gruyeresuisse

13/04/2017

Dermotypies de Mirko Baselgia : les hirsutes

Baselgia.jpgMirko Baselgia, « Membrana », Galerie Heinzer-Reszler, Lausanne, 21 avril-27 mai 2017.


Mirko Baselgia tire le monde de son tissu de ronces pour en relever des morceaux et pans. Il existe des pliures d’ombre, des chemins tapissés de gris. Les coupes franches vont montant ou tombent horizontalement : elles sabrent la vue sur les plans morcelés en largeur, en longueur. Tout fait nappe et chaque pièce s’offre, s’étoffe, montre sa « jupe ». La raison vole. Chaque proposition devient carte, paysage en fragments. Plan fixe et mouvement. Suite ajourée ou hirsute. Soule de matière et de poils. Le regard se fait tactile par la magie de la dermotypie avec accord tacite pour un corps partagé. L’image a besoin de place en devenant « sculpture ». Du ventre aux épaules en passant bien sûr par le cœur. Se succèdent des  passagères moelleuses, démesurées - quoique d’une taille des plus raisonnable. Au regard d’en franchir le seuil.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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08/04/2017

Les arrêts indéfinis de Marion Tampon-Lajarriette

Tampon Lajariette.jpgMarion Tampon-Lajarriette, « Le beau et la bâti », Galerie La Ferme de la Chapelle, Grand-Lancy, du 1er au 13 avril 2017.

Certains arrêts sur image et des sortes de plans de coupe donnent à voir une image fixe dont la valeur n’est pas seulement celle de la pose. Le continuum est entravé par effets de cadre. Existe un affaissement prémédité du mouvement de l’image : tout demeure sous tension là où s’abandonne néanmoins la certitude vue.

L’observateur semble démuni. Il aspire à une homogénéité de contemplation et de sens mais ce qui tient à la fois d’un rythme et d’une arythmie l’emporte. Demeure une musique (charnelle ?) en suspens. Sur place elle se déplace et fait claudiquer le regard. L’allure est faite d’arrêts indéfinis. Un courant énigmatique se produit selon une modalité cinétique poétique et mystérieuse.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/04/2017

Les gisants debout de Christian Lapie


Lapie.jpgGalerie Pauli, « Le génie est un arbre sculptures bois et bronze et œuvres sur papier », Lausanne, du 23 mars au 13 mai 2017.

Chez Christian Lapie tout nous regarde et fait signe de vie : la mort elle même tombe comme un menhir foudroyé que l’auteur redresse à sa manière à la limite des terres brûlées. Jaillissent des empreintes d’hommes par le bois, le bronze et même sur papier. Le sculpteur cherche une sublimation dans une époque où souvent ne se conjuguent que le mou et le rien. Il a compris que pour faire surgir les ombres blotties et que sorte un sens noyé dans le silence il faut sans cesse faire œuvre de re-naissance. L’énigme de l’être émerge par un effort de germination alimentée par toutes les connaissances. L’auteur les puise chez les philosophes qui ont glané leur savoir au bord de l’abîme puisque c’est seulement là qu’il y a des choses intéressantes à dire et à montrer.

Lapie 3.jpgFaisant sienne la formule de Michel Camus « A l’infini, l’incendie », Lapie par sa technique, son regard, sa sagesse souffle sur les braises du magma des formes afin de leur donner consistance et - si l’on peut dire - rafraîchir la mémoire. Le noir des silhouettes devient celle du feu et le sculpteur cherche à unir ce qui est séparé : le soleil à la terre comme le jour à la nuit, le sommeil à l’éveil et la mort à la vie. Lapie 2.pngL’artiste ose avancer dans l’inconnu mais il n’est pas pour autant somnambule ou amnésique et il n’oublie jamais ce qui lui manque. S’il est encore et restera séparé de lui même il n’est pas seul. Son travail - parce que ce n’est pas un simple labeur - est une autre vie au cœur de sa propre vie : il tente de saisir le secret de notre « double » (et du sien).

Jean-Paul Gavard-Perret

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