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08/11/2014

Ian Anüll : le degré zéro de l’art

 

 

 

Anüll 2.jpgLe Lucernois Ian Anüll est intéressé par l’univers de la consommation, et les mass-médias. Il s’est fait remarquer par  ses œuvres où s’affiche un « R » majuscule encerclé : le logo ® de la marque déposée. Ce logotype est soit l’image majeure, soit un simple rappel dans chacune de ses œuvres. Il s’agit par ce biais de renvoyer l’œuvre d’art à ce quoi souvent elle est réduit : un bien de consommation comme un autre. Depuis la fin des années 80 son travail est reconnu dans le monde entier. Son travail présenté à Pékin en 2010 « Take a seat » à été reprise  au sein de l’EAC (les halles), Le pictogramme doré figurant sur l’affiche signifie « asseyez-vous » en chinois. Cette invitation à prendre place se mute en injonction à s’asseoir lorsqu’elle est associée aux bals. D’où les malentendus que l’artiste opère avec délectation et lucidité. Chaque fois  extrayant les signes de leur contexte Anüll en détourne la signification avec une inventivité dadaïste qui ne cesse de jouer des interactions entre l'art et la vie. Pour se faire il cherche toujours des signes et des choses simples.

 

anull.jpg Ne cultivant aucune vocation à se glisser au service d'une idéologie il se « contente » de mettre en évidence l'instrumentalisation croissante de l'art au service de la « Culture », c'est-à-dire des normes, et du politique. De fait cette œuvre reste donc des plus engagée : elle montre ce qui menace le travail artistique. Ce dernier se réduit peu à peu à un art petit bourgeois fruit de la démocratisation-massification culturelle. C’est un art fait d'idées simples qui donnent l'illusion de l'intelligence aux institutions et leurs publics. Bref tout se résume à un art lénifiant. Face à cette maladie rampante des images l’artiste propose des signes  sur lesquels il n'y a rien à discourir. Il s’agit de fait d’un retour à la fluidité et la légèreté de l’art pour en offrir une critique selon une inscription que la tradition occidentale gomme volontiers comme si le point de vue de toute image n'était pas situé, comme s'il était universel, transcendant ou divin. Il est ici humain, très humain, drôle, désorientant, iconoclaste, incivil et libre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:34 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

05/11/2014

Eliane Vernay : Eros et après

 

 Vernay 2.jpgEliane Vernay, « Signes du rien », Eclats, d’encre, Le Mesnil-Le-Roi 70 pages, 19 Euros, 2014

 

 

 

Rien n'a lieu que le lieu de la langue. En celui-ci, suspendu au bord de la parole, Eliane Vernay longtemps a rêvé non seulement l’éther amoureux mais l’éros. A l’instinct de ciel se mêlait les fragrances trans-animale, trans-humaine et un passage entre les définitions classiques de l’amour soudain hors de ses gond au moment où merle moqueur, pie voleuse la poétesse portait la relation amoureuse là où ce n’est plus seulement un coup de dé qui abolissait le hasard mais une dé-mesure. Eros permit toujours à la créatrice de se décoller de la gravité. Outre l'esprit de sérieux c'est le discours assigné à l’amour en ses enfilades atones de significations engluées par la glu des bouches aliénées aux mastications platoniques au long des jours que l’auteure mit à jour.

 

Vernay.jpgEliane Vernay en a toujours fini avec la langue vierge qu’elle troua afin de secouer le corps et accélérer ses particules. Une fois levé le rideau des significations convenues la poétesse ouvrit le corps en virtuose sensorielle selon une danse moqueuse et affectueuse qui fit sonner les corps dans son vrai timbre. Reste depuis ce temps le génie de l’amour dans la somme de vie de son dernier livre à l’étonnante puissance de (re)génération verbale des sens, des sensations, des singularités sensuelles même si désormais surgit  le sentiment d’une fêlure. Quelque chose s’est cassée par trahison, manque, mémoire  obvié. Le chant semble s’écraser, abandonné sur une terre orpheline où la poétesse ressemble à une « funambules en exil. En morceaux ». Néanmoins dans « Signes du rien » restent des pointes d’existence au moment « où l’heure cède avant de rejoindre l’été ». L’écriture elliptique cherche à rejoindre l’instantané révélateur où le poème  prit d’abord racine. C’est pourquoi l’auteure écrit - même si - à force - « l’absence referme les tombes » -  pour ce qui arrive  « Encore ». Ce mot prouve qu’un passage demeure possible en un murmure crépusculaire et fragile dont le tremblement est capital.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/11/2014

Mali Genest : tout ce qui bouge

 

 

 

 genest.jpg« de l'inachevé », Double v - hors série, Visarte.vaud,art&fiction Lausanne, 2013

 

 

 

Mali Genest sait jouer dans des œuvres totalement abouties de l’alliance du sérieux, de l’intime,  de la distance critique et de l’imaginaire individuel et collectif. L’artiste construit des pointillés, des seuils sur la diversité. Les jeux de plans créent parfois une étrangeté et un écart par rapport à l’immersion totale de regard en une « simple » image dont le fond-socle est parfois obstrué par des forme de « pointillés » capable d’introduire des zones liminaires propre à troubler la notion même de territoire pictural. D’une telle  recherche - nourrie autant du formalisme abstrait zurichois que d’une peinture plus « italienne » - surgit « l’inséparable indistinct » dont parlait Deleuze. Aux lignes de forces font place des harmoniques  des effets de halos cultivés néanmoins selon des formes primitives fortes. Sans être « élastique » la peinture de Mali Genest se refuse à une reconstitution univoque et mono culturelle. Par la perception des écarts se crée une nouvelle unité dont la plénitude reste ouverte là où les formes se fixent dans des suites de décalages. L’ouverture tente ainsi de saisir l’inexprimable en  des suites de surprises.  Aux marges du monde comme au cœur même de la peinture le visible semble se dissoudre dans les apparences qu’elle dilue. Existe alors une étrange incandescence du sensible et de l'élégance.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

08:44 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)