gruyeresuisse

29/11/2014

La longue marche de Nicole Murmann

 


Nurman.jpgBeaucoup de jeunes artistes qui sortent des écoles d’art  sont de plus en plus forts pour chercher du nouveau  seul problème : ils se répètent  et ils semblent tous sortis du même moule. Ce n’est pas le cas de Nicole Murmann et ses « histoires entravées » à la conquête de la féminité. Dans le fin rideau de ses vidéos nul accroc. De la haie de ses dessins se lèvent les fleurs qui tentent de régler la question du féminin. Temps plein, temps mort, pétales sous l’averse des mots que la femme énonce. En bas la rivière en haut le chemin entre il ne doit y avoir rien sinon l’horloge qui elle aussi balance. En off les bruits du réel, les grincements du monde. (Dans le centre du bourg fumets de rôtis chez le traiteur. On a tué un porc personne veut son bacon).

 

 

 

Murmann.jpgSur le grand lit d’un papier rêche Nicole Murmann réinvente la femme pour qui elle est.  Il y a du travail pour la créatrice : le passé est si plein le futur un trou blanc. Mais la Lausannoise donne des leçons ironiques de conduite à l’homme. En substance elle lui dit : Pourquoi devrais-je te comprendre ? Elle avance, jambes dégainées de soie ou de nylon, rougies parfois de l’eau froide du Léman. Le ciel passe lointain mais de l’eau le miroir se brise. Celui de la femme tel que le mâle l’espère aussi. Il pleut des formes dont les contours sont vifs. Restent des mots essentiels griffonnés ou imprimés en marche à suivre sous un ourlet renflé. L’artiste ne cesse de rappeler que la source féminine peut se perdre, qu’il faut la dégager. Bref faire couler l’eau qui sourd sinon plus de fleuve. Comme plus de Rhône lorsqu’il fond dans le Léman avant de quitter la Suisse.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

De Nicole Murmann en 2014 :  Enterrement, Fanzine Mashine, fête de la fin du collectif, La Datcha, Lausanne, Co-iniciatrice du collectif « Kraken » avec Annia Diviani, « Make8eleive », éditions du petit O, Koalas, Vagina Dentata, Galerie Forma,  « Papesse », collaboration: Annia Diviani, Plainpalais, Genève.

 

Mathias Forbach : aliquids visuels

 

 

 

Vevey Forbach.jpgMathias Forbach, « Suite », (Rats n° 8), Collectif RATS et éditions Tsar, Vevey, 28 pages.

 

 

 

Adepte du dessin et de l’interrogation sur le sens des images Mathias Forbach surprend par ses stratégies plastiques. A un peu plus de trente ans il apparaît déjà comme un talent sûr. Rares sont en effet les jeunes artistes capables à la fois d’une réflexion  sur l’image et d’un sens aigu de l’humour le plus insidieux. Ses célébrations plastiques iconoclastes donnent le jour à des accrochages dont les rictuss des rituels sont éclatés en poétiques qui ne cessent de prendre à revers la représentation du monde et la perception du spectateur ( c’est d’ailleurs souvent le cas autour du colectif « Rats »).  Mais plus que tout autre Mathias Forbach déclassifie les normes par le dynamisme de sa création et son fonctionnement ludique, hors jeux et règles.


 

 

Fiorbach.jpgOn peut appeler cela la métaphysique du réalisme ou le réalisme de l’illusion. Genres, familles s’écroulent afin de faire jaillir des structures sous jacentes mais sans que le créateur ne cherche à les théoriser. Le dessin improvise du provisoire par sauts et gambades contre tous préjugés. D’où une spéléologie du réel, de ses apparences « décimentées » et décimées dans l’espace. Le socle de la réalité disparaît à coup d’intuitions et de démentis. L’extravagance suit son cours dans une expérimentation qui se passe de justifications, de critère causal ou d’existence. L’œuvre devient un essentialisme du réel non par substance mais structure. Au statisme fait place la fluidité pour pervertir les habitudes de voir. Il y a là ce que les philosophes nomment un « aliquid » dynamique selon différents réseaux. Ils retournent les apparences et les nébuleuses classiques des pouvoir de la représentation. L’œuvre de Forbach est à suivre. Absolument.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 


 

07:58 Publié dans Images, Sports, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

25/11/2014

La Discrète: entretien avec l’artiste lausannoise Sylvie Mermoud

 

 

 

mermoud 3.jpgSylvie Mermoud reste à la recherche d’images rémanentes et obsessionnelles qui rappellent la robe de la mélancolie de Dürer, ses plis dans ses jeux de dévoilement. L’artiste entre complexité et légèreté  fonde une traversée. Arrimée à ses propres ombres et ses lumières elle renverse le jeu classique de la représentation. Toujours aussi discrète elle pénètre l’intime moins par effet de nudité que de voile. Chacune de ses œuvres instaure une communion à la fois lyrique et austère avec son sujet. La canicule des émotions demeure calfeutrée au sein de nimbes  et par la pudeur de ses narrations.

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? La lumière, parfois  le besoin de sortir d’un cauchemar et surtout l’envie que la journée à venir soit belle.

 

 

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Certains se sont réalisés, être artiste : arriver à me plonger dans mon monde intérieur et toujours avoir envie d’exprimer des émotions, à matérialiser un processus de vie. 

 

 

 

A quoi avez-vous renoncé ? A vivre de mon art, à une certaine notoriété.

 

 

 

D’où venez-vous ? D’un village situé dans le bassin lémanique, de parents pour qui l’art est quelque chose d’inutile et de superficiel, au mieux un passe-temps.

 

 

 

Qu'avez-vous reçu en dot ? Une envie de me battre, de la persévérance.

 

 Mermoud.jpg

 

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Une disponibilité pour ma famille.

 

 

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Un repas partagé.

 

 

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Peut-être un  besoin de faire supérieur au besoin de montrer.

 

 

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Une gravure de Rembrandt.

 

 

 

Et votre première lecture ? « Ainsi parla Zarathoustra » de F. Nietsche.

 

 

 

Quelles musiques écoutez-vous ? Schubert, Mahler, Arvo Pärt, Pergolèse, et aussi du jazz, puis  Radiohead, Anthony and the Jonhson, Sophie Hunger etc..

 

 

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? « Crime et châtiment » de Dostoïevski.

 

 

 

Quel film vous fait pleurer ? Il y a très longtemps, je me souviens que « Love Story » m’avait fait pleurer. ( Un grand cliché…)

 

 

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une personne en évolution, en devenir, portant les marques du temps et espérant toujours progresser.

 

 

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? J’écris très peu et n’ai pas cette frustration.

 

 

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Dublin.

 

 

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Rembrandt, Turner, Anish Kapoor, Louise Bourgeois.

 

 

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une année sabbatique.

 

 Mermoud 2.jpg

 

Que défendez-vous ? L’unicité et la richesse de chaque vie, l’universalité et le lien entre différents  mondes.

 

 

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Une générosité ultime, un surpassement de soi désintéressé.

 

 

 

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" C’est une incitation à se dévoiler,

 

 

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Etes-vous cohérente par rapport à vous-même?

 

 

 

Interview réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret le 24 nnovembre 2014.