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22/09/2014

Les "trans" de Sophie Bouvier Auslander

 

 

 

 auslander 2.jpgSophie Bouvier Auslander, «Hotel Ausland », Musée d’art de Pully jusqu’au 23 novembre 2014, et publication,  « Hotel Ausland », (co-édition Infolio / L'APAGE).

 

 

 

Sophie Bouvier Auslander réunit ses travaux sous les mots génériques « Hotel Ausland ». Issu de son nom (Ausland) l’artiste prouve qu’habiter l’espace n’est pas un enfermement : à chaque instant la maison de l’être peut se métamorphoser dans divers espaces géographiques ou imaginaires. Le monde, les choses et l’art bien sûr peut être soumis à des séries de modifications comme le prouve les œuvres de l’artiste et ses techniques. Du littéral trituré gicle une pensée poétique à travers la cohérence défaite. Cela revient à traquer des raisons mystérieuses que la créatrice tente de dégager en remarquant que là où se produit de l'inconnu il suffit d’un peu d’attention et de réflexion pour envisager le perçu suivant de nouvelles occurrences.

 

 

 

auslander 3.jpgAfin d’y parvenir la plasticienne utilise comme matériaux de départs des cartes, des drapeaux, des peintures, des textes. Elle s’en empare pour les déconstruire puis les recomposer par  « la permutation et la combinatoire, la suppression, l’obfuscation et la révélation ». Elle coupe, torche, recouvre : demeurent des restes de divers types d’informations. Leurs manipulations et leurs conversions permettent la co-naissance d’œuvres inédites. Elles deviennent intempestives mais cohérentes. Un inframonde prend la place de celui qui jusque là avait une position centrale. Torchis, filaments, volutes permettent « trans » et transes. A savoir des changements de nature où l’inconscient trouve un moyen de passer. La création commence donc par une « décréation » sous l’effet de fouilles. Suivent de résurgences chuchotées. Elles instaurent par rapport à la réalité des suites de courants alternatifs afin de porter de telles expériences vers une nouvelle écriture  monde.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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20/09/2014

Latifa Echakhch : théâtralité de l’errance

 

 

 

 

latifa 3.jpgLatifa Echakhch : Galerie Eva Pressenhuber, Zurich, Fondation Louis Moret, Martigny, Galerie Kammel Nemmour, Paris. Prochaine exposition : Centre Pompidou (Espace 315) du 8 octobre 2014 au 5 janvier 2015) 

 

 

 

Après avoir vécu au bord du lac du Bourget Latifaz Exhakhch  - par un crochet à Paris pour la création de « La revue de Littérature Générale » - a opté pour le lac Léman. Les étendues lacustres lui réussissent. Elles répondent sans doute à un romantisme auquel apparemment l’artiste tord le coup mais sans lui tourner vraiment le dos. Il résiste au milieu des gravats et des ruines qu’elle met en scène. On rêve - au passage - de ce que Chéreau aurait pu monter avec une telle artiste. Murs et planchers en lambeaux, rideaux de scènes qui décrochent le ciel en s’imprimant dessus sont fascinants. L’œuvre est imprégnée de douleurs multiples (antisémitisme, intégrisme, etc.). Néanmoins celles-ci ne sont présentes que de matière métaphorique. Non que la métaphore cicatrise mais elle donne aux images et leurs débris d’absolu une puissance sidérale et sidérante.

 

 

 

Latifa 2.jpgL’œuvre par ses approches ne rate rien du monde et de ses catastrophes inventées par les hommes. Néanmoins le et les montrer comme la créatrice le fait reste une manière de croire à l’espoir de  renverser l’horreur. La désolation du manque et de l’absence trouve là une intensité rare. La contemplation passe par les résidus, la poussière bref les signes non de la distinction mais de la dépossession. Sous cet aspect minimaliste, « fantômal », réduit à sa plus simple expression l’espace suggère la disparition mais, dans un paroxysme de l’oxymore, il la rend  grandiose. Transgressant les éléments classiques de ce qui « fait » image Latifa Echakhch dégage tout élément anecdotique ou allusif. Moins Méduse que Mélusine elle embarque au dessus de charniers pour en signifier le silence. Mais surtout, par cette vision poétique où renaissent des peurs, le périr n’est plus embarqué dans des trains plombés : reste encore possible une délivrance. L’irréparable ne jouit plus d’une incandescence triomphante. L’œuvre incarne l’être dans son refus d’accepter l’impensable comme possibilité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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19/09/2014

Les stripteases de David Curchod

 

 

 

 

 

Curchod.jpgDavid Curchod,  "Derrière ce masque", 19 septembre -

6 décembre, Kissthedesign, Lausanne

 

 

 

David Curchod réinvente une technique ou un genre typiquement suisse (et qui attend un historien) : le papier découpé. Tout y est précis, raffiné, drôle (parfois voire souvent) et poétique mais pourtant violent. Le créateur ne fait pas dans le mièvre, le tendre ou la décoration. Il alimente l’histoire de l’art par effet de plis et coupures Tout sent le souffre mais de manière subtile. Et non sans une beauté. Celle qui fait qu’un porte-jarretelle est plus excitant qu’une culotte mercerisée (même sous la bure d’un moine  diront les iconoclastes).

 

 

 

C.jpgCurchod en n’est pas un : il fait mieux. Loin de toute idéologie - ce shampooing désodorisant pour intellectuels -  il élève la matière papier au rang de langue. Les feuilles ne sont plus sagement rangées ou empilées. Elles ne sont plus des supports. Par leurs tailles douces ou dures, effets de surfaces et reliefs créent des ombres et des lumières. Certes parfois l’artiste couvre ces incisions de mots : mais ceux-là ne distraient jamais d’une connaissance qui les dépasse. Une disponibilité entière saisit. Les coupures font que tout est en place mais rien ne semble habiter pleinement l’espace. Il existe une pente invisible et douce, un glissement qui entraîne à reculons dans la matière. Tout prend relief. L’image « classique » semble quitter ses vêtements, elle propose  un strip-tease trouble, fécond. Pour une fois le voyeur découvre non ce qu’il attend mais  une poétique où la matière elle-même devient chair.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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