gruyeresuisse

31/08/2014

Catherine Bolle : levées de lumière

 

 

 

Bolle.jpgCaherine Bolle, « Spectrales », Galerie Graf et Scheible, 5 septembre-18 octobre 2014, Bâle

 

L’image est dans l’œuvre de la Lausannoise Catherine Bolle comme la viande saisie l’argile chaude. Elle demeure sans bouger, elle tressaille dans l’immobilité. Tout est clos et pourtant tout éclate selon diverses techniques. Il y a des estuaires, des bras de mer, des monticules  terrestre, l’ensemble en quête de passages selon d’immenses embrasures. L’artiste n’indique jamais clairement les directions : parce que sa peinture lui échappe, parce qu’elle la conduit où rien ne se pense. Tout avance selon un voyage intérieur qui descelle les pliures ou les conserve lorsque cela est indispensable. Une telle œuvre réveille, elle engage en ouvrant des portes et sans donner ce leçons.  Nous « entendons » à travers les « spectrales » une multiplicité de « voix ». Et qu’importe si nous restons sourds. L’œuvre n’attend pas, elle scrute l’indiscernable en ses « recollections », ses pénétrations de la peinture par elle-même. Elle laisse toujours chez l'artiste passer la lumière. Taches rouges, enchevêtrements de bleu, filets de blancs nourrissent  l’image de ressemblances indéchiffrables entre terreur et extase. De fait le monde est là en illuminations intempestives. Par le dessin ou le tracé l’imprévu règne en maître en plan fixe comme en tohu-bohu. Une fois de plus Catherine Bolle s’impose dans ces œuvres inédites comme une artiste majeure capable. Elle est capable de dire la nuit et le jour du monde, le passage du déchet à l’éclat là où dans l’immobile et la furie tout se montre par bribes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

30/08/2014

Voyage autour de la chambre : Antoine Jaccoud & Isabelle Pralong

 

 

 

Pralong.pngAntoine Jaccoud & Isabelle Pralong, « Adelboden », Editions Humus, 2014, exposition des dessins Galerie Humus, Lausanne.

 

 

 

Antoine Jaccoud rappelle tout ce qui tourne autour du sexe faisant abstraction (ou presque) de l’acte lui-même. Plutôt de savoir comment se pétrissent les corps l’auteur et la dessinatrice montrent ce qui se cache derrière, dessous ou à côté. Ils mettent à nu la noblesse ou la médiocrité des adeptes du jeu de piston jusqu’à ce que tout soit très passé - sauf bien sûr l’envie de recommencer. Les fornicateurs sont donc montrés tels qu’ils (et elles). « Môcherons », loustics ou matrones sont excités comme un peuple en lutte par multiplication des mains et swings des valseurs. Tout cela fait de la bonne musique. D’autant que lorsque le cœur est mécanique les marteaux parlent de plus haut.  Gare aux oreilles. Mais il faut de la testostérone et du toupet à l’âme afin de  battre le « faire » pendant qu’il est chaud afin de  forger d’inoxydables plaisirs.

pralong 2.jpgLes deux créateurs prouvent que tout ange descend du singe et qu’il reste facilement trousseur sur banquette arrière de 4 L ou de Coccinelle VW. Et ce qu’importe l’heure et le jour (ou la nuit).  Ce qui tourne autour du sexe promet donc autant de joies, d’erreurs, de vertiges que de vampirismes ou de falbalas. Il suffit que la coupe soit pleine afin de prendre feu et l'eau à la fois. Reste à savoir qui boit la tasse en de merveilleux sous-bois entre des jarres de dentelles et des portes jarretelles. De jeunes cobras y firent naguère bien des pique-niques   Antoine Jaccoud le rappelle. Et Isabelle Pralong le montre. Et qu’importe si ses égéries  prennent du poids et de l'âge. Entre Babyliss et Lysanxia chacune reste prête à compter fleurettes dans des rutabagas. Leur comparse s’en empare sans gants et pincettes  parfois avant de prendre la  poudre d'escampette, parfois afin de peaufiner l’inachevable.  Preuve que le sexe se divise en deux parties.  L’une est pleine des vertus et fleurit au grand jour, l’autre se drape des bassesses. En  mélangeant les deux (ou si l’on préfère le haut et le bas, la sainteté et la souillure) il arrive que les seins deviennent pour la bouche  comme deux boules de glaces. A leur sommet trône une framboise à déguster. Certaines appellent cela  “ faire le crime ”. Tous  viennent pour l'homicide.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/08/2014

Joanna Ingarden-Mouly : la tentation du visible

 

 

 

Ingarden 2.jpgCapter une image c'est à la fois ne plus sortir de soi et ne plus y être En montrant comment cela se fomente, Johanna Ingarden-Mouly avance face à un « corps », une réalité qu'elle invente. Ce « réel » jusque là en déshérence devient celui de plaisir où se perdre. Les glissements de la représentation que fomente l’artiste ne détruisent pas la magie de l'art mais permettent de le retrouver. Une telle transgression ouvre peinture et photographie plus qu'elle ne lui offre un démenti. L’œuvre reste le lieu du mouvement, le lieu où les choses mutent. C'est un des enjeux forts de l’artiste. Elle se confronte à l'ébranlement et au dépassement brutal de ses limites plus par tentation de vie, attraction terrestre que spéculation métaphysique. Contre le sommeil de l'être englué dans les apparences  la Lausannoise réveille en révélant le rapport caché que les signes visuels entretiennent  avec le réel.

 

 

 

Ingarden.jpgSes images ne sont pas faites pour commémorer ni pour rapatrier vers un éden artistique même si la beauté demeure essentielle puisqu’elle ouvre le monde à une profondeur particulière. Joanna Ingarden-Mouly ne réduit jamais ses créations à de petits traités d’archéologie du fugace. Elle sait aussi écarter la tentation du raffiné pour le raffiné en préférant l'épure d'un langage où s’ébrouent les multiples avatars encore non mis à nu de nos désirs , de leur revers et la nostalgie qu’ils nourrissent.  De plus, l'artiste a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable celle qui nous fait face dans le réel comme dans l’illusoire. Elle ne craint jamais que la matière lui manque. La plasticienne fait paradoxalement de la terre  sa force de gravité. C'est sans doute pourquoi ses œuvres creusent par lambeaux et ruines. Ils permettent d’  « exploser » l’âme par les corps afin de rétablir à tous les sens du terme un charme et une harmonie.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

 

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