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25/06/2015

L’odeur du temps : « L’Eloge de l’Heure » & « L’Heure qu’il est ».

 

 

 

Heure 2.jpgL’Eloge de l’heure, Mudac, Lausanne, du 27 mai au 27 septembre 2015
L’Heure qu’il est, CACY, Yverdon-les-Bains, du 29 août au 1er novembre 2015

 

Réputée pour sa production horlogère sans équivalent la Suisse avait jusque là oublié de  consacrer une exposition conséquente à l’affichage de l’heure. Cela est superbement réparé grâce à deux expositions vaudoises. Avec « L'Eloge de l'heure »  Le Musée de design et d’arts appliqués contemporains de Lausanne retrace l’histoire de l’affichage de l’heure grâce à des maîtres du temps scénarisés par Chantal Prod’hom (directrice du Mudac), Fabienne Xavière Sturm (conservatrice honoraire du Musée d’horlogerie et de l’émaillerie de Genève) ou Arnaud Tellier (ancien directeur du Musée Patek Philippe de Genève). Tout un éventail crée une suite de rapport entre le passé historique du paramétrage temporel et les productions contemporaines imaginées par designers et artistes.  Tout commence en 1555 jusqu’au moment où la montre en tant qu’ « outil » autonome tend à disparaître selon une mutation irréversible : non seulement l’heure s’affiche désormais sur n’importe quel portable, mais la montre elle-même change de statut : elle devient  mini-ordinateur qui se porte au poignet (« cf. Le récent produit créé par Swatch).

 

Heure.jpgPour autant  l’industrie de l’horlogerie n’est pas obsolète. Montres et horloges (Ah le coucou suisse ! ) gardent leur emprise sur la société comme sur l’art. Ses fomenteurs le savent et prêtent leur imaginaire à cette industrie au caractère artisanal. Pour preuve l’exposition collective « L’Heure qu’il est » (sous l’égide de  Karine Tissot, directrice du CACY) offre  des pièces contemporaines remarquables. La poésie plastique fait le lit autant de  la métaphore que de la réflexion philosophique sur l’idée de temps. Les heures y chantent selon diverses gammes  et prouvent l’imaginaire créatif et l’intelligence technique des maîtres horlogers. Quant aux artistes ils expérimentent là un moyen d’exprimer à leur manière le passage du temps. Se découvrent des agencements parfois sidérants. Ils ne cessent de faire fait passer du paroxysme de l’idéal artistique à un abîme temporel.  De tels objets d’art  aiguillonnent le regard de germinations intempestives. Le temps semble se solidifier et se multiplier  par ses repères figuratifs, poétiques et insolents. Ils fabriquent parfois une perspective que nous voulons ignorer et qui ne cessent de ramper vers le tronc de nos heures. Avec eux le temps serpente et laisse non seulement une trace mais  une hantise et presque une odeur.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

24/06/2015

Germinations de Ladina Gaudenz

 

 

Gaudenz.jpgLadina Gaudenz oscille entre les chemins de l'abstraction et le tableau en tant qu’organisme vivant.  On pourrait lui appliquer la formule de Cézanne à propos de Monet « Ce n’est qu’un œil, mais quel œil ! ». Derrière la feinte de l’abstraction et grâce à elle ses peintures et dessins restituent le monde selon des repères végétaux qui renvoient à la picturalité. L’artiste nous invite à regarder à l’intérieur de celle-ci pour voir ce qui s’y passe en faisant bien plus que « jeter un oeil dessus ».

 

Gaudenz 2.jpgFortement structurées les œuvres jouent sans cesse entre figuration et abstraction en une sorte de Sabbat orgueilleux. A travers ses diverses séries surgissent des végétations aux couleurs mouvantes mais dans lesquelles souvent la monochromie domine. S’y mêlent le cosmos et le caillou, la surface et la profondeur en un travail subtil de la matière et des pigments afin que la peinture par couches de glacis successifs vibre et donne la marque stratifiée du passage du silence et du temps, c’est-à-dire la trace énigmatique de l’homme aussi archaïque que contemporain  même s’il n’est jamais présent sur les toiles. Les « enchevêtrements » sont  proposés à travers des techniques exigeantes pour que jaillissent  l’éparpillement, la dissémination mais selon une unité profonde. Entre lyrisme et subtilité se retrouve une des problématiques passionnantes  de l’art contemporain  : le rapport qu’il entretient avec le paysage. Ladina Gaudenz le renouvelle et apporte sa contribution non négligeable à une conception plus large et plus complexe de la dialectique entre l’infiniment grand et  l’infiniment petit, ainsi que celle - plus vaste encore - entre l’imaginaire et le réel.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Galerie Luciano Fasciati, Süsswinkelgasse 25, 7002 Coire

 

18/06/2015

« We make it » : Florian Javet met le paquet

 

jAVET 2.pngFace aux incarnations purement imagières et leurs matières trop lourdes et claquantes Florian Javet introduit l’esprit de la lettre  et du réalisme dans la production artistique. Certains diront qu’il y a là l’intrusion de l’intelligence du logos au service de l’émotion. Mais ce serait faire une belle biffure sur le sens même de l’art et de son rôle. Il possède une puissance par effet d’éther mais aussi ses conditions d’existence.  Javet le sait.

 

Au sein de son travail personnel tout se joue entre chair et esprit dans une approche où l’importance du graphisme et des trames des mots crée une impression épidermique. L’image n’est pas abolie : elle passe au moyen de cartes, boussoles ou de GPS «lettristes »  pour renforcer de l’imaginaire et du rêve. Le verbe et ses éléments premiers renforcent le don d’explorateur poétique de l’image. Elle  soumet à une étrange initiation pour sortir  le spectateur du simple état de regardeur ou de lecteur.

 

Javet.pngMais Javet n’oublie pas les conditions de création. Le spectateur est sollicité d’une autre manière où il devient parrtie prenante avec le projet collectif « We make it » dont le Lausannois il est un des principaux animateurs. L’objectif est d’investir les lieux, les aménager pour lancer des structures de travail, d’éditions et d’exposition. A la question de savoir « qu’est ce qu’une image ou ce qu’un lieu ouvre ? » Javet répond en faisant que l’opposition entre animus et anima y soit  tournée (comme le lait tourne) par différents  systèmes de création et de production originaux. Tout sophisme visuel ou mercantile est évacué. Et la séduction  n’empêche en rien l’altérité critique.  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 


SITE WE MAKE IT : https://wemakeit.com/projects/les-ateliers-de-bellevaux

 

OEUVRES  PROPOSEES : http://ateliersbellevaux.tumblr.com/

 

 

 

12:01 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)