gruyeresuisse

31/03/2018

Julie Gilbert : messages aux inconnu(e)s

Gilbert.jpgJulie Gilbert, « Tirer des flèches », Héros limite Editions, Genève, 2018.

Aux emballeurs, transporteurs, voyageurs ou touristes Julie Gilbert propose ses services en tout bien tout honneur. Via son site ou aux guichets de théâtre elle se propose de mandater un poème à celles ou ceux qui en expriment le souhait. Il y a donc l’émission d’une sorte de carte (postale téléphonique si l’on peut dire) d’un territoire dont la poétesse ignore tout de l’apparence.

 

Gilbert 2.jpgAdepte de gageures l’auteure aime les paris transversaux pour animer à travers son imaginaire de petites choses de l’histoire des autres. Certes il y a l’écriture d’un coté et la vie des mandants de l’autre. L’écriture ne la sauvera pas : mais Marguerite Duras nous a déjà appris qu’elle n’est pas faite pour ça. Néanmoins la poétesse propose des possibilités intempestives de « résurrection » en de tels fléchages aux cibles floutées.

Gilbert 3.jpgElle oblige à accepter de franchir une limite en créant le saut vers ce qui échappera toujours au cerclage de la raison. Julie Gilbert propose une étrange proximité communicante. En joignant l'abstrait et le concret elle ne se contente pas de l’exploitation anecdotique des matériaux ténus : l’écriture redouble l’histoire d’inconnu(e)s par une invention formelle saisissante.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

30/03/2018

Jacques Duboux : les formes et les gestes

Duboux.pngJacques Duboux, « Dynamies », Cité internationale des arts, du 16 mars au 06 avril 2018 (Paris) et livre « Dynamies », Tsar 19, Tsar Editions,Vevey, mars 2018.

Pour « Dynamies », le Lausannois Jacques Duboux a créé vingt pièces ou sculptures en acier forgé. Ces structures sont l’applications de principes d’actions, de gestes, d’ustensilités et de rapports à l’objet. L’objectif est de réunir des mouvements - pousser, tirer, lever, etc. - et des archétypes formels. L’artiste y associe des relevés « techniques » dans des suites d’étude qui induisent l’économie de matériaux et d’énergie dans la création d’objets.

Duboux 2.jpgNéanmoins en dépit de ce formalisme théorique l’artiste a créé un accrochage mural pour mettre en évidence l’aspect plastique des pièces en effaçant leur aspect utilitaire. Les "Dynamies" proposent implicitement et également au visiteur d’envisager mentalement le mouvement et le geste qu’induisent de telles pièces. Chacun peut donc s’y projeter.

Duboux 3.jpgConcepteur autant qu’artiste et avant tout sculpteur, Jacques Duboux est donc inspiré par les paradoxes des formes « simples ». L’artiste y découvre des aspects contradictoires qu’il respecte pour mieux les piétiner afin de cerner des vérités sourdes et cachées.


Jean-Paul Gavard-Perret

07:40 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

26/03/2018

Les étranges corpus de Grégoire Bolay l’activiste minimaliste

Boley.pngGrégoire Bolay, « Rationalisme », Centre d’art contemporain, Genève, à partir du 22 mars au 13 mai 2018.

Reprenant à sa main une forme de minimalisme, Grégoire Bolay replace l’art dans une réalité contemporaine concrète. Il retient par exemple des « Gestes fossiles » témoins d’actions passées au sein de références conceptuelles, populaires ou personnelles. Tout semble une suite d’expériences incertaines, aux apparences parfois absurdes, parodiques ou poétiques. La contradiction est un point de prédilection pour le créateur. Il associe spéculations, contraintes et anecdotes par divers croisements ou réductions dans un système de correspondances sémantiques et visuelles productrices d’ambiguïtés interprétatives et dont le « Rationalisme » répond à une seule logique : que l’art soit « le miroir du monde » (dit Bolay) et parfois son mirage ou son miracle.

Bolay 2.jpgL’artiste ne travaille jamais d’après modèles. Il crée ses œuvres de mémoire comme dans sa série de shaped canvases « M.O. » (Mémoire objet). Ils représentent des "choses" dans un style qui intègre les « maladresses » du souvenir. Le tout inspiré par la bande dessinée. Cela engendre des représentations aussi naturelles qu’étranges au sein de peintures, sculptures et dessins apparemment de mauvaise facture créés par un artiste qui se dit « paresseux » mais travaille avec méticulosité. Le tout en ignorant la fiction ou la représentation humaine (sinon de manière allusive). L’importance des objets suffit à créer des narrations énigmatiques.

Bolay 3.jpgGrégoire Bolay semble montrer une chose et son contraire pour créer l’hésitation nécessaire à un espace de vérité qui contredit la « vocation » qu’on accorde à l’artiste et la puissance qu’il revendique trop souvent. La forme vient de l’intérieur mais une question demeure : « de l’intérieur de quoi ? ». L’œuvre avance ainsi  d’autant que la vie n’est passionnante que dans ce qui se dessine et se crée afin de savoir si "les choses valent la peine". L’art donne ainsi la valeur à ce qui n’est pas habituellement saisi ou mal vu donc mal montré.

Jean-Paul Gavard-Perret