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24/03/2018

Pavlina : de Montreux à Moscou

Pavlina 1.pngPavlina, « art visionnaire suisse », Maison des Artistes de Moscou, du 27mars au 1er avril.

Pavlina a été choisie en tant qu’artiste et présidente de l’Association Art Visionnaire de Montreux pour représenter la Suisse au « Visionary Art Award » de Moscou. La créatrice y prouve une nouvelle fois la majesté et la profondeur de son art « cérémoniel » et discrètement intime. Elle met au clair et devant les yeux de grandes ombres passionnées dont l’attrait charnel et mystique harcèle.

Pavlina 2.jpgExiste toujours une gravité dans une telle peinture d’exigence qui à la fois cultive un certain classicisme et son écart. L’artiste restaure le premier de manière oblique et personnelle pour atteindre des éthers et le déchiffrement de l’infini par ses figurations mythiques et mystiques. Elles élèvent plus haut que l’autorise les théologies.

Pavlina 3.pngL’artiste, par un tel sens du rite, sait créer son propre univers, s’engage dans l’affirmation d’un retour mais aussi d’une avancée. La transgression prend donc ici un sens particulier. Elle s’élargit en de telles visées où tout ce qui est référentiel trouve une dimension inédite. Elle privilégie l’élévation faces abîmes dans une majestueuse indépendance de création. La clarté en des camaïeux subtils efface l’obscur en une quête des recommencements. Au désordre du monde répond l’ordre de la peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/03/2018

Les traversées de Marguerite Dumont

Anne 1.jpgMarguerite Dumont s’inscrit d’emblée dans la postmodernité la plus significative. Agée d’un peu plus de seize ans la jeune artiste propose à « Mars à la Fabric » de la Fondation Salomon un projet pertinent. Dessinatrice (elle a déjà découvert son style voire son langage), la plasticienne crée une installation où le graphisme est transformé en « objet » à l’aide d’un fil électrique. Il traverse l’espace à travers cinq plaques de plexiglas.

Anne 2.jpgA « L’homme qui marche » de Giacometti fait écho l’homme qui court de la jeune artiste franco-suisse Les lignes rouges de la silhouette longiligne semblent défier à la fois l’espace et le temps par effet de réverbération et de transparence. Marguerite Dumont prouve que si le temps ne se rattrape guère, il faut toutefois lutter contre lui. Non pour l’arrêter mais se sentir exister à l’épreuve du présent.

Anne 3.jpgL’idée du passage atteint l'intensité d’une forme pure. La densité aérienne de l’épure au sein des plans translucides ouvre des profondeurs cachées. Pour connaître l'espace et le temps il faut donc confronter à une telle proposition et son « suspens ». L’œil est ému par l'impact de la vitesse. Celle d’une jeunesse qui exprime la tension et le mouvement là où le héros d’une telle fable devient passe-muraille. Si bien qu'à la croisée du temps et de l’espace, le « courant » du filament rouge aboutit à une pointe extrême des préoccupations actuelles sur la plasticité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marguerite Dumont, «Serial Time, Mars à la Fabric - 2018 » Fondation pour l’Art Contemporain, Claudine et Jean-Marc Salomon, Annecy, du 6 mars au 6 avril 2018.

13/03/2018

Dans la béance oculaire du Léman - Ferdinand Hodler

Hodler 2.jpg« Ferdinand Hodler et le Léman – chefs d’œuvre de collections privées suisses », –Hatje Cantze, Berlin, 2018, 208 p., 35 E.

Sans être véritablement un peintre paysagiste ou de genre Ferdinand Hodler reste à la fois le peintre du Léman et celui qui a transformé la vision du paysage en passant du réalisme à un impressionnisme particulier. Celui-ci, sans oublier les références véristes, leur donne une vision afin que de l'œil au regard s'instruise un glissement : il fissure énigmatiquement les certitudes acquises de la contemplation fétichiste ou de la possession carnassière des apparences.

Hodler.jpgCar pour faire « parler » le Léman, Hodler a sélectionné un mode de regard qui à la fois répondait et devançait les aspirations d’une époque. Le Léman acquiert le sentiment d’une présence de la nature dans ses bizarreries et ses différences que seuls comprennent d’emblée celles et ceux qui connaissent le lac en ses variations au fil des saisons et de la météorologie.

Hodler 3.jpgLe lac vient au devant du regard en un royaume du réel qui se gonfle de multiples facettes parfois presque improbables mais bien réelles. S’y perçoit bien sûr la voix de la nature. Et le peintre devient le confident des opérations les plus secrètes du cycle du temps, des rêves et de la réalité changeante. Preuve que les grands artistes créent une concentration et une ouverture du champ. Le regard est saisi par la « paysagéïté » : elle inscrit au sein de la proximité lémanique une extraterritorialité où se subvertissent les notions de dehors et de dedans. Le paysage mute de la simple représentation vers la « re-présentation ».

Jean-Paul Gavard-Perret