

 

 

Hassler.jpgAlexander Schnell, « Nicole Hassler. Works », art&fiction publications, Lausanne  2015

 

 

 

 

 

 

 

En 2008, la Fondation Louis Moret présenta la première exposition de Nicole Hassler : Ocean Nail Polish. Tout jouait déjà autour de la couleur et la surface. Le cosmétique y avait un rôle important. Pour l’artiste son recouvrement n’est pas simplement esthétisant il fait sens en transformant l’espace de la vision et le mental du regardeur. Travaillée en monocolore (non sans rappeler le purisme de l'avant-garde russe du début du siècle dernier) la matière cosmétique propose la force de son chromatisme et de sa texture.

 

 

 

Fonds de teint, poudres, laques à ongles  sont utilisés  tels quels. Le geste disparaît au profit de la puissance de la couleur « pure ». Il crée une passe entre l’art et l’artifice.  Mais le cosmétique permet aussi à l’artiste une recherche sur l’identité féminine. Pour une de ses exposition elle a observé ses propres pratiques de soins, elle a classé  52 produits en usage dans sa salle de bain et composé une suite de mots latins (non original des produits), d'étiquetages : le produit est identifié non de manière à produire de rêve mais la réalité de la chimie tout en révélant une part de l’identité de la créatrice.

 

 

 

Le rêve pourtant fait retour avec le nom des couleurs : Out of the blue, Strawberry Margarita, Azur for sure sont incorporés tels quels dans des œuvres dont des armoires à pharmacie devenues des supports aux surfaces et donc objet d’art à part entière. Ailleurs avec les Eye Shadows (sur toile) se déploient la  gamme des couleurs :  la présence de la peinture est nue dans une sorte délocalisation de tout lieu puisque la surface est univoque et son format « abstrait ».  Restent le lisse et ce qui s'y cache : surface, rien que surface. Et son exaspération. On peut donc parler d'éclats, de textures. Sans la moindre présence humaine elles donnent de l’artiste un autoportrait sublimé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30/04/2015

Jonas Marguet : dressoirs d’impeccabilité

 

 

 

Marguet 2.jpg Jonas Marguet règne en maître sur le domaine des ombres qu’il rase à sa main ou à ses appareils. Plus que doué le jeune créateur traite commandes marketing et œuvres de créations avec le même soin et la même poésie. Et ce n’est pas un hasard si les marques de luxe font appel à lui. En  chaque objet  il révèle des présences, une poésie  que se révèlent par les clartés furtives qui s’accrochent à la saillie ou à la nervure d’une aile d’acier ou d’un tube d’onyx. Ses photographies prennent les lueurs d’étain de l’aube ou les accents cuivrés du crépuscule. L’artiste donne au rêve prétexte et nourriture. Au rêve mais aussi à la réalité.


Marguet.jpgEntre chien et loup, comme entre la lèvre et le baiser,  le Lausannois tel un Yadwigha masculin déploie ses créations pour que s’engourdissent les sens communs. Pourtant l’artiste n’ignore rien de ce qui en chaque objet ou présence  va connaître l’abandon. Mais il trouve le moyen de réenchanter les choses et les temps. Du réel il  relâche les mailles de la vigilance. La poésie se redresse. Elle plante ses graines telles des fantômes aussi durables que réels. Puis, rentrant chez lui il ira regarder Lost in Translation pour Scarlett et Bill. Mais pour Sofia aussi. Dont il n’est pas si loin.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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